Une crise de la dioxine comme en 1999 pourrait-elle encore se produire aujourd’hui  ?


A. VDB : On est clairement beaucoup mieux armés qu’à l’époque pour plusieurs raisons. D’une part parce qu’il y a tout un système de traçabilité efficace, systématique, coordonné qui a été mis au point suite à cette crise. Si on constate un problème, on sait assez vite le détecter dans la chaîne alimentaire. Il n’est plus question de bloquer des exploitations pendant des semaines, ou même des mois, de vider des rayons entiers de stocks de produits puisqu’on pourra plus vite déterminer où se situe le problème, et avec la garantie que c’est correct. Et d’autre part, à l’époque les analyses en laboratoire pouvaient prendre plusieurs semaines avant de donner des résultats. Aujourd’hui, ça va beaucoup plus vite.

F.B. : Mais l’absence totale de risque n’existe pas.

Une crise de la dioxine comme en 1999 pourrait-elle encore se produire aujourd’hui  ?

A. VDB : Il y a toujours possibilité de voir apparaître un incident ou carrément une crise, mais on est beaucoup mieux outillés. Au sein de l’AFSCA, nous effectuons régulièrement des exercices de gestion d’incidents pour vraiment rester drillés à ce genre de situations. Ce sont les entreprises alimentaires qui sont responsables de la sécurité des produits qu’elles mettent sur le marché. Pour pouvoir répondre à cette obligation et cette responsabilité, elles doivent avoir mis en place le système d’autocontrôle, qui est un système de gestion des risques. On estime aussi que ce sont les entreprises elles-mêmes qui sont les plus à même de savoir dans leur processus de fabrication, où sont les risques éventuels et qui déterminent à quel stade elles font des prélèvements, des analyses, des échantillonnages.

F.B. : Et les entreprises jouent le jeu ?

Si elles détectent un résultat qui est anormal, c’est leur obligation de nous alerter rapidement si ce résultat pourrait avoir le moindre risque sur la santé des consommateurs. Mais il y a aussi les contrôles de l’AFSCA. Nous, effectuons des contrôles – en moyenne 300 contrôles par jour — aussi bien chez un agriculteur que dans une usine, une boulangerie, dans l’Horeca, à travers toute la chaîne. On peut détecter une anomalie dans un produit, et s’il y a un risque pour le consommateur, on procède au rappel de produits que vous voyez régulièrement dans la presse. Et puis il y a un système européen qui met en connexion tous les États membres. Et donc s’il y a un produit, imaginons qui vient d’Allemagne, pour lequel ils ont détecté un problème, tous les autres pays européens sont prévenus.

F.B. : Et pour les produits hors Union européenne ?

On a des postes de contrôle frontaliers à Zaventem, à Bierset et à Anvers. On vérifie que ces produits répondent aux exigences européennes. C’est la crise de la dioxine qui a engendré une bonne partie de la législation européenne sur la sécurité alimentaire et nos contrôles y sont basés. Tous nos contrôles sont effectués suivant des check-lists.

F.B. : Cette législation date d’il y a 20 ans

A.VDB. Oui, mais elle évolue en permanence. C’est un secteur dans lequel il y a pas mal d’innovations. Qui n’aurait pas pensé il y a 20 ans qu’on allait un jour manger des insectes ? Il a fallu adapter la législation pour ça. Je pense aux PFA, on n’en parlait pas il y a 20 ans. Depuis le 1er janvier 2023 Il y a une législation européenne qui détermine les seuils maximaux à respecter dans l’alimentation pour les teneurs en PFA. Donc évidemment que ça n’arrête pas d’évoluer, qu’il y a de plus en plus de règles, de plus en plus précises. On ne fait qu’augmenter notre sécurité alimentaire.

F.B. C’est aussi de plus en plus de contraintes pour les entreprises

C’est vrai, mais c’est aussi le rôle de l’AFSCA de les aider en rédigeant les guides d’autocontrôle dont les entreprises peuvent s’inspirer. Un contrôleur qui va sur place chez un restaurateur et qui voit des problèmes, il expliquera où sont les problèmes aussi. On ne se contente pas de poser un avis défavorable. On a également une cellule qui organise des formations pour les plus petites structures qui ont du mal à être au fait de tous les éléments de la législation. On propose des formations gratuites, ciblées sur les thématiques qui les intéressent. Donc ça fait aussi partie de notre mission.

F.B. : Quels sont les résultats de tous ces contrôles ?

Plus de 8,5 entreprises sur dix contrôlées ont un résultat conforme. En ce qui concerne nos échantillons, 98% sont conformes. Ce sont quand même des chiffres rassurants qui prouvent qu’il y a une conscience de la sécurité alimentaire dans les entreprises. Maintenant, il faut absolument qu’elle reste parce qu’on se dit aussi que quelque part, la génération qui a vécu la crise de la dioxine, elle va bientôt partir. Heureusement, les consommateurs sont très concernés et n’hésitent pas à nous solliciter.