La bataille de Csar contre les Helvtes explique par le militaire


Suite à mon article expliquant la bataille célèbre mais non localisée de Magetobriga, grand merci à mes commentateurs pour leur soutien, mais ne brûlons pas les étapes, sinon nos adversaires archéologues vont encore se défiler pour ne pas répondre. Quand je parle de mes ou de nos adversaires archéologues, il s’agit de MM Vincent Guichard et Mathieux Poux qui ont fait le choix de me dénigrer plutôt que de débattre. Le fait est grave d’autant plus qu’il a été entériné par les ministres successifs de la Culture. C’est ainsi que le militaire qui était pourtant à l’origine et la référence pour la recherche historique s’est trouvé « éliminé ». Je cite, pour mémoire, le colonel Stoffel, le général Greuly etc. Ancien militaire moi-même, ayant l’expérience des conflits, du terrain et des combats, après une carrière plus qu’honorable, il s’agit là d’une situation que je supporte très mal face à des archéologues bien plus jeunes que moi qui n’ont pas mon expérience, ni le sens et la connaissance du terrain.

Le sénat romain avait été alerté par les Eduens du danger germain.Druide suprême de la Gaule, Divitiac s’était rendu à Rome. Cicéron l’avait hébergé. Il avait prononcé devant le sénat un discours historique dans lequel il avait prédit tous les évènements qui vont suivre (Panégyriques, Lat.8, par.3). On l’avait écouté, sans plus.

En 63 avant JC, les Arvernes avaient fait appel aux Germains d’Arioviste pour défendre leur position du mont Beuvray dont voulaient s’emparer les Héduens. Bataille de Magetobriga  : les Héduens avaient été battus (DBG I, 31).

Lettre de Cicéron à son ami Atticus, Rome, 15 mars. 60 avant JC

A. I. 19  Ce qu’il y a en ce moment de plus grave en politique, c’est la crainte d’une guerre dans les Gaules. Elle est déjà chez nos frères, les Éduens, qui viennent de livrer un combat malheureux (il s’agit de la bataille de Magetobriga dont je viens de parler) Les Helvètes sont sans doute sous les armes et ont fait des incursions dans la Province. Le sénat a décidé que l’on tirerait au sort les consuls qui iront commander dans les deux Gaules, qu’il y aura une levée de troupes, qu’on n’admettrait point d’exemption, qu’on nommerait des ambassadeurs, avec pleins pouvoirs, qui iront dans les cités des Gaules avec la mission de les dissuader de se joindre aux Helvètes. (traduction E. Mourey)

Pourquoi les Helvètes sont-ils sous les armes ? Réponse  : n’ayant pas obtenu l’aide militaire qu’il était allé demander à Rome, Divitiac ne pouvait, en toute logique, que se tourner vers un autre peuple disposant d’une force militaire, les Helvètes. Pour sceller la nouvelle alliance, son frère Dumnorix avait épousé la fille du chef helvète, Orgétorix.

Pourquoi Rome veut-elle dissuader les cités gauloises de se joindre aux Helvètes ? Pourquoi César s’attaque t-il aux Helvètes appelés par les Eduens alors que le vrai danger est Arioviste ? La politique a ses obscurités, aujourd’hui comme hier. Pourquoi César se retournera-t-il ensuite contre le chef germain ? Ne se seraient-ils plus entendus dans leur ambition de se partager la Gaule ?

Bref, les Helvètes accompagnés des Boïens entament leur longue marche. César écrit qu’ils se dirigeaient vers la Province (DBG 1,10), c’est faux  ! Les Helvètes se dirigeaient vers le mont Beuvray pour y déloger les Germains d’Arioviste qui s’y trouvaient toujours après leur victoire de Magetobriga. Dans sa longue poursuite, à mi-parcours, à quel endroit privilégié César s’est-il arrêté pour se ravitailler ? Le militaire répond  : à Bibracte, le mont Saint Vincent ou à proximité, à Gourdon peut-être. C’est probablement de là que César écrit  : 

Ayant appris par ses éclaireurs/espions que son adversaire (les Helvètes) s’était installé en bas d’un mont, à onze kilomètres huit cents des castra (?) César le fit reconnaître pour savoir si on pouvait en occuper le sommet en passant par derrière. On lui rendit compte que la montée était facile (DBG I, 21).

