A Midi Libre, la candidate socialiste Anne Hidalgo s'est exprimée avec pugnacité, précision et... conviction


Guerre en Ukraine, élection présidentielle, emploi, écologie. face à six lecteurs et à la rédaction de Midi Libre, mercredi 2 mars, Anne Hidalgo a répondu aux questions d’actualité.

Ne rien laisser paraître malgré les bourrasques permanentes depuis cinq mois. Un exercice auquel les politiques excellent. Anne Hidalgo n’y échappe pas.

A Midi Libre, la candidate socialiste Anne Hidalgo s'est exprimée avec pugnacité, précision et... conviction

Face aux lecteurs, ce mercredi 2 mars, au siège de Midi Libre, en marge d’un déplacement à Montpellier consacré aux 40 ans des lois de décentralisation, la candidate socialiste a été déroutante sur les sujets qui en fâcheraient plus d’un.

Les sondages qui la donnent à 2 % ? « Ne les écoutez pas, il y aura des surprises ! »  La dureté de la campagne ? « C’est une aventure humaine. » Le désordre installé par Christiane Taubira ? « Je lui garde toute mon affection. » La mort du PS ? « Il sera toujours là le 25 avril. »

Une posture qui vise à ramener les électeurs sur l’essentiel, son programme, sans ambiguïté de gauche, défendu avec pugnacité, conviction et précision.

L’occasion de marquer ses différences avec Mélenchon, Macron et une partie de ses anciens camarades « qui ne sont plus rien aujourd’hui. » Les candidats à la présidentielle peuvent aussi être frappés de déni de réalité.

International : « Je porte l’idée de la construction d’une Europe de la défense »

« Président après président, la France a toujours reconnu ses alliés ».

Midi Libre – JEAN-MICHEL MART

« Aujourd’hui, la France et l’Europe sont dans l’unité pour une réponse très forte. Ne comptez pas sur moi pour polémiquer ! », assurait-elle d’abord.

« Nous sommes dans un moment très important où un pays ami, en Europe, est agressé par un dictateur qui nie le droit à l’autodétermination d’un peuple qui affirme un amour et une vision sur l’Europe qui ne peuvent que nous toucher, poursuivait-elle. Donc nous sommes à un tournant, avec ce que l’Europe a décidé, en tant que sanctions économiques, de livraisons d’armes à l’Ukraine et de mise en place de l’accueil de réfugiés. Avec le rôle singulier que joue la France, pas seulement en Europe parce qu’on a actuellement la présidence de l’Union européenne, mais parce que la France est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, parce que la France a toujours porté, président après président, cette vision : on reconnaît nos alliés et on s’inscrit dans l’alliance Atlantique. »

Et d’assurer que la « parole singulière » de la France fait aussi que « nous portons, et que je porte, aussi, l’idée d’une construction de l’Europe de la défense. Je veux saluer aussi le tournant pris par le chancelier allemand social-démocrate Olaf Scholz, qui fait entrevoir vraiment une accélération de notre histoire commune sur la construction européenne. »

« Demain, il sera peut-être trop tard »

Interrogée sur une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, comme le Président : « Cette demande, nous l’entendons et nous l’accompagnerons, je fais mienne cette demande-là. Et il ne s’agit pas de jeter de l’huile sur le feu, l’agresseur reste Poutine et l’Ukraine reste un peuple qui voit son avenir du côté de l’Europe plutôt que de la Russie. Il ne faut pas précipiter les choses, mais symboliquement, ça reste très fort. »

Et de confier : « Je suis en contact avec le maire de Kiev, Vitali Klitschko. Il nous demande de prendre toutes les mesures de sanctions immédiatement pour isoler économiquement et politiquement Vladimir Poutine, ce qui est le cas. Mais il m’a dit aussi, hier soir, que toutes les mesures symboliques leur donnaient une force immense. Parce que, m’a-t-il dit, “demain, il sera peut-être trop tard”. »

Quant au niveau du budget de la Défense française, la candidate socialiste a répondu : « La loi de programmation militaire doit amener le budget de la Défense et des armées à 50 milliards d’euros. Il faudra poursuivre cet effort. Cette capacité de défense et la dissuasion nucléaire sont notre International garantie de liberté et de sécurité. »

Politique : « Vous imaginez si on avait eu Jean-Luc Mélenchon au pouvoir ? »

« Chacun fait ses choix, moi je reste fidèle ».

