Comment apprendre la lecture rapide


EDIT : Les propos de la professeure en sciences du langage Saveria Colonna ont été ajoutés après publication pour préciser l’efficacité de la méthode de lecture rapide et ses objectifs.
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« Un lecteur rapide lit un livre comme celui-ci en moins d’une heure, d’une traite », assure, confiant, Mohamed Boclet, qui tient dans ses mains son livre de 240 pages intitulé Connaissance illimitée, publié chez Robert Lafont en 2023. « Un lecteur lambda va sûrement mettre un mois ou deux pour en venir à bout », ajoute le vice-champion du monde de lecture rapide.Mais lire d’une traite à cette cadence ne permet pas de tout retenir, comme c’est le cas pour une lecture normale. « Balayer un texte ne remplace pas la lecture. À cette vitesse, on ne peut pas tout comprendre », précise Saveria Colonna, professeure en sciences du langage à l’université Paris-8. En effet, aucune étude scientifique expérimentale ne permet de prouver de manière certaine l’efficacité de la méthode. Il s’agit davantage de simples conseils qui peuvent s’avérer utiles pour « chercher des informations dans un texte rapidement », ajoute-t-elle. Mais ce n’est en aucun cas un moyen de remplacer la « lecture plaisir ».Dyslexique et en difficulté scolaire lorsqu’il était jeune, ce n’est que plus tard et par hasard que Mohamed Boclet découvre les compétitions de lecture rapide, grâce à un atelier où sa femme l’inscrit. Il apprend alors à lire un livre de 200 pages en une heure.Depuis, ce trentenaire originaire de Seine-Saint-Denis dévore les ouvrages de tous genres. Ce matin, Mohamed a un objectif en tête : faire de moi un lecteur rapide en moins d’une heure. « Normalement, cela nécessite de la méthode et de l’entraînement régulier », prévient mon professeur. Faute de solutions instantanées, il prodigue toutefois des conseils de base pour augmenter ses capacités de lecture, atteindre une vitesse de 1 000 mots par minute et mémoriser trois fois plus rapidement qu’une personne ordinaire.► Pourquoi lire ce livre ? Avant même d’ouvrir un livre, de bonnes habitudes doivent être prises. Il est crucial de se fixer un objectif et de se demander : pourquoi lisons-nous précisément ce livre ? « Il faut adopter une attitude de lecture active en se posant les questions suivantes : qui ? quoi ? où ? comment ? pourquoi ? » souligne Mohamed Boclet. Au lieu de se plonger bille en tête dans l’ouvrage, il prend plusieurs minutes pour analyser le contenant et lire attentivement la quatrième de couverture et le sommaire.► Silence, je vais lire  ! Il insiste sur l’environnement dans lequel le lecteur doit se trouver. «  Je suis bien assis. Le livre doit être posé devant moi pour rester stable », explique-t-il. Oubliez les terrasses de café bruyantes pour bouquiner : une table blanche sobre et rangée est de rigueur, car rien ne doit venir le distraire.► Utiliser un « guide visuel » pour suivre le milieu de la ligne. Mohamed lit comme un enfant de CP. Il utilise ce qu’il appelle un « guide visuel », c’est-à-dire un stylo, ou simplement son doigt, pour suivre les lignes qui défilent à une vitesse folle. Le champion ne comprend pas pourquoi il est demandé aux jeunes d’apprendre à lire seulement à l’aide des yeux. Pour me convaincre, il me demande de tester brièvement la lecture à l’aide d’un stylo sur un paragraphe pris au hasard. Tel un garçon de 7 ans, je me mets immédiatement à lire à haute voix. Mais le champion interrompt l’exercice et rappelle qu’il faut « toujours lire dans sa tête ». Il ajoute qu’avec le guide visuel mieux vaut seulement suivre le milieu des lignes : « Il faut faire abstraction du premier et du dernier mot de chaque ligne. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas les lire, mais il s’agit simplement de les survoler », assure-t-il. Selon lui, cela permet de réduire de 30 % la quantité totale d’un livre.► Repérer les mots concepts. Ce conseil est davantage destiné aux lecteurs rapides aguerris. Le principe ? En parcourant les lignes, il faut passer d’un mot concept à l’autre pour reconstituer l’information brute : mon cerveau va, tel un ordinateur, restructurer le tout pour en sortir des idées claires. «  Cela permet de gagner du temps et d’aller à l’essentiel. Moi, je cherche toujours trois points de fixation par ligne », résume mon expert, dont l’ultime astuce avant de passer à la pratique est de prendre des notes et de surligner les passages clés.

Ce n’est pas une lecture plaisir, comme on pourrait lire un roman. C’est une recherche d’informations.Mohamed Boclet

► Se mettre en « état ressource ». Trêve de théorie, il est temps pour l’auteur de ces lignes de passer à la pratique en se mettant en « état ressource » : «  Il faut se détendre complètement, inspirer plusieurs fois par le nez et expirer par la bouche. » Pour que la concentration soit totale, Mohamed veille à ce qu’un silence de cathédrale règne dans la pièce. Plus rien ne doit exister autour de moi. Je me lance, non sans stress. Les premiers effets sont immédiats : le guide visuel accentue bien la vitesse et la fluidité de ma lecture. Les lignes défilent rapidement, et mon cerveau semble suivre. Je n’accorde aucune attention au style d’écriture, car j’entre en « lecture active », uniquement à la recherche des « concepts clés ». Résultat : pour ce texte de 1 118 mots, il m’aura fallu trois minutes dix-huit secondes, soit une belle cadence de 344 mots par minute. Un rythme bien plus rapide qu’avant cette formation express, puisque au début de notre rencontre Mohamed m’avait chronométré : comme un lecteur moyen, j’avalais un peu plus de 200 mots par minute.► Lire tout en enregistrant. L’enjeu de cette formation est aussi – et surtout – d’augmenter ma rétention d’informations. Mon coach me soumet un QCM pour évaluer mon degré de mémorisation : comment s’appelle la meilleure amie du protagoniste ? Quelle plante se trouve sur l’étagère ? Je bute sur certaines questions et je réponds parfois au hasard. « Trois bonnes réponses sur cinq. Bravo  ! Ta vitesse de lecture a bien augmenté, sans diminuer le niveau de compréhension. Avec un entraînement régulier, tu pourrais encore doubler tes capacités », promet Mohamed Boclet. Même si les résultats sont satisfaisants, le plaisir de lecture, lui, est complètement absent. Impossible de savoir si le texte est un chef-d’œuvre ou s’il a été écrit par ChatGPT. « Ce n’est pas une lecture plaisir, comme on pourrait lire un roman. C’est une recherche d’informations », rappelle Mohamed. Un exercice exigeant pour le cerveau qui permet de décupler sa mémoire et d’accéder à une « connaissance illimitée » en un temps record grâce à une lecture accélérée intelligente.Retrouvez notre hors-série « La mémoire. Entraîner son cerveau à tout âge » (100 pages, 8,90 €) en kiosque ou dans notre boutique en ligne.