au CHU de Poitiers, une cellule dédiée aux directives anticipées


« Les directives anticipées, parlons-en ! » Dans la salle de conférences du pôle gériatrie du CHU de Poitiers, les représentants d’une vingtaine d’Ehpad de la Vienne ont répondu présents. Ce jeudi 17 novembre, ils sont invités par Estelle Amiot, infirmière, et Laurent Montaz, chef du service en soins palliatifs.Objectifs du jour : présenter ce dispositif instauré par les lois de 2005 et 2016 sur la fin de vie, qui permet de recueillir les volontés d’un patient dans le cas où il ne pourrait plus s’exprimer. mais 19 % seulement savent de quoi il s’agit, d’après un sondage réalisé en 2019 par le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV). Puis échanger sur la manière dont il est mis en œuvre dans leur établissement.« Légalement. Alors, on se contente souvent de distribuer une notice et un formulaire ». « Le problème est qu’on a de plus en plus affaire à des personnes souffrant de troubles cognitifs, voire sous tutelle, ou alors sur qui pèse le poids des familles », lâche un autre. « D’ailleurs, est-on est vraiment sûr que la volonté des patients est bien respectée par les médecins ? », s’inquiète un troisième.

Une cellule unique en France

? À quoi servent-elles ? Comment accompagner les malades pour qu’ils puissent les rédiger au mieux ? C’est pour répondre aux questions des professionnels de santé qu’a été créée, en février dernier, la cellule animée par Estelle Amiot et le docteur Laurent Montaz, première et unique du genre en France.« Durant la crise du Covid, une visite de la Haute Autorité de santé, venue certifier la sécurité et la qualité des soins dispensés au CHU, nous a conduits au constat que nous n’étions pas bons sur ce point et qu’il fallait réagir, raconte Laurette Blommaert, directrice des affaires juridiques. L’idée d’installer un binôme dédié au sujet – infirmière référente et médecin – s’est vite imposée. » Le projet est rapidement validé par l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, qui accepte de financer le poste d’Estelle Amiot et les 20 % de temps qu’y consacre Laurent Montaz, le CHU prenant en charge le coût des opérations de formation.

Sensibiliser l’ensemble des structures médico-sociales

« Au départ, nous pensions aller au chevet des patients pour les aider à rédiger leurs directives, rappelle le docteur Montaz. Mais comment répondre, à deux,? »Pour contourner l’obstacle, la stratégie adoptée consiste à sensibiliser l’ensemble du personnel de l’hôpital – soit près de 9 000 personnes –, mais également l’ensemble des structures médico-sociales que compte le département, des Ehpad aux associations d’aidants. Une tâche qui n’effraie pas plus que cela Estelle Amiot, après quinze ans passés dans les services d’oncologie et de soins palliatifs. rêve-t-elle tout haut.« Sur le papier, ce dispositif est une belle avancée car il permet à chacun de faire valoir sa volonté. Mais il reste à le faire vivre, insiste Laurent Montaz. Pour cela. En parler avec quelqu’un, qu’il soit en bonne santé ou malade, c’est cheminer avec lui sur la manière dont il envisage sa fin. Et parler de la mort n’est facile pour personne, ni pour le patient, ni pour le médecin. »Voilà sans doute pourquoi, au-delà du manque d’informations du grand public, si peu de Français – à peine 18 %. L’expérience pilote menée à Poitiers fera-t-elle école pour augmenter le ratio ? « De février à novembre, nous avons déjà formé plus de 900 personnes. Et ce n’est qu’un début ! »——

mode d’emploi

Toute personne majeure, malade ou en bonne santé. ou à refuser, dans le cas où il ne serait plus en mesure de s’exprimer. sauf dans les cas d’urgence et si la volonté exprimée paraît « inappropriée » ou « non conforme à la situation médicale ».Elles peuvent être écrites sur papier libre ou sur un formulaire dédié, datés et signés. Leur durée est illimitée mais elles peuvent être révisées à tout moment par leur auteur.