Alex Molcan Interview : Tennis Majors FR


Alex Molcan est un des nouveaux membres du top 100 mondial après des années sur le circuit Challenger. Le Slovaque de 25 ans n’est pas le joueur le plus connu du grand public et pourtant il est monté jusqu’à la 38e place du classement ATP en juillet 2022 et a déjà atteint trois finales sur le circuit ATP (Belgrade, Lyon et Marrakech).

Le 2 janvier, à Pune, le 50e joueur mondial commencera sa deuxième saison sur le grand circuit avec un staff 5 étoiles, une connaissance précise de son propre jeu et une forte croyance en lui-même.

Alex Molcan Interview : Tennis Majors FR

Tennis Majors : Vous avez joué votre première saison sur le circuit ATP en 2022 après des années sur le circuit Challenger. Quelles sont les différences que vous avez remarqué entre les deux circuits ?

Alex Molcan : Être sur le circuit ATP pour la première fois cette année a mené à une saison plus compliquée comparée aux saisons d’avant en Challenger, il y a une plus forte intensité, les joueurs jouent plus vite, sont plus physiques mais le plus gros changement est au niveau des voyages. Voyager partout dans le monde, c’est fatiguant quand c’est la première année que vous le faites, c’était la première année ou je voyageais en Australie, en Amérique, toujours aller dans des endroits loin de la maison, c’était nouveau pour moi et bien sûr j’ai aimé ça, j’étais survolté, extrêmement motivé et je le suis encore.

T.M : Souvent quand on parle à des joueurs, ils disent au contraire que la différence de niveau entre les joueurs des deux circuits est minime, vous ressentez donc le contraire ?

A.M : Si vous jouez des ATP 250 ou des Grands Chelems, vous pouvez jouer contre des joueurs classés 70, ou 80, vous pouvez aussi les jouer en Challenger, ce n’est pas la grande différence. Cela change quand vous jouez des top 10, des top 20, vous devez être meilleur quand vous les jouez. Quand vous êtes sur le circuit ATP ou en Grand Chelem, tout le monde veut gagner, parfois en Challenger, les joueurs peuvent être un petit peu moins motivé, peuvent laisser filer un match, ce n’est pas quelque chose qui arrive à chaque match ou à chaque tournoi mais ça arrive plus que sur le circuit ATP.

T.M : Êtes-vous satisfaits de vos résultats lors de cette année 2022 ?

A.M : C’était une année correcte, pas parfaite mais plutôt bonne donc je dirais que je suis plutôt heureux de la manière dont j’ai joué.

(Marian Vajda) C’est le plus grand professionnel que vous puissiez trouver. En termes de coaching, c’est probablement le meilleur

Alex Molcan

T.M : Un autre grand changement cette année est l’arrivée dans votre staff de Marian Vajda, comment se passe la collaboration avec lui ?

 A.M : Avec Marian, nous avons commencé en mai, le premier tournoi était Rome, pour être honnête, c’était une adaptation compliquée, j’était tellement stressé, je tremblais, à cause des attentes et tout ça. Mais désormais, je ne suis plus du tout nerveux à ses côtés, j’ai l’habitude de travailler avec lui, c’est une personne incroyable et il a changé la manière dont je vois le tennis, c’est le plus grand professionnel que vous puissiez trouver. En termes de coaching, c’est probablement le meilleur, c’est celui qui a accompli le plus de choses, qui a le plus de Grands Chelems, je suis super heureux de travailler avec lui.

T.M : Vous dîtes qu’il a changé la manière dont vous voyez le tennis, que voulez-vous dire par là exactement ?

A.M : Il a changé ma vision du tennis à un niveau global, ce n’est pas un point spécifique. Chaque membre de mon équipe est devenu plus professionnel parce que vous savez, vous travaillez avec Marian, l’ancien coach de Djokovic, c’est ce type d’hommes, c’est sa personnalité, il m’est tellement utile.

T.M : Comment est née cette collaboration entre vous deux ?

