L'Algérie s'enfonce dans le conflit en Ukraine, une question "profondément problématique" pour Washington


En continuant d’acheter des armes à Moscou, l’Algérie s’attire les foudres des Etats-Unis qui ont de fortes chances d’imposer des sanctions aux pays contribuant indirectement à financer la guerre en Ukraine. L’Algérie qui fait alliance également avec l’Iran devrait le rejoindre sur la liste des pays sanctionnés internationalement.

L’achat massif et compulsif d’armements russes par l’Algérie commence à poser problème pour la communauté internationale. Si la course à l’armement en Algérie n’avait pas fait réfléchir plus que ça, aujourd’hui, les Etats-Unis la voient d’un mauvais œil.

Vendredi, lors du briefing quotidien du département d’Etat, le porte-parole adjoint du département d’Etat américain, Vedant Patel, a répondu à une question sur l’Algérie en soulevant la lettre envoyée au secrétaire d’Etat, Blinken appelant à des sanctions contre les responsables gouvernementaux en Algérie pour un accord sur les armes avec la Russie.

Sans le nommer mais en formulant une réponse sans équivoque, le diplomate américain a affirmé que l’achat d’armes russes par l’Algérie est «profondément problématique».

«Tout pays qui continue à soutenir la Russie en ce qui concerne son conflit en Ukraine en ce moment, sa violation injuste et illégale de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine, est profondément problématique», a-t-il affirmé, sans commenter la correspondance du Congrès qui n’est pas d’usage.

La semaine dernière, un groupe de membres bipartites du Congrès a en effet adressé une lettre au secrétaire d’Etat Antony Blinken en exprimant leur « préoccupation concernant les récents rapports sur les liens toujours plus étroits entre la Fédération de Russie et la République algérienne démocratique et populaire », pour l’appeler à activer des sanctions contre les responsables algériens

Cette fois, les Républicains, connus pour être plutôt favorables à l’Algérie à cause des intérêts des lobbies des armes et des pétroliers, se sont joints aux Démocrates, pour se saisir de l’affaire de l’alliance entre l’Algérie et la Russie et dénoncer l’alignement d’Alger sur Moscou.

Les 25 élus du Congrès ont indiqué qu’en principe et en application de la loi «Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act», adoptée au Congrès en 2017, le président des Etats-Unis doit imposer des sanctions aux parties « s’engagent dans une transaction importante » avec les secteurs de la défense ou du renseignement de Russie.

Et l’Algérie est une partie qui engage des sommes colossales dans l’achat d’armes russes. Pas moins de 7 milliards de dollars ont été versés par l’Algérie à la Russie en achat d’armes l’année dernière.

« L’Algérie a accepté d’acheter des avions de chasse russes avancés, y compris des Sukhoi 57. Jusqu’à présent, la Russie n’avait jamais accepté de vendre cet avion à aucune autre nation » ce qui prouve une relation militaire étroite entre l’Algérie et la Russie. « Ce transfert militaire a fait de l’Algérie le 3ème destinataire d’armes russes dans le monde », ont écrit les élus du Congrès américain.

«Il est essentiel que le président Biden et son administration se préparent à sanctionner ceux qui tentent de financer le gouvernement russe et sa machine de guerre en achetant du matériel militaire», ont-ils plaidé.

Et alors que la presse algérienne a vite crié victoire en voyant quelques jours après, le tweet à tonalité positive de l’ambassadrice américaine à Alger, Elizabeth Moore Aubin, qui a rencontré le ministre algérien des Affaires Etrangères, Ramtane Lamamra, elle était loin de s’imaginer les dessous de cette rencontre embarrassante pour l’Algérie.

Car ce tweet de la diplomate américaine trahit ce que les dirigeants algériens ont tenté de faire : Camoufler cette rencontre qui était en réalité une convocation d’Elizabeth Moore Aubin par Ramtane Lamamra pour s’expliquer sur la lette des membres du Congrès.

Alger qui voulait montrer ses muscles en jouant la carte de l’indignation auprès de la diplomate américaine, n’avait pas les moyens de ses ambitions puisque la diplomatie algérienne, qui a l’habitude de publier le moindre événement, n’a pas communiqué sur cette rencontre avec l’ambassadrice de la première puissance mondiale.

Les raisons de ce silence algérien autour de cette rencontre sont évidentes, et trouvent leur origine dans la mauvaise presse qu’une convocation d’ambassadeur peut provoquer, surtout que l’Algérie est la partie à blâmer dans cette affaire.

La peur donc, est la principale raison de l’impasse sur cette rencontre du côté d’Alger mais qui a été dévoilée par l’ambassadrice. L’autre raison de ce silence c’est que les militaires algériens ont peur de se mettre à dos la Russie en s’affichant avec les Etats-Unis en de pareilles circonstances de guerre et d’animosité des Occidentaux envers Moscou.

L’Algérie se retrouve dans une situation compliquée au moment où des exercices militaires conjoints avec la Russie doivent avoir lieu prochainement, de quoi renforcer l’alignement d’Alger sur les positions russes.