Cajoo, Gorillas, Dija, Flink... la bataille de la livraison de courses ultrarapide


Le Parisien

« Faites bouillir l’eau : nous amenons les pâtes ! » Vous en rêviez ? Depuis peu, ils vous le proposent, à Paris et dans certaines grandes villes de France. Ils, ce sont Cajoo, Gorillas, Dija ou encore Flink, qui promettent de vous livrer vos courses en 15. pour la modique somme d’environ 1,80 euros la course ! Une promesse de livraison ultrarapide que ces sociétés française (Cajoo), anglaise (Dija) ou allemandes (Gorillas, Flink), qui ont levé des millions d’euros, réalisent notamment grâce à une flotte de livreurs à vélo électrique.La plupart de ces jeunes pousses sont nées en 2020, voire en 2021.

Et de même que le marché des trottinettes électriques fut un temps trusté par onze opérateurs différents à Paris, elles essaiment ces temps-ci à vitesse grand V, affichant toutes leurs ambitions pour fin 2021 en nombre de « stores », « darkstores », « entrepôts » et autres « magasins sans clients » installés à Paris, en Ile-de-France ou en province. « Quand on s’est lancés, en février, on ne pensait pas qu’il y aurait autant de concurrents les semaines suivantes », sourit Henri Capoul, le directeur général de Cajoo, qui couvre déjà 80 % de Paris, sans compter plusieurs villes franciliennes et de province. « Avant la fin 2021, nous aurons une quinzaine de stores en Île-de-France », promet de son côté Pierre Guionin, son homologue de Gorillas.

But non avoué de ces start-up : arriver dans les 2 premières places,! » reconnaît l’une d’elles.

La société française Cajoo promet une livraison en 15 minutes.

La bataille sera féroce.

Car tous ces nouveaux acteurs ont un savoir-faire proche. « On dit que nous sommes des livreurs, mais non. Nous sommes des distributeurs du quotidien », nuance Arthur-Louis Jacquier, le directeur général de Dija en France.

Des distributeurs qui doivent répondre à plusieurs défis logistiques en même temps. Le premier ? « S’assurer de la disponibilité sans faille des quelque 2000 références qu’ils proposent. décrypte Stéphane Tubiana, associé au cabinet de conseil en stratégie Roland Berger. La deuxième qualité étant celle de l’immédiateté, tous ces entrepôts atypiques sont implantés au cœur des villes.

« Chacun d’eux dessert un rayon d’un à deux kilomètres autour de lui, ce qui correspond à 8 minutes maximum à vélo. Ces start-up ne livrent pas plus vite mais plus proche », poursuit Stéphane Tubiana, qui insiste également sur le fait que « quand la commande arrive, toute l’organisation doit être au cordeau. » Livraison incluse, donc.

Car les « bikers » ou « riders » ou « flinkers » selon leur appellation sont un rouage essentiel. Parfois, les livreurs à vélo passent d’ailleurs plus de temps, dans l’immeuble à repérer le bon escalier, que d’aller de l’entrepôt à l’immeuble en question !«Répondre à tous les besoins de la journée»Pas évident de différencier ces entreprises les unes des autres, tant leurs promesses sont similaires : partout, le coût de la livraison est inférieur à 2 euros ; toutes annoncent des références dont 80 % pour l’alimentaire et 20 % pour le non alimentaire, « au même prix que dans votre supermarché ». Toutes, aussi, affichent des amplitudes horaires impressionnantes, souvent entre 7 heures du matin et minuit, sept jours sur sept (sauf Flink, qui dépose les armes le dimanche).

Reste, pour sortir du lot, le contenu de l’assortiment proposé. Biscuits apéritifs, croissants, pâtes, bougies, piles, décapsuleurs, voire éthylotests ou feuilles à rouler… la base permet « de répondre à tous les besoins de la journée », apéros inclus, rappelle Henri Capoul. La plupart, Cajoo en tête, proposent des produits locaux – bières LBF, cidres Sassy, etc.

– ou fabriqués par des PME. Chez Cajoo, vous pouvez aussi suggérer de nouveaux articles. Quant à Gorillas, elle ouvrira bientôt ses portes aux commerçants des rues environnantes.

Les clients sont conquis par cette agilité qui répond à un besoin – ou crée un besoin. « Ils commencent par de petites courses d’appoint, puis commandent de plus en plus d’articles », détaille Henri Capoul, tandis que Pierre Guionin, de Gorillas,: « Grâce à cette immédiateté, les gens ne passeront plus deux heures par semaine à faire la queue dans les grandes surfaces ».Des coursiers en CDI, vélos et équipements de sécurité fournis

La commande prête, un coursier de Dija s’élance pour une livraison depuis l’entrepôt du XVIIIe à Paris.

Un mystère demeure à ce jour. Quel est le modèle économique de ces start-up ? « A 2 euros la livraison, vous gagnez 12 euros par heure, cela ne paie même pas les salaires », décrypte Stéphane Tubiana, qui rappelle aussi la promesse sociale de ces enseignes. Chez ces nouveaux acteurs de la livraison, l’ubérisation est proscrite, tous les préparateurs de commande sont en CDI, idem pour les livreurs qui se voient fournir, en prime, vélos et équipements de sécurité.

« Chez nous, les livreurs attendent la commande au chaud, sur un canapé, ose Charles d’Harambure, le directeur général de Flink en France. C’est plus respectueux pour le voisinage et en même temps, cela permet de réduire notre turn-over, de fidéliser nos coursiers. » Avec toutes ces contraintes financières, « on voit mal comment les Cajoo et autres Gorillas peuvent s’en sortir sans faire de marge sur les produits vendus », décortique Stéphane Tubiana.

De fait. pas de marque distributeur. Que des produits de marque, parfois de niche, et vendus à ce titre assez chers. Et puis, sur certaines applis, les produits censés être les moins onéreux (yaourt nature, par exemple) sont… en rupture de stock.

Alors, ces petits de la livraison vont-ils révolutionner nos habitudes ? « Je les imagine mal exploser sur le créneau de la livraison alimentaire, là où le géant Amazon a échoué, conclut Stéphane Tubiana, qui les voit prendre, tout au plus, quelques points de parts de marché. En revanche, en implantant leurs entrepôts fantôme là où il y avait auparavant un commerce, une banque, un bureau, mis à mal par la crise sanitaire, ils changeront un peu le visage de nos centres urbains.