L'attractivité de l'euro en question pour les pays de l'Est


L’euro est-il encore attractif pour les pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne ? Certes, la Slovénie, la Slovaquie, les trois pays baltes et le dernier arrivé – la Croatie – ont opté pour la monnaie unique européenne. Mais les autres – Pologne, Tchéquie et Hongrie en tête – ne se bousculent pas.Seule la Bulgarie entend adopter l’euro le plus vite possible. Ce serait d’ailleurs théoriquement possible dès le 1er janvier 2025, Sofia respectant les critères. Mais l’instabilité politique du pays et la persistance de l’influence russe sont des barrières pour son accession.

Des raisons diverses

Chaque pays d’Europe de l’Est est arrivé dans l’euro pour des raisons diverses. La Croatie voulait faciliter le tourisme en adoptant la monnaie unique. Les pays baltes, effrayés par leur voisin russe, souhaitaient s’arrimer le plus solidement possible au projet européen. La Slovaquie et la Slovénie sont de petites économies dont la politique monétaire n’était de toute façon pas décidée dans leur capitale mais à Francfort par la BCE.Le premier constat, c’est que « l’appartenance à l’euro n’a pas été un facteur de rattrapage pour les pays de l’Est mais elle ne l’a pas non plus pénalisé », estime Olivier de Boysson, économiste chez Société Générale. « La flexibilité du taux de change peut s’avérer un atout à certains moments, en cas de choc extérieur. La Pologne a ainsi bénéficié de la dépréciation du zloty en 2009 pour afficher une croissance de son PIB cette année-là alors que tous les autres membres de l’UE ou presque voyaient leur PIB plonger après la crise financière de 2008 », explique l’économiste.Sans la flexibilité du taux de change, le seul moyen d’ajuster l’économie à un choc est de réduire le coût du travail. Or, il est beaucoup plus simple de laisser son taux de change se déprécier que de baisser les salaires. La France l’a appris à ses dépens ces vingt-cinq dernières années. La Grèce et l’Espagne lors de la crise de 2010 aussi.Même si tous ces événements diffèrent, ils montrent que l’appartenance à l’euro oblige à se caler sur la rigueur de l’Allemagne, la première économie du Vieux Continent. Et de cela, tout le monde ne veut pas.

L'attractivité de l'euro en question pour les pays de l'Est

Perte d’indépendance

Dans son rapport annuel de janvier dernier sur la possible entrée dans la zone euro, la Banque centrale tchèque notait que, malgré les avantages pour le commerce avec les autres Etats membres, « l’adoption de l’euro comporte des risques liés à la perte d’une politique monétaire indépendante et au rôle stabilisateur d’un taux de change flexible. Après l’entrée dans la zone euro, la politique économique tchèque disposera de moins d’outils pour répondre à la situation économique intérieure ».L’autre raison est politique . Par exemple, la Pologne est un Etat nouveau, dont l’existence a été niée pendant tout le XIXe siècle, et qui veut s’affirmer. Son indépendance est cruciale pour la population. On retrouve cet enjeu dans le dernier Euro baromètre, une enquête réalisée dans tous les Etats membres du l’UE par la Commission européenne. A l’automne 2023, 56 % des Polonais se déclaraient contre l’adoption par leur pays de l’euro, un chiffre en forte hausse.C’est la même chose en Tchéquie où 63 % des répondants refusent que Prague rejoigne la monnaie unique, beaucoup craignant la hausse des prix qui en découlerait. De façon plus étonnante, les Hongrois, eux, y sont favorables. Les deux tiers des personnes interrogées verraient d’un bon oeil l’entrée de leur pays dans la zone euro. La raison tient probablement au fait que le pays a connu une période où l’inflation a bondi en raison d’une forte dépréciation du forint, la devise hongroise.Quant aux Roumains, ils se montrent divisés, 50 % d’entre eux espérant que leur pays fasse partie de la zone euro. Bref, même si la guerre en Ukraine et le retour de l’inflation peuvent séduire certains électeurs de l’Est, le débat risque encore de durer.