Dcryptage de la novlangue nolibrale (n°4)


ici et ici.

Les petits gestes

Les petits gestes, c’est l’histoire du colibri mise à la mode par Pierre Rabhi.

au fond de la forêt amazonienne, un incendie s’est déclaré. Les animaux de la forêt étaient tétanisés par le spectacle, incapables de faire quoi que ce soit devant ce feu qui ravageait leur habitat. Seul le colibri, prenant quelques gouttes d’eau de la rivière dans son petit bec, s’envolait ensuite pour les verser sur les flammes. Il multipliait ainsi les aller-retour autant qu’il le pouvait.

Les autres animaux assistant à la scène, au départ muets, se mettent à se moquer de lui  : « Tu n’es pas ridicule ? ! Tu crois qu’avec ces quelques gouttes d’eau tu vas éteindre le feu ? !  » 

Le colibri, continuant sa manœuvre leur répond  : « Je fais ma part ». Source

L’histoire est belle. Cependant, on pourra mettre des millions de colibris pour éteindre l’incendie, malheureusement il ira jusqu’à son terme. Et pourtant, ils auront tous fait leur part.

Le petit geste fait partie de l’arsenal néolibéral pour inverser la responsabilité entre l’État et le citoyen, individualiser les gens pour priver le peuple de ses citoyens (par définition, un citoyen n’est pas individualiste puisqu’il tient compte de l’intérêt général), rendre le peuple inefficace parce que l’action collective on la doit à un peuple et donc à des citoyens conscients de l’être.

Macron nous avait déjà culpabilisé avec les petits gestes pendant la pandémie rendant responsables ceux qui ne mettaient pas le masque de ce qui se passait dans les hôpitaux alors que ce sont bien les différents gouvernements, y compris ceux de Macron, qui ont privé des moyens minimums, le système de santé français. Aujourd’hui nous avons un problème d’approvisionnement de gaz et d’énergie en général. Alors nous avons le gouvernement qui nous prodigue ses conseils et cela tourne au ridicule. C’est un peu Big brother nous expliquant la cuisine, le repassage et comment nous doucher et faire pipi.

Il était question de passer la limite de vitesse sur autoroute à 110 km/h comme l’avait demandé la Convention citoyenne pour le Climat. Avec la crise énergétique que nous traverssons, c’était le moment de faire passer la mesure. Or, pour Élisabeth Borne, ça « n’est pas la bonne voie . C’est important d’informer sur les économies qu’on peut faire en roulant moins vite, sur l’intérêt que ça peut présenter pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais on ne peut pas fonctionner à coup d’interdictions ». Autrement dit, ceux qui peuvent se payer du carburant comme ils le veulent pourront continuer à pomper dans le stock et à générer des gaz à effet de serre comme ils le font sans compter habituellement. Pourquoi s’en priverait-il ? On sait bien que les riches dans leur grande majorité n’en ont que faire de l’environnement, soit parce qu’ils croient que la technologie résoudra tous les problèmes, soit parce qu’ils ne croient pas au réchauffement anthropique.

c’est user d’un subterfuge pour dire qu’on agit alors qu’on ne fait rien d’autre que protéger le système.

Les confinements

2020  : Macron nous disait  : « L’unique forme de prévention que connaisse ce pouvoir – celui de “bloquer la circulation du virus” en enfermant la population et en la contraignant à une vie numérique sur écran – est à la fois inefficace et destructrice. Inefficace, puisque les contaminations continuent et que l’absence de stratégie sur les tests se révèle aussi calamiteuse que la gestion des masques au printemps dernier. Destructrice, puisque cet enfermement de toute une population conduit à détruire progressivement la société en s’attaquant à tous ses organes vitaux en même temps  : l’éducation, la culture, la recherche, la vie politique, les échanges sociaux et affectifs, le commerce, l’économie réelle et la santé publique elle-même. » Barbara Stiegler

2022  : Aujourd’hui, 5 ans, jour pour jour, après le début des Gilets Jaunes, les prix des carburants remontent, le gouvernement multiplie les 49.3 et rien ne bouge. Les confinements ont permis au régime néolibéral de Macron d’éteindre le peuple, de le contrôler jsuque chez lui comme Big brother, de l’anesthésier, de le rendre conforme aux besoins du marché.

