dans la tête des bacheliers


Ils étaient plus de 500 000 élèves de terminale à choisir ce matin parmi plusieurs sujets proposés lors de l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Et même si de nombreux établissements se sont retrouvés face à des bacheliers certains d’avoir validé leur épreuve de philosophie grâce au contrôle continu (A caude de la crise sanitaire, le ministre Jean-Michel Blanquer a tenu à ce que le contrôle continu représente pour 82 % de la note globale de l’épreuve de philosophie) et préférant rendre copie blanche, Le Point s’est entretenu avec cinq lycéens d’établissements publics et privés qui ont composé ce matin.

Un contrôle continu validé

Pour Gwen, Enzo, Marie, Nawel et Tom, tous élèves de terminale générale, l’épreuve n’a pas été la plus grande source d’angoisse de leur année.

En effet, chacun d’entre eux partait déjà avec la certitude d’avoir validé son épreuve de philosophie. « Je suis resté à peine 1 h 20 sur les 4 heures, j’avais fait le calcul en amont et je savais que j’avais 11 de moyenne en philosophie avec le contrôle continu et, honnêtement, je ne pense pas avoir plus, sauf si j’ai de la chance? » raconte Enzo, 18 ans, lycéen en option sciences de l’ingénieur dans un établissement de Corbeil-Essonnes (91).Marie, elle aussi, étudiante en lycée général public option théâtre, reconnaît s’être rendue à l’épreuve « les mains dans les poches ».

Cette future comédienne au Conservatoire avait validé son année de philosophie avec 14,5 de moyenne, comme son amie Gwen, scolarisée dans un établissement REP du 77 qui a obtenu 17,5 de moyenne au contrôle continu.Nawel, scolarisée dans un lycée public du 77, a même vu en cette épreuve une occasion de repousser ses limites  : « J’avais déjà 13 de moyenne en philosophie, aussi j’ai choisi le seul sujet qui portait sur un thème que je n’avais pas vu en cours. Je me suis lancé le défi de réfléchir par moi-même et sans recracher mes connaissances scolaires.

J’ai voulu aborder ça comme un sujet de réflexion et, comme j’ai beaucoup de spécialités littéraires, je suis habituée à rédiger vite et beaucoup.Bac 2021  : découvrez les sujets de philo et de français

« Sommes-nous responsables de l’avenir ? »

Enzo, Gwen, Nawel et Marie ont tous les quatre opté pour ce sujet, qui faisait écho à leur génération que beaucoup qualifient de « sacrifiée ».Enthousiaste, Gwen a énoncé ses idées d’un débit rapide mais assuré « J’ai choisi de faire un plan en trois parties, et dans ma première je suis assez fière d’avoir réussi à aborder le cas de Charles Manson en parlant du déterminisme.

Vous allez me dire, quel est le rapport ? En fait, Freud expliquait que, quand tu es enfant, toute ta vie se crée. Eh bien Charles Manson, qui a eu une enfance atroce, est-il donc responsable des actes qu’il a fini par commettre ? Oui, car pour la justice le passé ne change rien et on est responsable de ce qui découle de nos actes. C’est pour ça que dans ma deuxième partie, après avoir abordé l’effet papillon, j’ai expliqué que beaucoup d’actions qui ne sont pas de notre fait ont malgré tout un impact sur nous et notre avenir.

J’ai alors abordé l’histoire de Nietzsche dont la s?ur qui avait des idées antisémites a modifié les écrits de son frère, ce qui a nui à son avenir, et même sa postérité  ! »Enzo et Marie ont choisi, eux, de consacrer un de leurs arguments sur le sujet de la pollution. « C’était l’enjeu de ma conclusion, j’ai dit que globalement on ne peut pas savoir si on est totalement responsable de notre futur, certains choix ont un impact des années plus tard sans que nous en mesurions l’importance sur le moment, comme la pollution et le désastre écologique qu’elle entraîne » détaille Enzo, futur étudiant à Assas Melun en droit. Un point que rejoint Marie qui, après avoir elle aussi parlé de l’effet papillon, s’est intéressée aux enjeux environnementaux  : « Même si nous tentons de changer les choses par des actions, cela ne suffit pas.

Que l’on soit dix, vingt ou cent, ce n’est pas suffisant pour modifier l’avenir, ce qui vient questionner les limites de notre propre responsabilité ».Nawel, d’une voix douce, raconte avoir réussi à écrire 12 pages en restant à peine 3 heures. Après avoir organisé un plan en trois parties, cette future licenciée en histoire à la faculté d’Évry (91) s’est jetée à l’eau « En grand 1, j’ai expliqué que l’on était responsables de l’avenir malgré nous car on répond à des lois naturelles comme tuer par instinct, ou se reproduire.

Et nous ne sommes pas responsables de ce que feront nos enfants de leur avenir. En deuxième partie j’ai abordé la démocratie et le droit de vote  : dans cette partie, j’ai souligné que nous étions responsables en votant de l’avenir de notre pays. Et enfin en dernière partie, j’ai fait la distinction entre ceux qui croyaient au destin et partent du postulat que tout est déjà tracé, contrairement au hasard qui ouvre un large champ des possibles ».

« Remotiver l’élève »  : le soutien scolaire, miroir de la crise

« Discuter, est-ce renoncer à la violence ? »

Tom, 18 ans, étudie les maths et les sciences informatiques dans un lycée privé catholique du 77. Futur ingénieur, il est le seul à avoir opté pour ce sujet, fort de son appétence pour la philosophie qui lui a permis de valider le contrôle continu avec 12,5 de moyenne. Grand lecteur, il s’exprime d’une voix posée et réfléchie, comme pour mieux se remémorer ses idées  : « J’ai tout d’abord défini les termes du sujet puis j’ai problématisé de la sorte  : est-ce que la multiplication des interactions sociales permet de diminuer les actes violents ? »Après avoir lui aussi choisi un plan en trois parties, Tom a décidé en premier lieu de dire que les interactions adoucissent les hommes  : « J’ai parlé du rapport entre les interactions dans les religions.

Hobbes dit que si l’on part du principe que l’homme est naturellement mauvais, le mettre dans la société et lui faire nouer des relations peut adoucir son caractère. Les interactions sociales viennent alors construire une morale commune. » Après avoir embrayé en se demandant si un surplus d’interactions sociales peut pousser l’humain à l’extrême, Tom a nuancé ses précédents arguments en abordant tour à tour Marx, Nietzsche et Rousseau et en s’aventurant du côté du langage et des problématiques qu’il engendre aujourd’hui  : « J’ai abordé le langage qui régit les interactions sociales.

Il est remis en question depuis plusieurs années et il est présenté comme une source d’oppression par certains. »Mais s’il y a bien un point dont Tom est fier, c’est d’avoir pu mêler l’histoire de France à son argumentaire  : « Dans ma dernière partie, je me suis demandé si la violence est une nécessité à l’homme ? C’est là que je me suis basé sur des exemples historiques comme Jeanne d’Arc qui utilise la violence pour rassembler. L’histoire de la France m’a d’ailleurs permis de faire une ouverture à ma conclusion car j’ai expliqué qu’étudier notre histoire montre que l’on a eu un rapport assez particulier à la violence, qui a malgré tout construit notre pays.

 »