Ecoles, parents, stages… Les impacts en cascade des nouveaux rythmes scolaires


Cinq pĂ©riodes de sept semaines de cours entrecoupĂ©es de deux semaines de congĂ©s et des vacances d’étĂ© raccourcies: tel est dĂ©sormais le calendrier scolaire en Belgique francophone. Avec des rĂ©percutions financiĂšres et organisationnelles parfois importantes pour les directions d’école, les parents, les organisateurs de stages, les mouvements de jeunesse et le tourisme, entre autres.

Le lundi 29 aoĂ»t 2022 est une date historique pour la Belgique francophone: jour de rentrĂ©e pour 900 000 Ă©lĂšves, de la maternelle au secondaire, il rompt, pour la premiĂšre fois depuis la naissance du pays, avec la tradition qui faisait retourner les enfants Ă  l’école en septembre, voire mĂȘme en octobre (encore durant le XXe siĂšcle, pour que les fils et filles d’agriculteurs puissent aider aux champs).

En 2023, ce sera mĂȘme un jour plus tĂŽt: le 28 aoĂ»t, les prochaines vacances d’étĂ© dĂ©marrant le 7 juillet. C’est l’un des effets du nouveau calendrier scolaire, Ă  Bruxelles et en Wallonie francophone. Le plus spectaculaire, Ă  cette heure, mais pas le plus important. Le changement majeur, en effet, est le dĂ©coupage de l’annĂ©e en cinq pĂ©riodes de sept semaines de cours, chacune ponctuĂ©e de deux semaines de relĂąche. ElĂšves et enseignants auront donc toujours 182 jours d’école, toujours quinze jours de trĂȘve fin dĂ©cembre mais tous les autres congĂ©s habituels sont bouleversĂ©s: en novembre, la semaine qu’on appelait «congĂ© de Toussaint» est doublĂ©e ; comme celle «de carnaval», en fĂ©vrier ; enfin, les deux semaines «de PĂąques» sont repoussĂ©es Ă  dĂ©but mai, un mois aprĂšs la fĂȘte religieuse. L’ensemble des Ă©lĂšves de la FĂ©dĂ©ration Wallonie-Bruxelles (FWB) sont concernĂ©s: maternel, primaire et secondaire, de l’enseignement gĂ©nĂ©ral, technique, professionnel, spĂ©cialisĂ©, artistique Ă  horaire rĂ©duit et de promotion sociale.

Ce grand bouleversement est le fruit de la rĂ©forme des rythmes scolaires, rĂ©guliĂšrement Ă©voquĂ©e, souhaitĂ©e, suggĂ©rĂ©e et repoussĂ©e depuis trois dĂ©cennies puis finalement adoptĂ©e au printemps dernier, dans le cadre du vaste Pacte pour un enseignement d’excellence. Son objectif est de «rĂ©Ă©quilibrer le temps passĂ© Ă  l’école tout en conservant 14 semaines de vacances mieux rĂ©parties sur toute l’annĂ©e», en tenant compte du fait que «rĂ©duire les vacances d’étĂ© attĂ©nue les effets du dĂ©crochage scolaire actuellement observĂ©s Ă  la rentrĂ©e des classes du fait d’une trop longue rupture scolaire. Cela permet aussi de diminuer le stress et la fatigue tout au long de l’annĂ©e grĂące Ă  une meilleure rĂ©partition des pĂ©riodes de cours et de congĂ©s.» Tant pour les Ă©lĂšves que pour le corps professoral.

Bienfaits espérés et congés décalés

L’offre d’activitĂ©s extrascolaires pour les enfants sera-t-elle suffisante? Et y aura-t-il un effet de hausse de prix pour les familles?

Jusqu’ici, la rĂ©forme a plutĂŽt Ă©tĂ© saluĂ©e par les diffĂ©rents acteurs du monde scolaire, mĂȘme si des directions d’établissements relĂšvent le surcroĂźt de travail administratif qu’elle induira, en fin d’annĂ©e scolaire. La Ligue des familles, de son cĂŽtĂ©, l’estime «justifiĂ©e par la volontĂ© de mieux adapter l’organisation de l’annĂ©e scolaire aux besoins (biologiques, physiques, cognitifs) des enfants, en rĂ©partissant mieux les temps de repos et les temps d’apprentissages» et Ă  mĂȘme de «lutter contre l’échec scolaire et les inĂ©galitĂ©s sociales dans l’enseignement – une nĂ©cessitĂ© alors que notre enseignement demeure, malheureusement, parmi les plus inĂ©galitaires au monde».

