les coupes rases et les plantations en monoculture doivent être au cœur des discussions


Après les incendies de cet été, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé que la forêt serait l’un des trois premiers sujets de la planification écologique promise par Emmanuel Macron au moment de sa réélection. Le secteur doit se restructurer face aux menaces du changement climatique. La controverse porte sur la fin du modèle coupe rase /.

Cet été, plus de 60 000 hectares de forêt sont partis en fumée. Des incendies exacerbés par la sécheresse qui frappe l’Hexagone, de plus en plus vulnérable aux impacts du changement climatique. Face à cette situation, Elisabeth Borne, la Première ministre a annoncé que la forêt ferait partie des trois premiers sujets de la « planification écologique » à être traité. Déjà mis en haut de l’agenda lors des assises de la forêt qui se sont achevées au printemps dernier, mais aussi dans le plan France Relance de 2020, le secteur fait l’objet de controverses autour du modèle coupe-rase /.

L’objectif du plan de relance, présenté comme un plan d’adaptation des forêts au changement climatique, était de planter 50 millions d’arbres. Dans ce cadre, le gouvernement a fléché 200 millions d’euros vers la filière forêt-bois. Mais selon une enquête menée pendant un an par l’ONG Canopée, cet argent public a principalement financé des coupes rases et la plantation de douglas. Ce pin, originaire d’Amérique du Nord, a la particularité de pousser vite et de façon uniforme, et de donner un bois résistant, sans être forcément le mieux adapté au changement climatique.

« Une stratégie d’adaptation ne peut se résumer à un programme massif de plantations pour remplacer les forêts existantes » alertaient 600 scientifiques, associatifs et acteurs de la filière forêt-bois dans une tribune publiée en janvier dans le JDD. « Il ne s’agit pas d’un choix idéologique mais pragmatique : avec des sécheresses estivales de plus en plus fréquentes, les coupes rases de grandes surfaces suivies de plantations sont un pari de plus en plus risqué, comme le montrent les taux records de mortalité dans les jeunes plantations ces dernières années », écrivent-ils.

« C’est un renversement total de paradigme pour les forestiers »

Selon les résultats de Canopée, 87 % des opérations soutenues par le plan France Relance et réalisées en forêt privée sont des coupes rases suivies de plantations. Une opération parfois indispensable dans des forêts dépérissantes, mais qui a tendance à être un peu trop généralisée. Selon les données d’I4CE qui a également publié une étude sur le sujet, sur les 24 600 hectares de forêts soutenues en 2021 par France Relance, 58 % étaient des forêts sinistrées où la coupe rase se justifie. Sur les 42 % restants, 10 % étaient des peuplements vulnérables et 32 % des peuplements pauvres au sens économique où des alternatives à la coupe rase peuvent être mises en place. 

« La solution de facilité va à la coupe rase et la pratique a été accentuée avec le plan de relance. Celui-ci a retenu une définition des peuplements pauvres qui ne tient compte que de la valeur économique et pas de la valeur écologique qui peut par ailleurs être très forte », explique Virginie Monatte. Sur le terrain, elle privilégie les coupes légères afin de maintenir au maximum le couvert forestier et la diversification des peuplements.

Toujours selon Canopée, dans 83 % des cas, le plan de relance permet en outre des plantations en monoculture. « Or, on sait que les forêts mélangées ont une résilience plus forte en termes de productivité. Elles sont aussi moins sensibles aux sécheresses, tempêtes ou aux attaques de ravageurs », explique Xavier Morin, président de Canopée et directeur de recherche en écologie forestière au CNRS. « La diversification est la seule voie possible pour se prémunir des crises à venir, c’est un renversement total de paradigme pour les forestiers », abonde Philippe Gourmain, expert forestier.

Un agent est en charge de 1700 hectares de forêt contre 800 auparavant

La Cour des comptes, dans un rapport publié en mai 2020, avait déjà alerté sur le faible soutien public accordé à la diversification et avait proposé la création d’un fonds de renouvellement de la forêt prenant en compte cet aspect. Le plan de relance devait y répondre, mais pour l’instant, il fixe seulement une obligation de 20 % de diversification (au moins deux espèces) à partir de 10 hectares, un seuil jugé trop élevé face à la multitude de petites parcelles. Des discussions seraient en cours pour abaisser ce seuil à quatre hectares.

Reste enfin la question primordiale des moyens humains. En vingt ans, l’Office national des forêts (ONF) a perdu près de la moitié de ses effectifs. Aujourd’hui, un agent est en charge de 1700 hectares de forêt contre 800 auparavant. Début août. Concernant la forêt privée, qui représente les trois quarts de la forêt française, ils proposent d’abaisser le seuil d’obligation des documents de gestion durable à 20 hectares (contre 25 à ce jour), cela concernerait 500 000 hectares de forêt et 20 000 propriétaires.

Un souhait partagé par les coopératives forestières, souvent pointées du doigt. « Les effets du changement climatique nous obligent à en tenir compte dans nos pratiques avec une accélération notable ces dernières années », explique Stéphane Viéban, directeur général d’Alliance Forêts Bois, la 1ère coopérative en France, qui accompagne 40 000 propriétaires privés sur 1 million d’hectares. « Mais il faut garder un équilibre entre les multiples fonctions de la forêt, que sont la production de bois, les enjeux environnementaux et les dimensions sociales », ajoute-t-il.