La réforme des retraites  : désormais une formalité pour le gouvernement ? Tout en prend la voie…

Le pragmatisme 

Emmanuel Macron a fait du pragmatisme le cœur de son programme et de sa démarche. Mais qu’en est-il exactement du pragmatisme auquel Emmanuel Macron fait souvent référence ?

Le pragmatisme appartient à une tradition de pensée née aux États-Unis au tournant du XIXe et du XXe siècle. Les trois grandes figures du pragmatisme classique (fin XIXe siècle-début XXe siècle) sont Charles Sanders Peirce, William James et John Dewey. Dans le langage courant, pragmatisme désigne la simple capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité. Mais, selon la perspective philosophique du pragmatisme, penser une chose revient à identifier l’ensemble de ses implications pratiques. Il s’agit d’une pensée radicalement empiriste  : la notion d’effet pratique est étroitement liée à la question de savoir quels effets sont attendus d’un choix.

Le pragmatisme, idée qu’on retrouve chez Habermas, cher à Macron, consiste donc à trouver des voies de passages techniques, en passant outre les dogmes et les doxas en vigueur. Seulement, le pragmatique, en dépit de ses déclarations d’intention, doit toujours composer avec des notions aussi capitales que la raison d’État, le respect du droit, de l’intérêt général, de la concurrence, de la Constitution ou des traités européens. Sinon, une autorité suprême (Conseil constitutionnel) ou supranationale (Commission européenne), ou populaire (manifestations) viendra le rappeler à l’ordre. Macron, dès lors, a beau revendiquer une liberté d’action, mettre en scène sa vaillance, elle devrait toujours être soumise aux institutions, aux protocoles et aux engagements de l’État, mais aussi tenir un tant soit peu, aux exigences de la démocratie et du peuple souverain.

Or, qu’en est-il du pragmatisme appliqué à la politique de Macron ? Le recours de l’article 49.3 relève-t-il du pragmatisme ? Lorsque le Gouvernement considère que le vote d’un projet de loi est indispensable, mais que le vote en Assemblée semble bloqué ou compromis, il peut mettre en oeuvre l’article 49.3 pour le faire passer malgré l’avis de l’Assemblée Nationale sauf à ce qu’une motion de censure soit votée par 1/10ème des députés, auquel cas le projet de loi est retiré, et le gouvernement doit démissionner. Cela veut dire que l’utilisation du 49.3 est un déni volontaire de prendre en compte ce que le peuple veut, à travers les voix de ses représentants.

Il en va de même de la réforme des retraites. Le COR, malgré les mensonges du gouvernement, explique également que son rapport « ne valide pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Macron, dans son double langage, entend réformer les retraites pour « défendre » le modèle social français tout en expliquant vouloir dégager des marges de manoeuvre budgétaires pour financer les autres grandes réformes sociales du pays, préserver l’indépendance de la France et favoriser la transition écologique. En somme, il détourne de l’argent social pour d’autes activités. Mais qu’en est-il des conséquences ? Si cette réforme passe, les pensions qui ont déjà fortement baissé depuis des années baisseront encore et elle aura aussi pour conséquence d’éliminer quelques prétendants à la retraite pour cause de décès suite à une vie professionnelle pénible. En fait de philosophie pragmatique qui prend en compte toutes les conséquences de choix politiques, Macron en reste au côté pratique pour parvenir à ses fins  : favoriser les oligarques et la caste qui l’ont élu. Et peu importe ce que devient le bas peuple  !

Selon le pragmatisme de John Dewey, la démocratie « signifie qu’une priorité absolue est donnée aux moyens par lesquels atteindre ces fins. Les moyens sur lesquels elle repose consistent dans l’activité volontaire des individus, par opposition à toute coercition ; dans l’assentiment et le consentement, par opposition à la violence ; dans la force d’une organisation intelligente, par opposition à l’organisation imposée de l’extérieur et d’en haut ». En gros, tout ce que ne fait pas Macron. Moralité  : le pragmatisme de Macron n’est pas du pragmatisme. C’est la philosophie de l’arriviste qui consiste à parvenir à ses fins par tous les moyens, y compris aux dépens du peuple.