On jugera une premiĂšre fois dĂšs l’étĂ© prochain les bienfaits espĂ©rĂ©s, sachant que la FWB a dĂ©jĂ  annoncĂ© que «selon les annĂ©es, la rĂšgle des sept semaines de cours suivies de deux semaines de congĂ©s pourra ĂȘtre adaptĂ©e et passer Ă  six ou huit semaines de cours pour avoir un maximum de congĂ©s en commun avec les autres CommunautĂ©s». C’est que le nouveau modĂšle n’ est en vigueur que pour l’enseignement francophone: en Flandre et en CommunautĂ© germanophone, oĂč la rentrĂ©e s’effectue le 1er septembre, l’ancien rĂ©gime est toujours appliquĂ©, soit une semaine de congĂ© Ă  la Toussaint, une au Carnaval et deux Ă  PĂąques. Soit, pour les familles ayant des enfants inscrits qui dans une Ă©cole francophone, qui dans une Ă©cole nĂ©erlandophone ou germanophone, des pĂ©riodes de vacances diffĂ©rentes – concrĂštement: dĂ©calĂ©es les unes par rapport aux autres. C’est l’une des consĂ©quences nĂ©gatives de la rĂ©forme. Comme l’est, pour les familles monoparentales, celles avec enfants en bas Ăąge et celles Ă  faibles revenus notamment, l’allongement des vacances de novembre et de fĂ©vrier, qui exigera une rĂ©organisation en matiĂšre de prise de congĂ©s professionnels et une augmentation probable des frais de garde et d’activitĂ©s extrascolaires.

Gardes et activités: inquiétudes et bonne affaire

Par ailleurs, comme s’interroge notamment la Ligue des familles dans une Ă©tude publiĂ©e en juillet dernier, «l’offre d’activitĂ©s pour les enfants sera-t-elle suffisante Ă  ces pĂ©riodes? Les opĂ©rateurs s’appuyant beaucoup sur les jeunes et le bĂ©nĂ©volat seront-ils en situation de recruter suffisamment de personnes pour organiser les activitĂ©s (l’enseignement supĂ©rieur n’étant pas concernĂ© par la rĂ©forme)? Y aura-t-il un effet de hausse de prix des activitĂ©s pour les familles, et donc une diminution de l’accessibilitĂ© des loisirs pour les enfants?» Autrement dit: comment s’adapteront les garderies, les mouvements de jeunesse, les organisateurs de stages, etc? Avec quels moyens, logistiques et budgĂ©taires? La FWB a dĂ©bloquĂ© des fonds pour que ces secteurs puissent rĂ©pondre Ă  une demande plus large, plus frĂ©quente et sur plus de durĂ©e, mais sans vraiment les rassurer, Ă  deux mois d’un possible premier rush.

De la mĂȘme façon, pour ceux qui en ont les moyens, ces pĂ©riodes de dĂ©tente Ă©tirĂ©es devraient rebattre les cartes des destinations touristiques: on pourra partir plus souvent et plus loin. Il y aura des retombĂ©es pour les opĂ©rateurs, belges comme internationaux. Qui se frottent dĂ©jĂ  les mains.

Cette rentrĂ©e scolaire, le 29 aoĂ»t 2022, marque donc un changement Ă  effet domino, largement au-delĂ  des cours de rĂ©crĂ©ation, des classes et des salles des profs des Ă©coles francophones de Bruxelles et de Wallonie. Et ses rĂ©percussions dĂ©passeront allĂšgrement les besoins biologiques, physiques et cognitifs des enfants. C’est en ce sens qu’elle est vĂ©ritablement historique. .

Les directions trimeront

Les enseignants pourraient parfois avancer plus vite «puisque les enfants seront normalement plus en forme». © belga image

L’introduction des nouveaux rythmes scolaires ne devrait pas trop bouleverser le travail des enseignants, qui saluent, comme les directions, les bĂ©nĂ©fices de la rĂ©forme pour le bien-ĂȘtre des Ă©lĂšves et pour le leur. Le maintien d’un mĂȘme nombre de jours en classe (182) plaide Ă  ce niveau pour une stabilitĂ©, qui rend, semble-t-il, superflue la mise en place d’un nouveau dĂ©coupage des apprentissages, par exemple. «D’autant que les examens, quand il y en a encore, restent programmĂ©s aux mĂȘmes pĂ©riodes», affirme Philippe Barzin, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’enseignement des communes et des provinces (CECP).

