10 choses à savoir sur David Barnea, le nouveau et très secret patron du Mossad


A 56 ans, David Barnea est le nouveau « Ramsad » (abréviation de l’hébreu « Rosh Ha-Mossad », en français « tête du Mossad »). Cet espion de carrière, qui succède à Yossi Cohen, chef charismatique au bilan salué par tous les experts israéliens, aura fort à faire pour relever le défi.

« D. »

Le nom de David « Dedi » Barnea est resté secret jusqu’à l’annonce de sa nomination à la tête de l’« Institut », le 24 mai, par le Premier ministre Benyamin Netanyahou. En effet, seuls les noms des directeurs de l’agence de renseignement israélienne, en lien avec leurs homologues étrangers et la presse, sont dévoilés pour d’évidentes raisons de relations publiques. Tous les autres agents restent anonymes et ne sont désignés dans les rapports d’opération qu’à l’aide de l’initiale de leur prénom  : « D. » pour David Barnea, « E. » pour son actuel adjoint.

Mystère

Peu d’informations ont filtré concernant la carrière de David Barnea, jusqu’alors, dont on vient seulement d’apprendre, qu’il a été adjoint de Yossi Cohen à la tête de l’« Institut ». Depuis la révélation de son nom comme nouveau patron du Mossad. Une image attire l’attention en particulier. On y voit le jeune Barnea alors soldat, patrouillant, tout sourire, bandana au front et fusil-mitrailleur à la main.

Physique passe-partout

« Rendez-nous Yossi . Là où le premier, réputé pour ses costumes de marque et son regard de braise, avait immédiatement vu le mot « sexy » accolé à son nom sur Twitter ou Facebook, le second a déçu les groupies de son prédécesseur par son allure banale, costume gris mal taillé et coupe en brosse des années 1980.Yossi Cohen, un espion en pleine lumière

Recruteur d’agents

Très vite après son arrivée au Mossad, il y a environ trente ans, Barnea a rejoint la division Tsomet, l’unité responsable de l’identification, du recrutement et du suivi des agents sur le terrain. Un poste qui demande de très grandes facultés dans les relations humaines, une des qualités du nouveau patron du renseignement israélien, selon les témoignages recueillis auprès d’agents par la presse israélienne. Il a effectué sa carrière intégralement dans cette division, à l’exception de deux années passées comme adjoint de la division Keshet, chargée des infiltrations.

Assassinat de Rabin

Plusieurs pistes sont évoquées dans la presse israélienne pour expliquer le choix de David Barnea d’embrasser une carrière au sein du Mossad. Parmi elles, celle racontée par un ami de longue date, l’agent « D. », toujours actif au sein de l’« Institut », qui, interviewé par le grand spécialiste du renseignement Ronen Bergman dans le quotidien « Yediot Aharonot », raconte ses premiers jours au Mossad avec Barnea  : « Je me souviens de Dedi dès le premier jour de cours, en 1996. Quand le commandant a demandé aux stagiaires pourquoi ils s’étaient enrôlés dans l’institution, Dedi a répondu qu’après l’assassinat de Rabin , il avait l’impression d’être appelé sous les drapeaux. » D’autres témoignages évoquent en effet la présence de David Barnea ce jour-là, sur la place des Rois d’Israël, à Tel-Aviv, au meeting où fut assassiné le Premier ministre travailliste. Amos Gitaï sur Yitzhak Rabin  : « Nous venions du même monde »

Nucléaire iranien

La première tâche de David Barnea, a affirmé le Premier ministre Benyamin Netanyahou, « est d’empêcher l’Iran d’acquérir des armements nucléaires ». Un terrain qu’il connaît comme sa poche  : à la division Tsomet. à la fois, avec le dossier iranien et le Hezbollah, le mouvement chiite libanais. Nul doute qu’en tant qu’adjoint à la tête du Mossad, il a également cosupervisé l’assassinat le 27 novembre 2020 de Mohsen Fakhrizadeh, le cerveau du programme nucléaire militaire iranien, assure les analystes militaires israéliens.« L’expérience d’Israël en matière d’assassinats ciblés a servi de modèle au monde »

Offensif

Barnea n’a pas la réputation d’être un attentiste. Pour lui, toute opération doit être menée à partir du moment où elle est possible. En tant qu’adjoint de Yossi Cohen depuis deux ans et demi, il a été responsable de toutes les divisions opérationnelles. Et ce, dans l’une des périodes les plus chargées de l’histoire de l’organisation  : Cohen n’a pas hésité ces dernières années à mener de très nombreuses et parfois ostentatoires opérations à l’étranger. On se souvient de la récupération, au cœur du territoire iranien, d’une quantité phénoménale de documents liés aux recherches sur le nucléaire en janvier 2018. Plongée dans les dossiers noirs du Mossad

Continuité

David « Dedi » Barnea a un parcours professionnel assez similaire à celui de son prédécesseur, Yossi Cohen, qui quitte l’« Institut » après cinq ans et demi à sa tête. Père de quatre enfants, Barnea a, comme Cohen. Comme lui, il a particulièrement travaillé sur la question iranienne. Comme lui, il a occupé le poste d’adjoint avant de devenir « Ramsad », chef du Mossad.

Honnête

La presse israélienne a enquêté auprès des anciens du Mossad après l’annonce de la nomination de Barnea. « Honnête » et « équitable » sont les mots qui reviennent le plus dans les portraits de l’espion israélien. Il est également décrit comme un réformateur.

Challenge américain

L’une des priorités de David Barnea sera aussi de maintenir au beau fixe les relations entre Israël et les Etats-Unis, sous la présidence de Joe Biden, et celles bien sûr entre le Mossad et la CIA. Un challenge bien plus élevé pour lui que pour Yossi Cohen qui, avec l’administration Trump et, surtout, avec Mike Pompeo, à la tête de la CIA, puis comme secrétaire d’Etat, avait trouvé outre-Atlantique mieux que des alliés, des amis. Les deux hommes avaient en effet noué des relations de confiance qui ont largement contribué à la signature des accords d’Abraham de reconnaissance d’Israël par plusieurs pays arabes.Entre l’Amérique et Israël, ce n’est plus ce que c’était