Midi Libre – JEAN-MICHEL MART

Il ne faut pas s’y tromper. Quoiqu’en difficulté dans les sondages, Anne Hidalgo maîtrise parfaitement les codes de la politique. La maire de Paris a même décoché quelques flèches bien senties à l’attention de ses adversaires. Le premier d’entre eux a été Jean-Luc Mélenchon au moment d’évoquer la crise en Ukraine : « Vous imaginez si on avait là un Jean-Luc Mélenchon qui veut être le vote utile à gauche qui accédait au pouvoir, vous imaginez nos amis, ça serait qui ? Maduro au Venezuela ? Ce serait Bachar en Syrie et Poutine en Russie ? On voit bien que dans des moments de gravité comme cela, on ne peut pas oublier l’Histoire. »

Pourtant, elle le promet à tour de bras : « Je ne suis pas une femme de petites phrases », pas plus qu’elle ne « critiquera pas ses adversaires, ne comptez pas sur moi ». Pas un mot plus haut que l’autre sur Elisabeth Guigou qui a confirmé rejoindre le camp Macron ou Ségolène Royal celui de Mélenchon : « Chacun fait ses choix, moi je reste fidèle. C’est une valeur essentielle pour se présenter à l’élection présidentielle ».

L’autre cible dans son viseur est le Président sortant Emmanuel Macron taxé de vouloir « en finir avec la scolarité gratuite ». Qu’elle épargne cependant, dans le cadre de sa gestion de la guerre en Ukraine et en tant que chef des armées : « J’ai plein de sujets de divergences avec le président de la République. Mais là, il faut savoir nous rassembler et porter l’essentiel. Et moi, je suis une femme de gauche, une gauche républicaine, européenne et universaliste. Cette boussole-là ne me fera jamais dévier. »

« Le PS sera toujours là le 25 avril »

Un credo qu’elle répétera souvent lors de cette rencontre avec les lecteurs de Midi Libre, comme elle l’affirme régulièrement dans le cadre de sa campagne électorale. Une campagne compliquée pour la candidate du Parti socialiste, qui ne décolle pas dans les sondages.

Des sondages qui prédisent notamment une forte abstention chez les jeunes, comme le lui faisait remarquer la chargée de projets Audrey Gaiani : « Mais il faut que les jeunes se libèrent de ça, qu’ils pensent par eux-mêmes et n’écoutent pas les sondages. Et puis, ils ne renvoient pas du tout ce qui est la réalité du pays par rapport à cette échéance. Cette élection dans laquelle les Français rentrent petit à petit. Et puis, si les sondages faisaient une élection, Michaël Delafosse ne serait pas maire de Montpellier, Carole Delga n’aurait pas été la présidente de Région la mieux élue de France ! », rétorquait-elle.

Avant de détailler l’esprit de son projet : « Il vise à rassembler la société française, pas à la fracturer. Cinq ans de plus avec Macron ? Je ne sais pas dans quel état sera alors le pays, mais ça ne sera pas joli… Mon projet est sérieux, financé, nous sommes une gauche responsable, je gère la capitale de la France, je sais ce que c’est que de gérer », assénait-elle. Quant à la situation du PS, elle promettait : « Le 25 avril, il sera toujours là. Mais une nouvelle histoire va s’écrire. »

Christiane Taubira, « mon amie »

Ce n’était pas la surprise de l’année tant l’information était attendue, mais le retrait de Christiane Taubira de la course à la présidentielle a été acté, ce mercredi 2 mars, par la candidate. La faute à un manque de parrainages et des scores estimés assez bas.

