bloqueurs de puberté


médecin et sexologue

Il arrive parfois que la survenue de la puberté pose problème, notamment lorsque celle-ci démarre trop tôt, et il peut alors être nécessaire d’agir pour la bloquer. Quelles sont ces situations ? Comment fonctionnent les molécules appelées “bloqueurs de puberté” ou “inhibiteurs d’hormones” ? Ces médicaments sont-ils sans danger ? Les réponses du Dr Solano, médecin et sexologue, auteure de l’ouvrage « Le grand livre de la puberté”, (éd. Robert Laffont). 

bloqueurs de puberté

Quelles sont les deux hormones qui déclenchent la puberté ?

A la puberté, sous l’action des hormones sexuelles, œstrogènes pour les filles et testostérone pour les garçons, de nombreux changements surviennent.  « Ces hormones sont la cause de changements dans l’axe hypothalamo-hypophysaire, ce qui va déclencher les changements physiques liés à la puberté. Ces hormones sont synthétisées par les ovaires pour les œstrogènes chez la fille, et par les testicules pour la testostérone chez le garçon, sous l’action de la FSH (hormone de stimulation folliculaire) et de la LH (hormone lutéinisante). La FSH et la LH sont elles-mêmes sous le contrôle de la GnRH  », explique le docteur Solano. La GnRh (ou gonadolibérine) est synthétisée par l’hypothalamus, tandis que la FSH (hormone de stimulation folliculaire) et la LH (hormone lutéinisante)  sont produites par l’hypophyse. 

Pourquoi bloquer la puberté ? A partir de quel âge ?

La puberté peut nécessiter d’être bloquée lorsqu’elle est très précoce. Néanmoins, l’âge normal de début de la puberté semble progressivement s’abaisser. La précocité de la puberté doit donc avoir été identifiée de manière rigoureuse, avant d’engager tout traitement. Par ailleurs, l’âge du début de la puberté est en partie conditionné par la génétique. Si plusieurs membres de la famille (parents, frères et sœurs, grands-parents) ont eu une puberté qui a démarré particulièrement tôt, ce sera peut être aussi le cas pour l’enfant. On considère généralement que la puberté est précoce si elle survient avant 9 ans chez les garçons et avant 8 ans chez les filles.Les inhibiteurs d’hormones ne sont indiqués que dans certaines situations bien spécifiques. Des examens complémentaires sont nécessaires pour savoir si l’enfant est éligible ou non à ce type de traitement : analyses biologiques, dosages d’hormones. Il s’agit de confirmer l’origine centrale et non périphérique de la puberté précoce, avant d’envisager un traitement par des bloqueurs d’hormones. La puberté précoce est d’origine centrale chez 92% des filles mais chez seulement 50% des garçons. 

Quel rapport entre puberté et croissance ?

Les filles connaissent un pic de croissance au début de la puberté, vers 10-11 ans. Cette accélération de la croissance dure jusqu’à la survenue des premières règles, puis ralentit avant de s’arrêter quelques années plus tard, vers 14-15 ans. Chez les garçons, le début de la puberté, et le pic de croissance qui l’accompagne, sont plus tardifs. Ils surviennent en général vers 12-13 ans, et durent plus longtemps, que chez les filles, souvent jusqu’à 16-17 ans.« Le seul objectif des inhibiteurs d’hormones, ou bloqueurs de puberté, est que l’enfant ne soit pas trop petit. Si le début de la puberté accélère la croissance, elle bloque ensuite cette croissance. Alors, lorsqu’elle démarre trop tôt, l’enfant grandit plus vite que les autres au début, mais sa croissance s’arrête bien plus tôt. Au final, il sera plus petit que les autres car il aura perdu des années de croissance  », explique le Dr Solano. « C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les garçons sont plus grands que les filles : ils commencent leur développement pubertaire un peu plus tard. En cas de puberté très précoce, vers 4 ou 5 ans, et si aucune prise en charge n’était mise en place, l’enfant pourrait avoir une très petite taille, anormalement petite, et par exemple ne mesurer que 1,30 mètre ou 1,40 mètre à l’âge adulte. Le traitement permet de gagner 3 à 10 cm », complète le médecin. 

Puberté précoce, quand faut-il traiter ?

