une carence de l'Etat  ? "Je le conteste", répond le préfet de l'Isère


C’est l’animal de tous les fantasmes et de toutes les craintes  : le loup. « L’Isère fait partie des départements où il est le plus implanté », constate le préfet de l’Isère, Laurent Prévost, invité de France Bleu Isère ce mardi 24 janvier, au lendemain du bilan dressé par le comité départemental

sur la présence du loup. Il conteste les accusations de « carence de l’Etat » en la matière et répond aux questions des auditeurs.

une carence de l'Etat  ?

France Bleu Isère  : Les loups sont-ils plus nombreux, en augmentation aujourd’hui chez nous ?Laurent Prévost  : Il y a une dynamique de population des loups sur l’ensemble du territoire national, avec de plus en plus de départements dans lesquels on constate sa présence. L’Isère fait partie des dix départements où il est sans doute le mieux implanté, si l’on peut dire, avec une présence en particulier dans nos montagnes.Dans tous les massifs de l’Isère ?Absolument, dans tous les massifs. Une vingtaine de meutes sont réparties dans tous nos massifs. Et puis on voit que le « front de colonisation » des loups (ndlr  : le territoire parcouru par les loups) s’étend en particulier sur les Chambaran ou dans les Bonnevaux, où la présence de loups est constatée depuis deux ans et cela demande maintenant à être bien documenté.Mais selon vous, le nombre d’attaques de loups, lui, reste relativement stable ?2022 c’est l’année de la stabilité sur le nombre d’attaques, qui est légèrement en baisse, et sur le nombre de victimes, d’animaux tués par le loup, qui lui est légèrement en hausse. Donc il faut retenir l’idée d’une stabilité par rapport à 2021, année où il y avait eu une baisse assez importante par rapport au pic constaté en 2020.

Où vous avez eu un certain nombre de soucis avec le loup, Angélique ?En effet, avec mon conjoint, nous sommes exploitants agricoles en élevage bovin sur le Valbonnais et nous occupons deux alpages. Nous avons connu malheureusement de nombreuses attaques durant la saison dernière et cela impacte notre quotidien encore aujourd’hui, tout devient plus compliqué, on choisit des bêtes avec des cornes – ce qui les « protège » un peu des attaques mais ce qui nous complique la vie pour les soigner, pour les mener dans l’alpage. Le loup complique aussi la gestion des troupeaux parce qu’il y a plus d’agressivité. Il y a un impact psychologique, un impact financier, parce qu’il faut payer un berger supplémentaire sur le secteur, etc.Laurent Prévost  : On est précisément dans un sujet propre à l’Isère  : celle des attaques de loup contre des bovins, qui représentent 15 % des 300 attaques constatées l’année dernière. C’est trois fois la moyenne nationale d’attaques contre les bovins. Souvent, ce sont plutôt les moutons qui sont attaqués. Donc c’est un des objectifs sur lesquels nous travaillons avec les instances nationales pour traiter cette problématique particulière des bovins, avec des mesures de protection beaucoup moins faciles que sur les autres espèces qui peuvent faire l’objet d’attaques. Donc, c’est vraiment un des sujets sur lesquels on approfondit à la fois la connaissance et le travail sur les mesures de protection. Ce sera l’un des thèmes du futur plan national d’action, pour traiter à la fois la présence du loup et la défense de l’élevage et du pastoralisme.Mais concrètement, que proposez-vous à Angélique ? Il y a des indemnisations en cas d’attaque mais que faire en amont ?En cas d’attaque, il y a des indemnisations qui sont proposées aux éleveurs, qui ne remplacent évidemment pas les contraintes qu’Angélique vient de nous décrire. Mais 300.000 euros d’indemnisations ont tout de même été versés l’année dernière en Isère. Notre objectif, c’est déjà de faire en sorte que ces indemnisations soient payées vite, que les éleveurs n’attendent pas trop longtemps et de les aider dans leurs démarches avec les services de la direction des territoires.Et puis, encore une fois, ce phénomène d’attaques contre les bovins est relativement nouveau et il concerne peu de départements. Donc c’est un thème de travail que nous approfondissons avec des professionnels, avec la Fédération des alpages de l’Isère qui investit beaucoup là-dessus, avec les élus de la Matheysine, avec ceux des Terres froides aussi sur lesquelles on sait qu’il y a un développement de la présence du loup. Il y a également un travail mené avec le ministère de l’Écologie pour mieux prendre en compte les dommages indirects qui sont causés, pas simplement la perte de l’animal, mais l’énergie que ça demande, la présence de personnes supplémentaires, les éventuelles pertes liées au stress. On a bon espoir d’avoir des mesures dans le futur plan qui doit s’écrire cette année et entrer en vigueur l’année prochaine.