De quoi être commenté par Anne Hidalgo qui n’a pas manqué de rappeler qu’il s’agissait là « d’une candidature supplémentaire » mais lui a renouvelé son « affection » et son « amitié ». « J’imagine quel est son état d’esprit aujourd’hui et je ne serai jamais là pour dénigrer son engagement. » 

Pour la maire de Paris, le retrait de l’ancienne garde des Sceaux est « l’occasion de se retrouver. Je porte les valeurs de cette gauche républicaine profondément européenne, universaliste et humaniste. »

Anne Hidalgo estime qu’elle est désormais la candidate de cette « gauche de gouvernement très loin d’une extrême gauche dont on voit ses positionnements sur les questions internationales ».

En somme, la voie est libre pour Anne Hidalgo et son « équipe de France. Nous sommes la première formation politique dans le pays par le nombre de parlementaires, le poids des communes, des départements ou des régions ».

Car, estime-t-elle, « cette gauche-là doit pouvoir continuer à porter cette offre politique que personne d’autre ne porte ». A voir si cela va suffire pour repartir à la hausse dans les sondages.

Emploi et éducation : « Le salaire d’un enseignant débutant passera de 1 400 à 2 300 € »

« Verser un capital de 5 000 € à tous les jeunes majeurs ».

Midi Libre – JEAN-MICHEL MART

« Mon programme répond aux attentes des jeunes. » Anne Hidalgo a longuement évoqué la question de la jeunesse aux interrogations de Samy Torqui et d’Audrey Gaiani, de l’emploi et des difficultés de recruter, comme l’a soulevé Audrey Mula, mais aussi plus globalement celle de l’éducation.

A la question de Guillaume Marsault, elle n’a pas éludé l’augmentation des salaires des enseignants qui avait tant fait débat en début de campagne lorsqu’elle promettait de les doubler : « Les salaires ne sont pas assez attractifs. Il faut rattraper notre retard pour passer le salaire d’un enseignant débutant de 1 400 à 2 300 € » a-t-elle affirmé. Et le faire évoluer, en fin de carrière, de 2 50 0€ actuellement à 4 000 €.

Elle promet aussi de faire baisser le nombre d’élèves pas classe autour de 15 à 18 et promet de recruter en conséquence plusieurs milliers de profs… Plus globalement, « la question du travail est au cœur de mon projet », a souligné Anne Hidalgo. Du smic qu’elle veut augmenter de 15 % et 200 € nets à la « généralisation de la formation en alternance pour valoriser les métiers manuels et de l’artisanat », Anne Hidalgo a promis « de redonner du pouvoir d’achat ».

Et sa cible prioritaire, ce sont les jeunes. Bernard Serrou lui a demandé d’expliquer en quoi consistait le revenu universel qu’elle veut mettre en place : « Il s’agit d’un revenu minimum jeunesse d’urgence pour les personnes les plus précaires », sans en chiffrer le montant. Un projet différent donc de son prédécesseur Benoît Hamon d’autant qu’Anne Hidalgo prévoit surtout de « développer l’alternance en alliant le travail et la formation dans toutes les filières ».

Un capital de 5 000 € à tous les majeurs

a justifié Anne Hidalgo qui maintient cette mesure qui a également été beaucoup commentée.

Samy Torqui n’a pas semblé convaincu, regrettant une forme de dépendance aux aides d’État ou que ce capital obtenu sans condition pourrait aussi alimenter « du commerce illégal » Au final, il s’agit d’un programme très coûteux mais assumé : « Je prévois 50 Md€ de nouvelles dépenses dans mon programme, financées intégralement par 50 Md€ de ressources nouvelles en créant de la valeur. »

Et « sans augmenter les impôts, en particulier pour les classes moyennes ni les entreprises ». Elle a pris la métaphore du gâteau pour expliquer son tour de magie : « Il ne faut pas seulement trancher des tranches de plus en plus fines mais faire grossir le gâteau. » Un tour de force mathématique qui peine malgré tout à convaincre complètement l’électorat.

