Nouvelle-Calédonie : le témoignage terrifiant d’une mère célibataire de 47 ans « Dehors c’est la guerre civile ...


Au centre de la Vallée des Colons, au sud de Nouméa, Séverine*, 47 ans, n’a pas fermé l’œil depuis trois jours. Le soleil se couche à peine mais la terreur, elle, ne descend pas. Près d’une fenêtre donnant accès au balcon, la mère de famille a disposé quatre sacs contenant le strict minimum : « Nos passeports, le livret de famille et une tenue de rechange par personne. » Seule avec trois enfants, Séverine est prête à fuir si la situation dégénère pendant la nuit. « J’ai accroché une corde au balcon pour pouvoir partir le plus vite possible en cas de danger », chuchote-t-elle cachée dans le noir. À l’étage, ces deux enfants et l’enfant d’une amie viennent d’entendre des tirs en provenance d’un barrage à proximité. Ils s’agitent. « Je vous ai dit de ne pas allumer la lumière !  », dicte Séverine avant de leur demander de rester à l’abri. La quadragénaire craint qu’une balle perdue puisse les atteindre, « il y a déjà eu des morts dans les quartiers nord, alors on s’attend au pire cette nuit ».

État d’urgence 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le début des violences suscitées par une réforme votée par l’Assemblée nationale mais rejetée par les indépendantistes a fait trois morts et des centaines de blessés dans l’archipel. Malgré le couvre-feu instauré, la violence se traduit depuis lundi par des pillages, de nombreux incendies et des échanges de tirs, y compris sur les forces de l’ordre. Plusieurs centres de soin, des pharmacies et des entreprises ont également été visées. La maman solo gère la situation « comme (elle) peut ». Cloitrée depuis mardi matin, elle craint l’évolution de la situation et la baisse des réserves alimentaires. « Dehors c’est la guerre civile. Je ne sais pas comment on va manger et se soigner dans les semaines à venir », s’inquiète-t-elle.Dans son quartier, où cohabitent locaux et métropolitains, « les pères et les maris veillent sur des barrages de fortunes fabriqués à chaque coin de rue pour tenter de se protéger ». Malgré quelques renforts, les membres des forces de l’ordre ne sont pas assez nombreux. « La police passe au fur et à mesure mais nous demande de nous débrouiller seuls à cause du manque d’effectifs », assure Séverine. La mère de famille ne pensait pas en arriver là mais confie avoir en sa possession deux fusils de chasse sous-marin pour se défendre confie-t-elle désemparée. Une situation qui pourrait s’arranger à la suite des dernières déclarations de l’Élysée. Ce mercredi midi, Emmanuel Macron a finalement « déclar(é) l’état d’urgence » sur l’archipel à l’issue d’un conseil de défense et de sécurité nationale. Lire aussi >>  Quelle est la situation en Nouvelle-Calédonie, après la nuit de violence à Nouméa ?

Nouvelle-Calédonie : le témoignage terrifiant d’une mère célibataire de 47 ans « Dehors c’est la guerre civile ...

« En mode survie » 

Interrogée avant l’annonce de l’état d’urgence et en tant que femme célibataire, Séverine confie se sentir en réel danger mais se force à garder la tête froide pour assurer la sécurité de sa famille. Le contexte l’a rapproché de certains voisins, avec qui elle échange sur des groupes Signal. « Je me rassure en me disant que la situation est pire dans d’autres zones de l’archipel. Mais pour le moment, je suis incapable de penser à l’après. »

« J’aimerais avoir le droit de vote mais je suis prête à y renoncer pour la paix sociale »

À la question « Pensez-vous que la situation vous incitera à quitter l’archipel ? », la quarantenaire avoue ne pas être en mesure de répondre. « Je suis arrivée à Nouméa en 2023. Mes enfants sont nés et ont grandi en Nouvelle-Calédonie. Ma vie est ici aujourd’hui, je n’ai pas mis un pied en métropole depuis 7 ans. Alors oui, j’aimerais avoir le droit de vote mais je suis prête à y renoncer pour la paix sociale », conclut-elle. Elle insiste sur un point : « Une majorité de kanaks indépendantistes souhaitent que la situation se règle pacifiquement. Je comprends leurs revendications. »À Paris, les députés ont adopté dans la nuit de mardi à mercredi, par 351 voix contre 153, le texte qui élargit le corps électoral.  La réforme constitutionnelle devra encore réunir les trois cinquièmes des voix des parlementaires réunis en Congrès à Versailles. Dans un courrier adressé mercredi aux représentants calédoniens condamnant des violences « indigne(s) » et appelant au « calme », Emmanuel Macron a précisé que ce Congrès se réunirait « avant la fin juin », à moins qu’indépendantistes et loyalistes ne se mettent d’accord d’ici là sur un texte plus global. Le texte voté par les sénateurs et maintenant les députés vise à élargir le corps électoral aux élections provinciales, cruciales dans l’archipel. Les partisans de l’indépendance jugent que ce dégel risque de réduire leur poids électoral et « minoriser encore plus le peuple autochtone kanak ».*Le prénom a été modifié ainsi que certaines informations sur l’interlocutrice par souci d’anonymat.