David Guion répond aux lecteurs de « Sud Ouest »


Clairement non. Vu l’intersaison agitée, tout le monde aurait signé des deux mains pour être deuxième en janvier. La première décision forte des dirigeants a été de privilégier la stabilité. Cela nous a permis de gagner du temps dans la connaissance des joueurs, de l’environnement. Le deuxième axe était de s’appuyer sur les jeunes. Les Girondins ont un centre de formation performant et il était important de le remettre au cœur du projet. On a pu mesurer à ce moment-là les ressources d’un club historique comme les Girondins.

La réserve des jeunes joueurs vous a-t-elle incité à rester ?

Monter un projet autour des jeunes me semblait être la meilleure solution. C’est ce que j’ai proposé. J’en avais déjà entrevu des bons lors des entraînements et des oppositions la saison dernière. Junior Mwanga avait commencé à jouer en fin de saison. Mais ils n’étaient pas prêts et je pense que ce n’était pas le bon moment de les mettre dans le bain. Un jeune a besoin d’être rassuré pour réussir ses débuts et l’environnement n’était pas propice.

David Guion répond aux lecteurs de « Sud Ouest »

Est-ce que vous vous impliquez dans la formation ?

Cette année, j’ai recruté une personne ressource dans mon staff – Denis Zanko – qui fait le lien. Il n’est plus à présenter en matière de formation, il vient d’être champion de France avec les U17 à Toulouse. Il connaît le métier. Les jeunes ont besoin d’écoute et de conseils. Dès qu’il y a le moindre souci, ils discutent avec lui. J’ai décidé d’avoir un groupe très resserré de 22 joueurs. Je préfère que les jeunes restent avec la réserve en termes de charge de travail et, nous, on les appelle parfois pour un jour, parfois pour une semaine. Denis regarde les matchs de la réserve. Les jeunes se sentent observés et considérés.

Êtes-vous en contact avec Patrick Battiston (responsable du centre de formation) ?

Oui, on a de la proximité avec lui et ses éducateurs. Nous avons par exemple eu une problématique pendant le Mondial. Le championnat de N3 s’est arrêté plus tard mais j’avais des jeunes qui avaient besoin de jouer. A contrario, ils n’ont repris que cette semaine donc j’en ai intégré certains pour qu’ils fassent la préparation avec nous à l’image de Manu Biumla (17 ans) qui n’était pas encore venu. On est tout le temps en train d’ouvrir, de fermer, de réaliser des bascules afin de développer ces gamins.

Comment faites-vous pour que ces jeunes, qui ont connu une progression soudaine, gardent les pieds sur terre ?

Admar (Lopes) s’occupe de tout ce qui concerne les discussions extra-sportives. De mon côté, j’ai encore discuté hier (mardi) avec un jeune joueur pour tout de suite le recentrer sur son football, ses critères de progression. Je sentais qu’il commençait à regarder un peu trop son nombril. C’est mon rôle qu’il n’oublie pas les objectifs collectifs au travers desquels il pourra remplir les siens, individuels.

C’est dans ce sens que Denis Zanko est important ?

Denis est le premier sas. Si je sens que ça ne change pas, c’est moi qui tape (rire).

Comment s’est décidé le prêt de Lucas Rocrou à Bourg-Péronnas (National) ?

Il y a une stratégie de développement. Il a signé pro et a besoin de se frotter à un niveau supérieur à la N3. Toutes les semaines, il va être suivi en compétition, on ira le voir à l’entraînement. Je connais très bien le président de Bourg-Péronnas, j’ai eu le coach au téléphone, les staffs médicaux communiquent ensemble. On a envie que quand il reviendra en juillet, il ait passé un palier.

Vous semblez toujours serein, cool au bord du terrain, même quand l’équipe passe d’une bonne première période, à une deuxième beaucoup moins bonne comme contre Sochaux ? Quel est votre type de management ? Paternaliste, directif, persuasif ?

Ça m’est arrivé de leur crier dessus mais j’estime que plus on crie et moins on se fait entendre. Les joueurs ont au contraire besoin de sentir de la sérénité autour d’eux, pour qu’ils puissent s’épanouir et jouer leur jeu. S’ils entendent hurler sans arrêt, ils peuvent vite perdre leurs moyens, surtout les jeunes. En revanche, les consignes, c’est non négociable  ! De temps en temps, les jeunes veulent en faire un peu plus à leur tête. Là, il faut être intransigeant. Il y a donc une flexibilité entre l’écoute et l’accompagnement et la dureté par moments car ces joueurs ont besoin d’un cadre pour savoir où ils vont.

GUILLAUME BONNAUD/SUD OUEST

L’équipe a perdu contre Guingamp (0-1), à Saint-Etienne (2-0) et au Havre (0-1). Y a-t-il un souci face aux gros ?