Le 24/10/2022 à 03 :36

Avec les louvetiers dans le massif de Belledonne

Il y a aussi des conséquences pour les promeneurs puisqu’il y a de plus en plus la présence de patous, de chiens de berger qui ne sont pas forcément les amis des promeneurs. On a l’exemple de Christian, qui se promène avec un chien-guide d’aveugle, il a déjà eu des interactions avec les chiens de bergers.Vous décrivez bien les choses  : on dénombre une quarantaine d’incidents l’année dernière. On a vraiment besoin que ces incidents soient signalés, parce que derrière ça entraine une action de la direction des services vétérinaires au niveau de l’Etat, qui se rapproche de l’éleveur et qui étudie le comportement des chiens. Le sujet de la coexistence entre les différents usagers des espaces d’élevage, c’est aussi un sujet sur lequel il y a beaucoup de travail. Les chiens font l’objet d’une formation assez longue, on a bien conscience qu’il y a besoin d’informer l’ensemble des pratiquants de la nature pour savoir comment se comporter face à ces chiens qui sont en protection d’un troupeau, donc ne pas aller vers eux, mais plutôt les contourner. Ensuite, à chaque incident, il faut le signaler pour qu’on puisse réagir.Et puis faut-il abattre plus de loups ? C’est la demande d’un certain nombre d’éleveurs. En face, il y a des défenseurs de l’environnement qui disent à l’inverse qu’il ne faut pas toucher aux loups. Vous, quelle est votre position, comment faire évoluer les choses ?Je n’ai pas de position, j’applique évidemment la politique du gouvernement en la matière. Cette politique, c’est celle d’un animal qui est protégé au niveau européen, mais d’un animal pour lequel on a des tirs de défense, c’est-à-dire qu’on protège les troupeaux face aux attaques. L’année dernière, en 2022, il y a dix loups qui ont été « détruits » en Isère, parce qu’ils attaquaient des troupeaux. Moi, j’ai accordé des autorisations de tir autant que nécessaire, sans restriction. Mais ce sont des tirs de défense des troupeaux, il n’y a pas de régulation de l’espèce, pas de destruction volontaire, c’est un animal protégé. Au niveau national, nous avons un seuil, un quota, fixé à 19% du nombre de loups estimé, donc autour de 180 loups qui peuvent être « détruits », en tout cas pour l’année dernière.Mais pour un certain nombre de personnes et même d’élus, ce n’est pas suffisant. La sénatrice iséroise Frédérique Puissat, par exemple, parle de « carence de l’État » dans la gestion du loup. Comment vous réagissez à ça ?Je crois que le mot carence est un peu exagéré. On peut contester la protection de l’animal, mais c’est le régime aujourd’hui dans notre pays et comme dans la plupart des pays d’Europe. Donc dans ce cadre-là, l’Etat est extrêmement actif pour mettre en place les mesures de prévention  : 2,4 millions d’euros d’aides aux agriculteurs pour l’année dernière pour gérer les mesures d’indemnisation, pour gérer les tirs de défense quand c’est nécessaire. Il y a toute une machinerie mise en œuvre pour protéger les éleveurs. Donc le terme de « carence de l’État », moi je le conteste et je suis évidemment prêt à en discuter avec madame Puissat quand elle le souhaitera.Autre réaction, celle de Stéphanie, à La Mure, qui demande  : y a-t-il a des possibilités de croiser le loup lorsque je me promène ? Et dans quelle zone ?Alors il y a une application qui s’appelle Maploup, qui signale l’ensemble des sites où sont détectés les indices de présence du loup. Ceci étant, à ce jour, toutes les rencontres homme-loup se sont traduites par la fuite du loup et les seuls moments où il a pu y avoir une crainte de la part de l’homme, c’est quand l’homme s’est approché du loup et pas l’inverse. C’est documenté par de très nombreuses études. Donc on ne s’approche pas du loup, de même qu’avec les patous, ce n’est pas la peine d’aller les chercher. Mais on ne se fait pas non plus des crises d’anxiété sur ce sujet.

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