Un ancien magistrat du Parquet national financier mis en examen pour harcèlement moral et sexuel


les avocats de la plaignante.Symptômes dépressifs, ruminations mentales, perte de poids, pleurs quotidiens et incontrôlés, perturbations cutanées, pelades, cauchemars… Pour la psychologue qui l’a expertisée l’été dernier, la jeune femme présente un « tableau clinique caractéristique des victimes d’abus ». Elle note encore que « le phénomène d’emprise nous apparaît encore effectif » chez celle qui lui a décrit « une relation toxique avec cet homme » qui, selon ses termes, l’a « atteinte dans a féminité ».

Un humour salace

Personnalité attachante et gros bosseur, il a aussi la réputation de pratiquer un humour lourdingue voire salace.

Un ancien magistrat du Parquet national financier mis en examen pour harcèlement moral et sexuel

elle avait détaillé son mal-être  : « Il me demandait une disponibilité immédiate Il était juste derrière elle et d’un coup il s’est mis à masser ses épaules. J’ai vu A. complètement crispée. Quand il a vu mon regard, il s’est tout de suite arrêté. Plus tard il a dit  : “Je ne suis pas Harvey Weinstein quand même  ! ” »

finit par alerter la directrice du greffe. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait plus tôt ? « Elle craignait que la parole d’une greffière n’ait pas beaucoup de poids face à celle d’un magistrat », a témoigné Jean-Yves Lourgouilloux, procureur adjoint au PNF. « J’ai constaté dans la justice que celui qui révélait un problème devenait le problème. La suite l’a démontré puisque cette situation n’a été prise au sérieux qu’à partir du moment où c’est une magistrate qui s’est plainte… »Le récit d’une autre femme, N. vice-procureur au PNF de janvier 2019 à mars 2020, conduira le Conseil supérieur de la magistrature à conclure à « une incapacité de ce magistrat à rester dans les limites attendues d’une relation professionnelle ». Parmi les faits signalés, cette saillie à l’automne 2019  : « Fais gaffe, ça coule  !  » lui lance-t-il. Avant de préciser  : « Bah oui, tu as du sperme qui coule le long des cuisses. » Ou encore son doigt qu’il introduit subitement dans le nez de sa collègue à défaut, lui dit-il ensuite, « de le mettre ailleurs ». « Je me suis sentie très mal parce qu’humiliée et je culpabilisais de ne pas avoir réagi plus tôt », a témoigné la juge qui a alors recours à un long arrêt maladie.

La porte-parole écartée

La période où se sont déroulés les faits n’est pas la plus sereine qu’a connue le PNF, qui fait alors l’objet de plusieurs enquêtes de l’inspection générale de la justice et du CSM. Il y a aussi une certaine vacance du pouvoir entre le départ à la retraite de sa patronne, Éliane Houlette, en juin 2019, et l’arrivée de son successeur, Jean-François Bohnert, en octobre. Le nouveau procureur sera alerté de la situation en novembre par la porte-parole du PNF, Céline Clément-Pétremann, qui sera écartée au cours de l’été 2020. « La troisième victime a été Céline, soutient la magistrate du PNF Ulrika Delaunay-Weiss. Je pense que le courage qu’elle a eu pour soutenir ses deux collègues s’est retourné contre elle et qu’on lui a fait payer la facture. » 

 » Quand il a vu mon regard, il s’est tout de suite arrêté. Plus tard il a dit  : “Je ne suis pas Harvey Weinstein quand même  ! ” « 

Rétrogradé en mai 2021 au rang de substitut, Pierre-Olivier A. est toujours en poste à Versailles. Son avocat n’a pu être joint. Devant ses pairs, il a regretté son comportement envers sa collègue magistrate qu’il impute à « un manque de discernement ». Quant à son attitude avec sa greffière, il a expliqué avoir voulu « abolir la distance magistrat-greffier et développer une relation de proximité ». Cette dernière a depuis pris ses distances avec la magistrature.