A.M : Histoire plutôt marrante, l’année dernière, je recherchais un nouveau coach pour l’année 2022, je l’ai (Marian Vajda) rencontré en 2021 et je lui ai demandé des conseils à propos d’un nouveau coach, je ne lui demandais pas à lui parce qu’il était avec Djokovic, je ne savais pas qu’ils allaient se séparer, je lui posais juste des questions autour d’un café. Je lui ai donné quelques noms dont celui de Karol Beck et Marian l’a décrit comme un excellent coach qui n’avait pas encore montré son potentiel parce qu’il travaillait dans une académie en Slovaquie, donc pas avec des joueurs professionnels. J’ai répondu d’accord, je pense que je vais essayer avec lui (Beck) parce que je recherchais un coach qui était un ancien joueur, et il n’avait pas beaucoup d’expérience comme coach mais je sentais qu’il avait en lui ce qu’il fallait. Nous avons commencé à travailler avec Karol et nous avons eu une autre réunion avec Marian après qu’ils aient (avec Djokovic) annoncé leur séparation en février je crois. Je l’ai appelé quand je suis rentré en Slovaquie après un tournoi pour savoir s’il pouvait me suivre quelques semaines histoire de me donner des conseils sur mon jeu, après cela, une autre réunion pour lui demander s’il voulait faire partie de mon équipe, c’est arrivé plutôt facilement et naturellement au final, il voulait travailler avec moi, il m’a dit qu’il voyait du potentiel en moi, c’était des mots très sympathiques à entendre venant de lui et nous avons définitivement commencé en mai. En Slovaquie, quand Marian m’a rejoint, ça a été une explosion, un raz de marée médiatique, les gens étaient heureux.

Marian Vajda / Crédit : Chryslène Caillaud, Panoramic

T.M : Vous faites donc votre première intersaison ensemble, tous les trois, quels sont les axes de travail principaux ?

vous avez tout ce que vous voulez à votre disposition, vous vous entraînez avec de grands joueurs (il s’est notamment entrainé avec Medvedev et Rune) et les installations sont supers.

T.M : Quel est votre objectif principal pour 2023 ?

A.M : Nous (lui et son staff) avons des objectifs en termes de classement mais je ne veux pas le dire à haute voix. Je sais de quoi je suis capable, je ferai tout mon possible pour atteindre cet objectif et nous verrons l’année prochaine si je l’ai fait ou pas. Nos objectifs sont élevés mais je pense que notre équipe est géniale, je crois en eux, ils croient en moi, tout est donc possible.

T.M : Le meilleur classement de Marian Vajda en tant que joueur était 34e, celui de Karol Beck 36e et le votre 38e, est-ce tout de même un objectif de les dépasser ?

A.M : (Rires) Nous avons parlé de ça lors de nombreux tournois, où nous en rigolions, j’étais tout près de les dépasser à trois reprises, si j’avais gagné la finale à Lyon par exemple, j’aurais été 31e et je les aurais dépassés mais je ne l’ai pas fait. C’est un running-gag marrant entre nous mais l’année prochaine je vais les dépasser.

Alex Molcan en finale de Lyon face à Cameron Norrie / Crédit : Frederic Chambert, Panoramic

T.M : Vous avez passé plus de temps que d’autres membres du top 50 sur le circuit Challenger, atteindre le circuit ATP était-il un objectif et y-avez vous toujours cru ?

A.M : C’était plutôt long. J’étais toujours quelque part autour des 300. J’ai toujours cru que je pouvais rejoindre le circuit ATP, je voyais des gars de ma génération comme Rublev ou Hurkacz et je savais que je n’étais pas largement plus mauvais, que je pouvais être dans les 100. J’en étais encore loin, à ce moment-là, je n’avais encore gagné aucun Challenger, faire une demi-finale était un résultat génial mais j’y ai toujours cru. Je ne savais pas comment parce que j’avais l’impression de tout faire pour y arriver et devenir meilleur, maintenant je pense que je ne le faisais pas mais tout a changé après la finale à Belgrade.

Ce match contre Djokovic, c’était le point crucial de ma carrière

Alex Molcan

T.M : Comment avez-vous vécu cette folle semaine à Belgrade (en 2021), votre tout premier tournoi ATP ?