Ce mont au pied duquel les Helvètes avaient dressé leurs camps pour faire étape, c’était la colline de Sanvignes.à environ onze kilomètres huit cents de la forteresse de Mont-Saint-Vincent, véritable Bibracte, véritables « castra »  !  

.

Non  ! Les principaux des Eduens n’étaient pas dans les camps romains de César, mais dans les « castra/fortifications » de Bibracte, dans les fortifications de Mont-Saint-Vincent.

 

Durant la nuit, César envoie Labiénus occuper le mont de Sanvignes et lui-même se met en route en direction du camp des Helvètes pour l’attaquer au petit jour et y semer la confusion. Mais là, dans la nuit qui s’achève – ne comptez pas sur César pour le reconnaître – c’est une pagaille noire. Je cite. Au point du jour, alors que le sommet (de la colline de Sanvignes) était occupé par Labiénus et que César n’était pas éloigné du camp helvète de plus d’un kilomètre cinq cents, et alors que ni lui ni Labiénus n’avaient été repérés, Considius accourut à bride abattue et lui rendit compte que l’ennemi tenait le mont (de Sanvignes), qu’il l’avait reconnu aux armes gauloises et aux enseignes.

L’observation de Considius était erronée. Craignant que sa manoeuvre ait été éventée, César a manifestement hésité, voire paniqué. On devine que la colonne s’est arrêtée. On devine les questions qu’on se pose, les ordres et les contre-ordres, bref la confusion. Bref, César n’attaqua pas les Helvètes. Il se hâta de porter ses troupes sur la colline “très proche” (proximus collis) et de les disposer en formation de bataille.proximus collis, il s’agit de la colline allongée du Mont Maillot. Enfin, le jour était bien avancé lorsqu’il sut par ses espions/éclaireurs que les Helvètes avaient levé le camp. Le mont était bien occupé par Labiénus ; Considius, pris de peur, avait dit à César avoir vu ce qu’il n’avait nullement vu. (DBG 1, 22)

Les Helvètes avaient donc repris leur marche. Ils se dirigent toujours vers le mont Beuvray pour y déloger Arioviste. César les poursuit mais le ravitaillement régulier promis par les Eduens n’arrive toujours pas. Les Romains font alors demi-tour pour se rendre à Bibracte/Mont-Saint-Vincent, « itinere converso », c’est clair  : « l’itinéraire ayant été inversé ». Non  ! César n’a pas « obliqué » pour aller livrer bataille à Montmort (DBG I, 23). Modifiant leur plan et inversant leur cheminement, les Helvètes le poursuit (DBG I, 23). S’en étant rendu compte, César conduit ses troupes sur une « proximus collis » et envoie sa cavalerie pour contenir l’offensive ennemie (DBG I, 24).

« Proximus collis », la colline très proche, c’est le mot clé qui explique tout  ! C’est la colline allongée du mont Maillot sur laquelle César avait disposé ses troupes le jour précédent, lors du coup de main manqué. Il l’appelait également  : « proximus collis » (I,22). Mais il est une chose certaine, c’est qu’à cette époque, la colline était en près et non boisée, en partie, comme aujourd’hui.

César a appuyé son aile droite sur le mont de Sanvignes. Il y a installé deux légions de recrues ainsi que ses auxiliaires, de façon que tout le mont fut rempli d’hommes. En y mettant ses troupes les moins sures, il ne leur donnait pas d’autre choix que de défendre leur vie en même temps que la position. Son aile gauche qu’il a peut-être portée jusqu’à la croupe de la cote 303 – hypothèse – était protégée d’un encerclement, et par une région probablement boisée qu’elle surplombait comme aujourd’hui, et par son éloignement. Qu’est devenue la cavalerie que César a envoyée pour ralentir l’adversaire et gagner les délais nécessaires à la mise en place de son dispositif. Probablement a-t-elle rallié l’aile droite du corps de bataille pour retarder une éventuelle pénétration dans l’intervalle, non loin du PC de César. Conformément aux préceptes de Végèce, les légions de vétérans les plus solides et les plus expérimentées se trouvent au centre.  http://remacle.org/bloodwolf/erudits/vegece/vete3.htm.

étant donné, bien entendu, que tous les légionnaires sont porteurs de l’épée du corps à corps  :

 – au premier rang, les hastati, porteurs en plus de la lance, prêts à recevoir le choc.

 – au deuxième rang, immédiatement derrière, les principes, prêts à dégainer l’épée.

Ou bien  :

 – au premier rang, les principes, l’épée au poing. – au deuxième rang, les hastati, porteurs de la lance, en soutien immédiat.