Si on considère qu’Elis a été longtemps blessé, on ne compte que trois joueurs de plus de 25 ans dans l’effectif. On a surperformé lors du premier quart de saison avec ces gamins en apprentissage. Perdre contre Guingamp en août était logique. L’idée est de les faire progresser et un gros travail a déjà été fait. Mais comme je l’avais dit, on ne peut pas faire toute une saison seulement avec eux. On l’a vu à Trélissac (3-2) en Coupe de France, ce sont les anciens qui ont pris les choses en mains. On est également parmi les clubs à s’être le moins renforcé, avec seulement cinq recrues. On a misé sur la qualité plus que sur la quantité. Je suis convaincu qu’Aliou Badji, arrivé plus tard que les autres, va s’éclater et s’épanouir lors du deuxième semestre. Pour ces raisons, on a pris un peu de retard. On l’a ressenti en fin de première partie de saison lorsque l’adversité est devenue plus forte. Ça s’est joué à chaque fois à un but. Il sera important de gagner en maturité et en personnalité sur la deuxième partie de saison.

La montée en Ligue 1 est-elle désormais l’objectif déclaré ?

En début de saison, on n’était pas invité à la table. On s’y est installé et l’appétit vient en mangeant. J’ai envie de continuer à gagner des matchs. Nous sommes aux Girondins de Bordeaux, il y a une exigence de résultats et quand on est à cette place, on veut être ambitieux et y rester.

Pourquoi être passé au 4-4-2, votre schéma préférentiel, seulement maintenant ?

La saison dernière, on jouait les matchs pour ne pas perdre. Cette année, on joue pour les gagner. L’animation évolue en fonction. Ensuite cet été, j’ai cherché le système pour mettre les joueurs dont je disposais dans les meilleures dispositions. Je n’avais qu’un attaquant d’axe – Josh Maja – avec le petit Rocrou en doublure. J’ai aussi voulu mettre une colonne vertébrale Stian (Gregersen) – Dany (Ignatenko) – Fransergio – Josh (Maja) qui avait plus de bouteille pour encadrer les jeunes. D’où le 4-3-3. Aujourd’hui, on a un autre attaquant (Badji) et on a senti avant la trêve que notre animation offensive était plus en difficulté, avec moins de fraîcheur. Mon travail est de trouver des alternatives. Le stage au Portugal a été la première occasion de travailler avec l’effectif au complet. Être passé en 4-4-2 nous donne d’autres choses à proposer pour que notre jeu soit moins lisible.

On a remarqué lors des derniers matchs des retards au marquage défensif et moins d’initiatives des joueurs offensifs. Partagez-vous cette impression ?

On a constaté lors des cinq derniers matchs qu’on prenait des buts sur des centres. Est-ce qu’on ne serre pas assez le centreur ou est-ce qu’on est trop loin du joueur à la réception ? On est la deuxième défense, les statistiques montrent qu’on concède très peu d’occasions. En début de saison, avec l’enthousiasme, on se replaçait très vite et l’adversaire frappait peu. On a essayé d’apporter plus de touches techniques au jeu et sur le replacement, il y a eu moins d’énergie. On y travaille. Sur l’aspect offensif, il y a des schémas mis en place mais dans les 30 derniers mètres, il y a assez de talent pour qu’ils fassent parler leur créativité. Il faut aussi de la détermination et, ces derniers temps, on n’a pas été assez présent à la réception des centres offensifs. La deuxième mi-temps contre Pau (1-1) avait été intéressante là-dessus, les garçons avaient mis beaucoup de volonté pour entrer dans la surface.

Est-ce que cela passe par un milieu de terrain plus créatif ?

On a les défauts de notre jeunesse. On ne sait pas très bien gérer les tempos de match  : on veut tout le temps aller à fond quand parfois il faudrait garder le ballon. Contre Sochaux, Zuriko (Davitashvili) ou Dilane (Bakwa) ont parfois monté seul le ballon sur 20 ou 30 mètres pour réaliser un exploit individuel. C’est impossible. Là, on manque d’un garçon qui crierait de calmer.

Quels sont vos critères pour décider qui de Malcom Bokélé ou de Clément Michelin débute au poste de latéral droit ?

Il y a une grosse concurrence mais elle est assez facile à gérer car ils ont des profils opposés. Un est intraitable sur le plan défensif, il nous amène sa détermination, son jeu de tête. L’autre est très performant sur l’aspect offensif, avec une qualité de dernière passe et une grosse capacité à faire des allers-retours dans le couloir. Il a été en difficulté en début de saison car il n’avait pas joué pendant six mois. Le choix dépend de l’option privilégiée.

Vous adaptez-vous à l’adversaire ?

Notre priorité est le développement de notre équipe  : renforcer nos qualités et développer nos points faibles. Après, il y a toujours un montage sur l’adversaire et il y a des choses que l’on change, notamment sur nos sorties de balle.