Ecologie et agriculture : « Il faut aller vers des modèles qui garantissent notre sécurité alimentaire »

« Accompagner notre agriculture vers des modèles qui garantissent notre sécurité alimentaire.

Midi Libre – JEAN-MICHEL MART

« Pour la transition écologique, je propose une planification, impliquant beaucoup les territoires, les acteurs économiques, les acteurs de terrain et les citoyens. Ça ne va pas se faire comme ça, avec des appels à projets ou je ne sais quoi. La méthode du gouvernement actuel est juste complètement inefficace par rapport à l’enjeu d’une transformation rapide de notre économie. »

sur le sujet de la mobilité durable : « Dans les grandes villes et en milieu rural avec le tram, la gratuité des transports, on le fait dans toutes les grandes métropoles maintenant. Et il faut le faire, l’impact des grandes villes sur le climat est colossal. 70 % des émissions de gaz à effet de serre sont émises dans les grandes métropoles », constatait-elle.

je propose d’utiliser la manne du rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes »

Quatre « odyssées industrielles »

Et d’assurer également : « Il faut aussi accompagner notre agriculture dans la transformation qui doit être la sienne. Il faut aller vers des modèles qui nous garantissent notre sécurité alimentaire. Dans mon projet, je propose d’accompagner l’installation de jeunes agriculteurs, en leur mettant du foncier à disposition, pour aller vers du bio, du raisonné. »

Enfin, concernant le nucléaire, Anne Hidalgo a dit vouloir s’inscrire « dans le scénario numéro 2 de RTE, pour aller très vite vers les énergies renouvelables. Il n’existe aucune garantie d’une source d’énergie permettant une indépendance totale. Le mix énergétique est donc la solution. Je suis pour maintenir le nucléaire, il est hors de question de mettre en danger notre souveraineté dans ce domaine-là. Je suis pour le grand carénage, mais je suis opposée à la position d’Emmanuel Macron qui veut de nouveaux réacteurs nucléaires (un programme de renforcement des installations de production nucléaire, NDLR). Parce que si nous lançons la construction de nouveaux réacteurs, nous ne ferons pas l’effort nécessaire pour le renouvellement. »

Et la candidate socialiste d’assurer que « la santé, les énergies renouvelables, le numérique et la mobilité seront mes quatre odyssées industrielles ».

Mais aussi sur la santé, la campagne, les sciences et territoires.

● DÉSERTS MÉDICAUX

Pour lutter contre les déserts médicaux, Anne Hidalgo propose que la 4e année d’internat « devienne une année de professionnalisation et que les étudiants soient envoyés dans les déserts médicaux avec un salaire augmenté à 3 500 € par mois ».

● ARS

Les principaux concernés apprécieront mais pour illustrer son propos sur la décentralisation (lire par ailleurs), Anne Hidalgo a affirmé être « pour la suppression des ARS (agences régionales de la santé), car elles ne servent à rien. C’est le symbole de l’inefficacité de l’administration appliquée à la santé ».

● RECHERCHE

Interrogée sur l’importance de la recherche pour trouver les solutions du futur, Anne Hidalgo a proposé « de la soutenir massivement et qu’elle soit dirigée vers les grandes odyssées industrielles. Et en particulier sur la santé. Il est incompréhensible que, dans ce pays qui a tant fait pour la santé, on n’ait pas été foutu de trouver un vaccin. Il faudra mobiliser les entreprises, la recherche publique et privée. »

● CAMPAGNE

Interrogée sur la dureté de mener une campagne présidentielle avec des sondages défavorables, Anne Hidalgo a concédé une certaine difficulté mais a surtout insisté sur « une aventure humaine absolument incroyable ».

● DÉCENTRALISATION

« On vient de passer cinq ans d’ultra-centralisation. Pas un État au monde ne fonctionne ainsi ! », a déploré Anne Hidalgo ce mercredi. « Avec Sarkozy et Hollande, il y avait plus de respect des élus locaux. Si on veut une action publique efficace au service des citoyens, il faut décentraliser, et s’appuyer sur les maires et les présidents des Département et des Régions.