Afghanistan : l'exil ou la mort


Des milliers de personnes continuaient hier à essayer d’accéder à l’aéroport de Kaboul pour fuir le pays. La tragédie humanitaire sera-t-elle une crise migratoire ?

Dans toute tragédie, émerge souvent une image qui, à elle seule, illustre toute la complexité d’une situation. Hier, quatre jours après la chute de Kaboul et la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, cette image, extraite d’une courte vidéo, nous est parvenue en provenance de l’aéroport de Kaboul, aux abords duquel se pressent des milliers d’Afghans désireux de fuir leur pays et le régime islamiste implacable qui se met en place.

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Dans la foule compacte devant le mur d’enceinte de l’aéroport, une petite fille est soulevée par-dessus le parapet et un soldat américain la prend dans ses bras. Ce geste d’humanité dit tout de la détresse du peuple afghan prêt à tout pour quitter le pays et aussi toute la difficulté pour les Occidentaux de pouvoir répondre à ces demandes d’exil. Le devoir d’humanité d’un côté, d’abord et avant tout, pour venir en aide à ceux qui sont menacés, puis le défi d’une nouvelle crise migratoire de l’autre côté. En mettant ces deux aspects sur le même plan dans son allocution lundi, Emmanuel Macron s’est attiré les critiques de la gauche et des ONG.

Évacuations en cours

Car l’heure est aux évacuations via des ponts aériens. France, Angleterre, Espagne… plusieurs pays ont commencé à rapatrier leurs compatriotes d’Afghanistan. Et dans tous les vols, des réfugiés afghans font aussi partie des passagers, la plupart ayant travaillé pour ces pays européens. Environ 7 000 personnes ont été évacuées d’Afghanistan par l’armée américaine depuis le 14 août, a indiqué hier un haut responsable du Pentagone.

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Le Pentagone, qui souhaite évacuer autant de personnes que « possible », soulignait certes que les islamistes « facilitaient le passage » vers l’aéroport de Kaboul des citoyens américains. Mais « nous avons vu des informations rapportant que les talibans empêchent les Afghans qui souhaitent quitter le pays d’atteindre l’aéroport », déplorait le Département d’Etat.

L’Union européenne doit accueillir les Afghans faisant l’objet d’une « menace immédiate », a pour sa part déclaré la commissaire européenne Ylva Johansson et l’Autriche a d’ores et déjà demandé que l’UE prévoie des « centres de rétention » dans des pays voisins de l’Afghanistan pour ceux qui seront expulsés d’Europe.

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Deux questions se posent. La première est celle d’une crise migratoire d’ampleur, particulièrement en Europe qui a vécu ces dernières années et vit encore la crise des migrants en Méditerranée et la crise des réfugiés syriens fuyant la guerre et le régime de Bachar Al Assad. La Pologne a préventivement envoyé plus de 900 soldats pour renforcer la sécurité de sa frontière avec la Biélorussie après une hausse des franchissements illégaux de la frontière.

Parler avec les talibans ?

La seconde question est de savoir s’il faut ou non entretenir des relations avec le régime taliban dont on ne sait pas s’il honorera ses promesses de respect des droits de l’Homme. L’Union européenne « devra parler » aux talibans « aussi vite que nécessaire », car ces derniers « ont gagné la guerre » en Afghanistan, a admis, plus nuancé, Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne.

Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays de l’Otan destinée « à maintenir une étroite coordination et à discuter d’une approche commune sur l’Afghanistan » aura à ce sujet lieu aujourd’huiFace à la crise humanitaire, la realpolitik…