Comme le dit Végèce, c’est une espèce de mur inébranlable qui doit impérativement conserver son alignement, ainsi que des intervalles entre combattants leur permettant de manier leurs armes (0m90 pour un combattant).

 – au troisième rang, les triarii. Porteurs en plus de javelots, je les vois d’abord les lancer en avant du mur inébranlable, puis revenir rapidement derrière ce mur en passant par les intervalles pour s’y positionner en appui feu. Dans mes ouvrages, étant ancien escrimeur, j’ai proposé une escrime de groupe où le porteur de lance et le lanceur de javelot protègent et soutiennent le princeps ainsi que toute une technique de relève. Malheureusement, je n’ai trouvé aucun texte qui confirmerait ce type d’escrime. L’étude et le débat restent donc ouverts. http://dagr.univ-tlse2.fr/sdx/dagr/feuilleter.xsp?tome=1&partie=1&numPage=40&nomEntree=ACIES&vue=texte.

 Je propose également une réflexion sur la manoeuvre des lignes de bataille car César dit bien qu’à Sanvignes, il a installé une triplex acies, c’est-à-dire, non pas une ligne de bataille sur trois rangs comme certains le pensent, mais trois lignes de bataille.

et lui-même donne l’exemple. Il place tout le monde devant l’alternative  : la victoire ou la mort. Et il donne le signal du combat.

L’intention de manoeuvre de César est inscrite dans son dispositif. Il s’agissait de briser l’assaut de la phalange helvète sous un tir nourri de javelots, de la disloquer dans la foulée par un engagement à l’épée mené au corps à corps, de l’encercler par la gauche, de la repousser jusqu’au mont de Sanvignes où elle aurait été prise sous les feux plongeants de cette position. C’est la mission de la première ligne de bataille romaine. La deuxième ligne de bataille devait progresser en appui, immédiatement derrière, prête à la relever au besoin. La troisième ligne de bataille marchait en retrait et en réserve, prête à se déployer pour protéger le flanc gauche de la manoeuvre. Les petits bagages des légionnaires étaient restés sur place, probablement derrière le chemin de la ligne de crête. Rappelons pour mémoire que César n’a pas emmené ses charriots de bagages qui étaient très certainement restés à Gourdon ou à Mont-Saint-Vincent.

L’intention de manoeuvre des Helvètes semble avoir été la suivante. Lancer l’offensive sur un vaste front dans la formation de phalanges très serrées, protégées en avant et au-dessus par les boucliers individuels qui se recouvraient en partie. C’est la formation bien connue de la tortue. Placées au centre, les meilleures troupes avaient probablement reçu la mission d’ouvrir une brèche pour ensuite encercler l’aile gauche de César et la rejeter de la position. Véritable tournant du combat, au centre du dispositif césarien, à hauteur de Ceurnay, à exactement 1 500 mètres du mont de Sanvignes – distance indiquée par César – c’est à partir de là, face aux troupes d’élite romaines, que les Helvètes commencèrent à reculer et à faire retraite en direction du mont, mais toujours en combattant.

L’affaire ne semble plus être qu’une question d’heures (Vegèce écrit que le sort d’une bataille se joue dans les deux ou trois premières heures).

Mais, ô surprise, c’est dans ce laps de temps que tout se remet en question. Les Boïens et les Tulinges, qui marchaient en arrière-garde, arrivent sur le champ de bataille. Ils attaquent les Romains en les prenant sur leur flanc découvert (par la marche) et commencent à les envelopper. Les Helvètes qui se sont repliés vers le mont, l’ont pris d’assaut en y chassant les légions de jeunes recruess. Disparues, envolées, mais que sont donc devenues toutes ces troupes ? Que nous dit César ? Un commentaire tellement bref qu’il pourrait passer inaperçu ; deux mots seulement  : capto monte, ce que je traduis ainsi  : le mont ayant été pris d’assaut, évidemment par les Helvètes. Et il ajoute deux autres mots  : nostris succedentibus, ce qui signifie  : les nôtres se trouvant en position de monter (la pente). et Dieu sait si la pente était et est toujours raide. et donc très défavorable aux Romains.

Réaction normale et probablement prévue par César, la troisième ligne de bataille fait face aux nouveaux arrivants. Les enseignes sont dirigées de deux côtés. La première et la deuxième ligne résistent aux Helvètes qui se sont emparés du mont de Sanvignes, la troisième ligne s’oppose aux nouveaux arrivants. Voilà bien le moment où il faut faire une bonne critique du texte césarien, car ces Helvètes que César qualifie de déjà battus, le sont-ils vraiment ?

