«C’est important de savoir d’où l’on vient» : donneur de sperme, Sylvain dit oui à la levée de l’anonymat


Le calcul est vite fait. Sylvain pourrait être le père biologique d’une quinzaine d’enfants. En plus des deux filles qu’il a élevées, aujourd’hui âgées de 26 et 12 ans, son don de gamètes, effectué en 2008 au Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) de l’hôpital Tenon, à Paris (XXe), aurait pu entraîner au maximum dix grossesses. « C’est ce qu’on m’avait en tout cas indiqué à l’époque, se rappelle l’éditeur et scénariste, 51 ans. Mais dans le cas d’insémination, les grossesses gémellaires sont fréquentes ». Sylvain sait de quoi il parle. Dans une ancienne vie, il était biologiste moléculaire. « Ça a duré vingt ans », lâche-t-il, comme s’il parlait d’une histoire d’amour.Comment cet homme, aujourd’hui reconverti dans la bande dessinée, en est-il venu un jour à donner son sperme ? « Disons que j’avais envie de faire quelque chose pour la collectivité », répond-il. Nous sommes alors en 2007. « J’avais l’intention de donner mon sang sauf que j’étais migraineux et je prenais un traitement pour me soigner. On m’a donc répondu que c’était impossible ». Dans la foulée, il est marqué par une histoire qui le concerne directement. « Un membre de ma famille proche s’est retrouvé confronté à de grandes difficultés pour avoir un enfant. J’ai trouvé ça très dur à vivre, moi qui étais déjà père. » Il décide alors de modifier la nature de « son don ».Quelques rendez-vous (devant des médecins, des psys) et démarches administratives (longues et pénibles) plus tard, en 2008, il se retrouve dans une petite salle de l’hôpital Tenon, à 9 heures du matin, face à une éprouvette qu’il doit remplir. « Restons pudiques, mais disons que ce n’était pas le moment le plus agréable de ma vie », résume-t-il brièvement. Dans la foulée, pour dédramatiser, lui qui adore inventer des histoires résumera à sa manière l’épreuve sur son blog, « Journal d’un branleur ». « C’était plutôt pour faire marrer tout le monde », glisse-t-il.

«J’expliquerais que je n’ai pas fait ce geste-là uniquement pour donner la vie»

sur la démarche du volontariat, l’article 3 de la loi actuellement en débat au Parlement. Il est même tellement d’accord que, ces derniers mois, il a tenté de joindre plusieurs fois le Cecos de Tenon, où il avait fait son don, pour se rappeler à leur bon souvenir, « mais ils ne répondent pas ».Sylvain n’est pas militant, ne s’adonne à aucun discours politique. Il se déclare juste en faveur de la promulgation de la loi. « Je ne comprends pas qu’on oblige les gens aujourd’hui en France à faire, dans l’illégalité, des tests ADN pour découvrir qui sont leurs parents », s’agace l’ancien biologiste, qui explique « n’avoir aucun problème avec la science ». « Ça ne me fait pas peur », précise-t-il.On ose la question qui nous brûle les lèvres. Comment s’imagine-t-il, face à un éventuel ado, venu rencontrer son père biologique ? « J’expliquerais que je n’ai pas fait ce geste-là uniquement pour donner la vie. J’ai fait ça pour des gens qui étaient dans une grande souffrance, car ils n’arrivaient pas à avoir d’enfants », répond Sylvain. « Mais de toute façon, je n’ai que deux filles et je n’aurai toujours que deux filles. C’est le lien qui est important dans la filiation, pas la génétique », ajoute-t-il, avant de préciser le fond de sa pensée : « Reste que c’est extrêmement important de savoir d’où l’on vient, pour se construire psychiquement en tant qu’individu ». Lui-même, « pour rigoler » (encore !) a fait un test ADN pour connaître son origine ethnique il y a peu. Sylvain viendrait d’Europe et d’Irlande du Nord, en majorité, avec un peu de sang espagnol. Aucune surprise, il le savait déjà. « Et bizarrement, je m’en fous complètement. »

«C’est important de savoir d’où l’on vient» : donneur de sperme, Sylvain dit oui à la levée de l’anonymat

Ce que peut changer la loi

À l’heure actuelle, en France, le don de gamètes (sperme ou ovocytes) est anonyme, au même titre que le don de tout élément ou produit du corps humain. L’article 3 de la loi de bioéthique, qui doit repasser au Sénat pour une troisième lecture prévoit de lever l’accès aux données non identifiantes et à l’identité du tiers donneur. En clair, le texte de loi prévoit la création d’une commission d’accès aux données non identifiantes et à l’identité du tiers donneur rattachée au ministère de la Santé. La personne qui, à sa majorité, souhaite accéder à ces informations s’adressera à cette commission qui sera aussi chargée de recueillir et enregistrer l’accord des tiers donneurs qui étaient anonymes au moment de leur don. Elle transmettra leurs données, s’ils le souhaitent, à l’agence de biomédecine. Les donneurs pourront bien entendu manifester leur désaccord.