Toutefois, la nouvelle organisation pourrait permettre aux enseignants d’avancer parfois plus vite «puisque les enfants seront normalement plus en forme», indique Marc Vande Weyer, directeur de la section fondamentale de l’Institut Marie immaculĂ©e, Ă  Anderlecht. Ou de maximiser le temps en classe puisque, «avec des Ă©preuves externes dĂ©jĂ  fixĂ©es Ă  la fin juin, le nombre de jours blancs sera limitĂ© au minimum en secondaire», ajoute Anthony Spiegeler, directeur de l’école Nespa, Ă  Genappe.

Sauf que, relĂšve Bertrand Denutte, secrĂ©taire de direction au collĂšge Pie X, Ă  ChĂątelineau, «puisque le timing de fin d’annĂ©e est plus serrĂ©, les jours blancs moins nombreux et qu’il faut terminer les examens le 29 juin, les directions devront organiser les conseils de classe sur deux jours pour respecter le dĂ©lai des recours aprĂšs la remise des rĂ©sultats et, le cas Ă©chĂ©ant, rĂ©unir un nouveau conseil de classe, qui est une obligation lĂ©gale, avant le 7 juillet. Ce sera chaud pour les professeurs.»

Quid des enseignants néerlandophones et des carriÚres mixtes?

Les nouveaux rythmes imposeront une refonte des calendriers gĂ©nĂ©raux de beaucoup d’écoles.

Les nouveaux rythmes imposeront, en revanche, une refonte des calendriers gĂ©nĂ©raux de beaucoup d’établissements. «Beaucoup devront dĂ©caler les dates habituelles des fancy-fairs, classes vertes et autres parce qu’elles tombent dĂ©sormais dans des pĂ©riodes de congĂ©s», affirme Christine Toumpsin, directrice de l’Institut Notre-Dame d’ Anderlecht et prĂ©sidente du CollĂšge des directeurs du fondamental libre. «Indiscutablement, les Ă©coles devront se plonger dans leurs calendriers et les refondre une fois pour toutes», confirme Philippe Barzin.

Une crainte plus particuliĂšre concerne les enseignants nĂ©erlandophones «native speakers» qui enseignent dans des projets en immersion en FĂ©dĂ©ration Wallonie-Bruxelles. «Ils pourraient ĂȘtre tentĂ©s de rejoindre l’enseignement flamand, affirme Marc Vande Weyer, dont l’école a dĂ©veloppĂ© un tel projet. Les pĂ©riodes sans classe ne correspondant plus entre les systĂšmes d’enseignement, ces professeurs pourraient ne plus ĂȘtre en congĂ© en mĂȘme temps que leurs enfants. Cela me semble d’autant plus probable qu’il existe une pĂ©nurie d’enseignants en Flandre.» Bertrand Denutte ajoute que le nouveau modĂšle «bloque complĂštement les carriĂšres mixtes: les enseignants prestant aussi en Haute Ă©cole auront des problĂšmes de congĂ©s puisque les rĂ©gimes des vacances deviennent diffĂ©rents».

Pour le reste, les directions n’écartent pas d’éventuels imprĂ©vus en cours d’annĂ©e et, avant cela, une possible «mauvaise surprise» la premiĂšre semaine d’école, comme le craint Christine Toumpsin: «Un taux d’absences anormalement Ă©levĂ©, soutenu par des parents qui auraient dĂ©cidĂ© de prolonger de quelques jours les vacances »

L’appel aux proches a sonnĂ©

Plus de stages en vue pour les plus petits incapables de rester seuls à la maison? © getty images

La Ligue des familles et les fĂ©dĂ©rations d’associations des parents de l’enseignement officiel (Fapeo) et catholique (Ufapec) sont unanimement convaincues du bien-fondĂ© de la rĂ©forme des rythmes scolaires pour le respect des rythmes chrono-biologiques des enfants comme des enseignants. Mais la Ligue s’inquiĂšte pour les parents, surtout ceux d’enfants absolument pas en Ăąge de rester seuls Ă  la maison: comment s’organiseront-ils avec quatre pĂ©riodes de deux semaines de congĂ©, en plus des vacances d’étĂ©? Quid, aussi, des parents sĂ©parĂ©s avec garde alternĂ©e: cela nĂ©cessitera-t-il d’adapter l’hĂ©bergement des enfants et de reformuler le jugement ou l’accord?

En mai dernier, 60% des parents sondés confiaient avoir déjà modifié leurs dates de congés.