GUILLAUME BONNAUD/SUD OUEST

Qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?

On fait ce métier pour gagner. C’est tellement agréable de réaliser le week-end ce qu’on a bossé dans la semaine et de prendre les trois points. C’est cet épanouissement, ce plaisir que je recherche, dans un cadre d’exigence qui correspond au monde professionnel. Ce qui fait la force d’un leader, c’est d’être exemplaire, être exigeant avec soi-même, son staff, ses joueurs. Je suis convaincu qu’on ne peut s’épanouir que dans le plaisir et l’exigence. J’essaie de mettre ça en place au quotidien.

Avez-vous la garantie de rester aux manettes si le club remonte et, à l’inverse, resterez-vous si le club n’y parvient pas ?

Bordeaux était vraiment le club que je souhaitais rejoindre. Je suis fier d’appartenir aux Girondins, je sais la chance que j’ai d’être dans ce club historique et je suis dans de très bonnes conditions. J’ai envie de remettre les Girondins dans l’élite du foot français. Mon ambition ira avec celle du club. Si on remonte, j’ai une clause qui me permet de continuer. Et si ça ne monte pas, la question se posera différemment et il faudra analyser cette non-réussite. Mais pour l’instant, franchement, je ne me pose pas cette question. Je suis tourné vers cette deuxième partie de saison pour la réussir au mieux.

Comment décririez-vous votre relation avec le directeur sportif Admar Lopes ?

Proche. Admar est tous les jours au club, assiste régulièrement aux entraînements. Il a une grosse expérience. Il regarde beaucoup de matchs, on échange énormément sur les organisations et les joueurs. J’en profite pour dire que je n’avais jamais travaillé avec un staff étranger, et cette saison j’ai un Espagnol (Josep Pascual Trabal, entraîneur des gardiens) et deux Portugais (André Monteiro, analyste de la performance, et Guilherme Gomes, préparateur physique), ça permet de s’ouvrir à d’autres méthodologies. Ça me permet de grandir.

Making of

C’est le genre de petite attention qui fait plaisir et entretient les bonnes relations. David Guion a commencé par offrir des boîtes de chocolats pour les lecteurs de « Sud Ouest » venus le rencontrer ce mercredi après-midi dans les locaux du journal à Bordeaux. Idéal pour nouer rapidement le contact et détendre l’ambiance toujours un peu rigide pour commencer dans ce genre de rendez-vous.La suite est restée dans le ton, détendu mais franc. « Il est direct, spontané, sans langue de bois et il vous regarde dans les yeux quand il parle », a apprécié Guillaume Boutié. Ce ton calme, c’est l’autre caractéristique de l’entraîneur bordelais qui a marqué ses interlocuteurs. « Il est posé, lucide sur son équipe, et il met bien le club et son histoire en avant », soulignait Christian Marchais. « On le sent épanoui et concentré sur la fin de saison, notait de son côté Lionel Giraudon. Il correspond bien à l’image que j’avais de lui avant de le rencontrer ». « J’ai trouvé chouette qu’il assume l’objectif de remontée immédiate en Ligue 1, soulignait aussi Guillaume Boutié. C’était un moment très agréable. Et merci pour le chocolat  !  »

Comment ressentez-vous le soutien du public ?

Quand on a été certains de reprendre, je n’ai même pas donné d’objectifs sportifs à mes joueurs. Je leur ai dit que la première chose à faire, c’était de faire guichets fermés au Matmut. On l’a fait contre Pau et j’étais très fier, je leur ai dit que c’était grâce à eux, à leur investissement, et au travail du club fait durant l’intersaison. On voulait recréer un lien avec notre environnement. Nos supporters ne s’y trompent pas, ils voient des gamins qui affichent des valeurs. On ne gagnera pas tous nos matchs, mais si les supporters sentent que les garçons donnent tout, ils seront indulgents. Lors de quelques matchs, ils nous ont bien portés. Ils sont aussi très présents à l’extérieur, les joueurs y sont sensibles et j’en parle régulièrement durant mes causeries.

L’été dernier, face à l’impasse du recrutement, avez-vous envisagé de jeter l’éponge ?

À aucun moment. Le 23 juin, à la reprise, j’étais tout seul. Denis (Zanko) était encore sous contrat avec Toulouse. Seul Quentin Barrat (préparateur physique) était présent. Il a fallu convaincre tout mon staff qu’il fallait venir et qu’on allait se maintenir en Ligue 2. Ils m’ont fait confiance alors que ce n’était pas évident, on n’avait pas toutes les réponses. Avec l’environnement, l’histoire du club, je pensais que si tout le monde se mobilisait, je ne voyais pas les Girondins mourir. J’y croyais très fort.

Cela va bientôt faire un an que vous êtes aux Girondins. Quel bilan pouvez-vous tirer ?