« La puberté précoce est plus fréquente chez la fille que chez le garçon. Si elle démarre avant 8 ans, le traitement est indiqué. Il dure deux ans maximum. Entre 8 et 10 ans, le traitement doit être discuté au cas par cas car la balance bénéfice/risque est moins évidente » explique le Dr Solano.

Comment fonctionnent les bloqueurs de puberté ?

« Les molécules utilisées sont des bloqueurs ou inhibiteurs d’hormones, qui empêchent l’action de la GnRH. Ils sont aussi appelés agonistes de la GnRH. Cela bloque la fabrication de FSH et de LH, et donc d’œstrogènes et de testostérone. Sans hormones sexuelles, la puberté de l’adolescent s’arrête », explique le Dr Solano. La triptoréline est un analogue de synthèse de la GnRh, qui est administré en intra-musculaire à la posologie d’une injection tous les 3 mois. Cette molécule ne peut pas être prescrite chez les enfants de moins de 20 kg. Ce traitement nécessite une surveillance étroite par des professionnels de santé (pédiatre, endocrinologue) ayant une expertise dans le traitement de la puberté précoce d’origine centrale. le traitement doit être arrêté au plus tard à l’âge physiologique de la puberté. Chez la fille, il s’agit d’un âge osseux de 12 ans. Chez le garçon, il s’agit d’un âge osseux de 13-14 ans. 

Quels sont les effets secondaires des bloqueurs de puberté ? Existe-t-il des dangers ?

Les bloqueurs de puberté ne sont pas des médicaments dont la prescription est facile. Ils sont d’ailleurs extrêmement controversés. Il existe en effet des effets indésirables non négligeables, dont la stérilité du jeune une fois devenu adulte. « Les bloqueurs de puberté doivent être injectés, et ces piqûres sont plutôt douloureuses pour l’enfant. Des patchs anesthésiants peuvent être utilisés pour limiter la douleur au moment de l’injection. Dans 5 à 15% des cas, il peut y avoir des intolérances au point d’injection. L’effet indésirable principal des inhibiteurs d’hormones est la prise de poids, mais elle n’est pas systématique. Chez la jeune fille, en tout début de traitement, il peut y avoir des saignements, qui ressemblent à de petites règles », explique le médecin.

Les enfants dits “trans” peuvent-ils obtenir un traitement anti-hormonal en France ? Comment ?

L’arrivée de la puberté est souvent synonyme de mal-être pour les adolescents. Cela peut être encore plus le cas pour les enfants qui s’interrogent sur leur identité de genre : nés garçon et qui se sentent fille, ou nés filles et qui se sentent garçons (dans le cadre d’une dysphorie de genre). Ces adolescents peuvent souffrir de troubles anxieux importants. Ils doivent être suivis par des équipes médicales spécialisées (pédiatres, psychiatres, endocrinologues…) pour les aider et soutenir les parents. Le traitement bloquant la puberté par inhibiteurs d’hormones peut être discuté, mais il ne s’agit pas d’un traitement de routine. L’objectif est de bloquer la puberté du jeune, pour lui permettre de décider plus tard s’il souhaite entamer une transition de genre. Concrètement, les bloqueurs de puberté, dans ce cas, empêchent l’apparition des signes sexuels secondaires, comme les seins ou la barbe.La mise en œuvre de cette prise en charge demeure rare. La prescription de bloqueurs de puberté ne peut être faite que par des équipes spécialisées dans le désir de changement de sexe. Il faut bien peser le pour et le contre, les effets secondaires à long terme étant loin d’être anodins pour l’enfant si le traitement est poursuivi longtemps. Ce type de traitement peut rendre la personne stérile par exemple.N-B : Le docteur Catherine Solano ne s’est pas prononcée sur cette question, n’étant pas spécialiste du sujet.  

L’action des bloqueurs de puberté est-elle réversible ?

La réversibilité du traitement, c’est-à-dire le redémarrage de la puberté à l’arrêt du traitement, fait débat parmi les spécialistes du sujet. Il peut aussi arriver assez fréquemment qu’un jeune s’interroge sur son identité de genre, puis soit finalement satisfait de son sexe biologique arrivé à l’âge adulte. La décision de bloquer la puberté est extrêmement délicate à prendre.  N-B : Le docteur Catherine Solano ne s’est pas prononcée sur cette question, n’étant pas spécialiste du sujet.