A.M : Je me souviens que je jouais plutôt bien avant Belgrade, quelque quarts et demi-finales en Challenger, je me sentais bien sur le court, je sentais que je m’améliorais. Puis à Belgrade, je ne veux pas discréditer les joueurs mais j’ai eu un bon tirage, j’ai joué deux wild-cards de suite, pas des mauvais joueurs mais vous pouvez aussi jouer Djokovic au deuxième tour, ça fait une grande différence. J’ai gagné les deux matchs, le second 6-0, 6-0, j’ai joué de manière incroyable, ensuite Verdasco, pareil 6-0, 6-2, je me sentais si confiant. Ensuite Delbonis, je suis mené d’un set et un break, à nouveau un autre break dans le troisième mais j’ai gagné le match et puis Djokovic en finale. Après ce tournoi, ma confiance était tellement élevée, je ne le dis pas d’une manière hautaine mais je sentais que je pouvais jouer contre n’importe qui à ce moment-là, une sensation incroyable. 

T.M : Jouer Novak Djokovic lors de la première finale sur le circuit ATP de votre carrière, comment l’avez-vous vécu ?

A.M : Je n’étais pas nerveux du tout, c’était bizarre. Si vous m’aviez dit que j’allais jouer Djokovic pour ma première finale sur le grand circuit avant cela, je me serais imaginé être super nerveux mais pas du tout, j’étais juste heureux d’aller sur le terrain. Je souriais, je n’avais aucune pression, je jouais le numéro 1 dans sa ville natale devant des milliers de personnes mais je n’avais aucune nervosité, d’ailleurs je l’ai breaké directement. J’ai perdu ensuite mais c’était un bon score pour moi (6-4, 6-3). Ce match contre Djokovic a changé ma vision du tennis, c’était le point crucial de ma carrière. Il m’a montré la manière dont le tennis devait se jouer, ce n’est pas un jeu de puissance, je l’ai appris durant ce match. Avant je pensais que je jouais trop doucement, pas assez proche du filet, que je devais taper plus de coups gagnants. Djokovic, lui, il joue aux échecs, il utilise son cerveau, vous avez besoin de puissance mais ce n’est pas le plus important. J’ai compris grâce à ce match que je devais jouer plus long, avec plus d’effet, plus utiliser ma tête. Ce match a changé mon tennis, j’ai commencé à avoir plus confiance en mon jeu, être plus fier de la manière dont je jouais et à croire que je pouvais battre n’importe qui si je jouais bien.

Novak Djokovic et Alex Molcan Belgrade 2021 / Crédit : Imago, Panoramic

T.M : Quelques semaines après, vous vous qualifiez à l’US Open pour votre premier tournoi du Grand Chelem et atteignez le troisième tour, quels sont vos souvenirs de ce tournoi ?

A.M : L’US Open était fou, j’ai eu une balle de match contre moi au troisième tour des qualifications mais j’ai gagné et après ça encore un plutôt bon tirage contre d’autres qualifiés. Ce n’étaient pas des matchs faciles mais j’ai gagné contre Ilkel et Nakashima en 5 sets mais contre Schwartzman, même avant le match je ne pensais pas que je pouvais gagner. J’étais pourtant confiant à cette période mais avant de le jouer je me suis dis ‘il est si bon, il est top 12,…’ c’était le premier match ou je ne croyais pas en mes chances, j’ai perdu trois sets à 0 mais plus généralement c’était un excellent tournoi qui m’a beaucoup aidé. 

T.M : Vous êtes devenu le numéro 1 slovaque cette année, quels ont été les changements dans votre vie liés à ce nouveau statut ?

A.M : Je ressens un petit peu plus le soutien du peuple slovaque, on me reconnaît un petit peu plus dans la rue mais j’essaie de ne pas y penser, mes proches sont restés les mêmes vis-à-vis de moi, certaines personnes me témoignent plus de respect mais le changement n’est pas incroyable.

T.M : La Slovaquie affronte les Pays-Bas en février prochain en Coupe Davis, est-ce un des objectifs de votre saison ?

A.M : Jouer la Coupe Davis est un gros objectif, on veut se qualifier pour la phase finale. Cette année nous avions joué contre l’Italie mais j’ai eu le coronavirus la veille de la rencontre. Mes coéquipiers ont été incroyables et nous avons perdu 3-2, 6-4 au dernier set du match décisif donc c’était vraiment proche. Quand on voit qu’ils (les Italiens) ont perdu en demi-finale après, ça nous laisse de grands espoirs pour l’année prochaine.

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