Voyons les mots que César utilise  ! Face aux nouveaux arrivants, Boîens et Tulinges, les Romains de la troisième ligne contiennent (sustineret). Face aux Helvètes qui ont repris le mont de Sanvignes, les Romains de la première et de la deuxième ligne résistent (resisteret). Il s’agit là, manifestement, d’une situation de défensive. Résistant péniblement à des forces supérieures en nombre, les Romains sont en passe d’être complètement enveloppés. A l’ouest, les Boïens et les Tulinges font pression sur leur troisième ligne de bataille et commencent peut être même à la déborder sur les ailes. Au nord, les Helvètes tiennent le mont de Sanvignes. De là, ils pouvaient étaler leur front en direction des Boïens et des Tulinges pour faire la jonction avec eux. En toute logique, ils pouvaient également, de l’autre côté, s’étendre sur la colline du mont Maillot où ne se trouvait plus qu’une garde romaine dérisoire chargée de la garde des bagages. Désormais maintenus, contenus dans les bas-fonds, encerclés, les Romains étaient, me semble-t-il, condamnés à une défaite totale.

On combattit ainsi tout le jour avec acharnement, écrit César, sans qu’un des deux adversaires prenne l’avantage. Finalement, nos adversaires ne pouvant plus supporter l’assaut des nôtres, les uns se replièrent sur le mont, les autres se rapprochèrent de leurs bagages et de leurs charriots. Durant tout ce combat où l’on combattit de la septième heure (entre midi et une heure) jusqu’au soir, on ne vit aucun ennemi tourner le dos. On combattit encore tard dans la nuit autour des charriots de nos adversaires.

Là fut prise la fille d’Orgétorix (DBG I, 26).

Bref, il semble bien que César ait été encerclé. D’une part, la grande supériorité numérique de ses adversaires le permettait, d’autre part, les chefs helvètes n’auraient pas été à la hauteur de leur réputation s’ils n’avaient pas agi dans ce sens. Je pense qu’à la nuit tombée, les Helvètes avaient toutes les chances de l’emporter en donnant l’assaut final. Comment les légionnaires auraient-ils pu se protéger et maintenir leur ordre de bataille en pleine obscurité ? Il importait donc pour César de sortir au plus vite de cet encerclement. La solution qui me semble logique était de faire une trouée à la jonction des troupes helvètes et des troupes boïennes/tulinges. C’est une opération certes délicate mais des légions de vétérans devaient en être capables. Or, cette trouée menait tout droit aux charriots des Helvètes qui s’étaient probablement arrêtés, avec les femmes et les enfants, avant la rivière de l’Oudrache. Je pose la question  : César s’est-il emparé des femmes et des enfants pour contraindre les combattants helvètes à mettre bas les armes et pour récupérer sans trop de dommages ses deux légions récemment recrutées ? Je pose la question mais je n’ai pas la réponse. N’y a-t-il pas une grave contradiction dans le récit de César ? En effet, on ne peut pas dire en même temps qu’aucun de ses ennemis n’a tourné le dos et faire s’enfuir une partie d’entre eux vers leurs charriots.

 

Première remarque. Si on estime la légion de César à 5000 hommes, et son corps de bataille de quatre légions à 20 000, cela nous donne, si on suit Végèce, un front de 1 975 mètres pour une ligne sur 3 rangs. Deux kilomètres, c’est en effet ce que permet la colline du mont Maillot. La défaite de César à Gergovie prouve toutefois que ces effectifs étaient loin d’être atteints.

Deuxième remarque. Végèce donne jusqu’à six rangs à sa ligne de bataille en mettant en garde sur le risque qu’il y aurait à présenter à l’ennemi une ligne de bataille trop mince. Le choix de César de faire marcher la deuxième ligne de bataille derrière la première me parait tout aussi efficace sinon plus. Cela équivaut aux six rangs de Végèce.

Troisième remarque. Végèce conseille d’avoir toujours une réserve. César ne dit pas qu’il en ait prévu ou engagé une. En fait, c’est toute sa troisième ligne de bataille qui se trouvait en réserve. C’est cette troisième ligne qu’il a fait intervenir contre les Boïens et les Tulinges au moment critique.

surtout quand on n’a aucune certitude sur les effectifs des légions de César, ni sur ceux de ses adversaires. Mais il est une chose certaine, c’est qu’à cette époque, la colline était en près et non boisée, en partie, comme aujourd’hui.

Sixième remarque. Au sujet du fameux « latere aperto » qui a fait couler beaucoup d’encre, le lecteur peut dorénavant comprendre comment le flanc des deux premières lignes de bataille était découvert par la marche. Il est absurde d’avoir pensé qu’il s’agissait du flanc droit des légionnaires que le bouclier n’aurait pas protégé. Nous ne sommes pas là dans un combat individuel.

Fin des combats  : La bataille, qui a commencé à midi, se poursuit encore dans la soirée, sans qu’un adversaire donne l’impression qu’il va l’emporter. Finalement, les Helvètes lâchent pied ; les uns se replient sur la colline (mont de Sanvignes), les autres vers leurs bagages (DBG I,26).

 Couverts de sueur et de sang, ils appellent leurs femmes et leurs enfants. Ils tirent les chariots. Ils forment le carré. Les Romains les poursuivent. Eux, dressés sur les chars, lancent leurs traits. D’autres, entre les roues, se défendent avec leurs piques. Le feu se mit aux bâches et les flammes éclairaient dans la nuit ce combat gigantesque.

Ce ne fut qu’après de longs efforts que nous nous rendîmes maîtres des bagages et du camp. La fille d’Orgétorix et un de ses fils y tombèrent en notre pouvoir. (DBG I, 26).Les Helvètes, réduits à la dernière extrémité, lui envoyèrent des députés pour traiter de leur soumission (DBG I, 27)

César leur enjoignit de reconstruire les villes et les bourgs qu’ils avaient incendiés. Comme il ne leur restait plus de vivres et qu’ils ne devaient trouver chez eux aucune subsistance pour apaiser leur faim, il ordonna aux Allobroges de leur fournir du blé. À la demande des Héduens, les Boïens reçurent, à cause de leur grande réputation de valeur, la permission de s’établir sur leur propre territoire ; on leur donna des terres, et ils partagèrent plus tard les droits et la liberté des Héduens eux-mêmes. (DBG I, 28)

Question  : sur quel territoire, les Boïens se sont-ils installés ?

Réponse logique  : au mont Beuvray, territoire  : le Morvan. 

César est d’une très grande précision (DBG I, 29). La migration helvète comptait 368 000 âmes pour 92 000 combattants, ce qui représente un combattant pour trois non-combattants. D’où pour 32 000 Boïens, 8 000 combattants Boïens aptes à porter les armes. Il faut toutefois relativiser, car ce sont les chiffres d’un recensement, avant le départ. Il faut déduire de ces chiffres, ceux qui ont renoncé de partir au dernier moment, ceux qui ont rebroussé chemin, surtout après le désastre du franchissement de la Saône, et ceux qui ont été tués lors de la bataille de Sanvignes remportée par César.

Après sa grande victoire sur les Helvètes et les Boïens, César écrit qu’à la demande des Éduens, parce qu’ils étaient réputés pour leur grande valeur militaire, il autorisa les Éduens à les installer sur les confins de leur territoire ; les Éduens leur donnèrent des terres ; puis, dans le cadre de leurs lois, les mêmes droits et libertés dont ils jouissaient.(DBG I, 28, 5, traduction  : E. Mourey).

il les avait rattachés aux Eduens » (DBG VII,9)

Le temps passe, les opérations militaires se succèdent. César remonte le cours de la Loire. « Il demande aux Eduens d’assurer son ravitaillement. Il envoie chez les Boïens un élément précurseur pour les prévenir de son arrivée et pour les exhorter à rester fidèles et à supporter les assauts de leur ennemi avec courage. Laissant deux légions à Agedincum (Sens) avec les chariots de bagages de toute l’armée, il se met en route pour porter secours aux Boïens » (DBG VII,10).

 C’est clair  : les Éduens de Mont-Saint-Vincent/Bibracte ont donné le mont Beuvray arverne aux Boïens, à charge pour eux de déloger les Arvernes et les mercenaires germains qui s’y trouvaient encore et ils ont fait d’eux une colonie puis un allié. (Voyez mon précédent article sur la bataille de Magetobriga).

il les avait rattachés aux Eduens » (DBG VII,9)

Emile Mourey, Chalon-sur-Saône, 5 janvier 2023. Les croquis sont de l’auteur. Extraits de mes ouvrages.