Dans un sondage en ligne rĂ©alisĂ© en mai dernier auprĂšs de 5 076 parents par la caisse wallonne d’allocations familiales Camille, 59% considĂ©reraient la rĂ©forme comme «une mauvaise nouvelle pour eux», prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle pose le problĂšme de garde. DĂšs lors, 55% indiquaient «prĂ©voir de solliciter davantage leurs proches» pour s’occuper des enfants, plus de 60% confiaient avoir dĂ©jĂ  modifiĂ© leurs dates de congĂ© et 20% avaient revu les gardes alternĂ©es. Du cĂŽtĂ© de l’Ufapec, par la voix de Bernard Hubien, son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, on estime qu’ «une partie des parents sĂ©parĂ©s qui pratiquent la garde Ă©galitaire se rĂ©jouissent, mĂȘme si des conventions doivent ĂȘtre amĂ©nagĂ©es, parce qu’une semaine complĂšte permet de partager plus de temps et, pour certains, de partir, mĂȘme si ceux qui peuvent prendre des congĂ©s Ă  ces moments-lĂ  sont minoritaires».

80% s’attendent à des stages plus chers

Souci aussi pour les familles aux enfants scolarisĂ©s dans des CommunautĂ©s diffĂ©rentes, donc avec des congĂ©s diffĂ©rents, ce qui constituera «un vĂ©ritable casse-tĂȘte pour l’organisation de leurs parents», note la Ligue des familles. Pareil pour les enseignants dont les enfants suivent l’enseignement d’une autre CommunautĂ©: «Nous avons eu des contacts avec nos pairs nĂ©erlandophones, affirme JoĂ«lle Lacroix, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la Fapeo. Ils rĂ©flĂ©chiront aussi Ă  cette question. L’idĂ©al aurait Ă©tĂ© qu’il y ait une homogĂ©nĂ©isation directe. C’est le rĂŽle des associations flamandes de parents d’en faire un dĂ©bat public en Flandre.»

Reste la question, Ă©pineuse, des stages. Pas de quoi s’inquiĂ©ter, selon Bernard Hubien: «Il y a simplement un glissement des moments oĂč on devra confier les enfants pour des stages ou autres activitĂ©s.» Maxime Michiels, du service Etudes et actions politiques de la Ligue des familles, espĂšre, lui, «que les organismes qui proposent des stages pourront Ă©toffer leur offre pendant les pĂ©riodes oĂč ils n’en organisaient pas avant». Mais Ă  quel prix? Dans le sondage Camille, jusqu’à 80% des rĂ©pondants disent anticiper l’éventualitĂ© d’une augmentation du coĂ»t des activitĂ©s de stage de leurs enfants.

Enfin, quelle sera la disponibilitĂ© des jeunes de l’enseignement supĂ©rieur? A la fois ceux qui doivent prester des stages dans les Ă©coles de l’enseignement fondamental et ceux sur lesquels comptent les mouvements de jeunesse et les associations sportives ou culturelles qui organisent des stages. «Sans concertation avec l’enseignement supĂ©rieur, ils ne seront pas disponibles au bon moment», tranche Bernard Hubien. Ça s’annonce sportif, tout ça.

La grande incertitude des stages

L’offre actuelle de stages sportifs de l’Adeps devrait ĂȘtre maintenue, voire Ă©toffĂ©e selon la demande. © belga image

«Les parents voudront mettre leurs enfants en centre de vacances mais qui les encadrera?» GrĂ©gory Desbuquoit est responsable de la rĂ©gionale Brabant-Bruxelles de l’association Latitude Jeunes, qui organise des stages et des camps de vacances. Sa plus grande inquiĂ©tude suscitĂ©e par les nouveaux rythmes scolaires? Le dĂ©calage entre les congĂ©s des enfants et ceux des Ă©tudiants du supĂ©rieur: «Les Ă©tudiants reprĂ©sentent 85% du total de nos effectifs.» Avec une pĂ©riode critique, le nouveau congĂ© de printemps du 1er au 12 mai, quelques jours Ă  peine avant le dĂ©but des sessions d’examens dans le supĂ©rieur. «La solution Ă  court terme consisterait Ă  ne pas augmenter notre offre ou Ă  lĂ©gĂšrement la rĂ©duire pour avoir la certitude de pouvoir offrir un encadrement de qualité», anticipe GrĂ©gory Desbuquoit. Le responsable Ă©voque aussi la spĂ©cificitĂ© de Bruxelles, Ă  cheval entre deux CommunautĂ©s aux calendriers scolaires diffĂ©rents.

Le problĂšme des bĂ©nĂ©voles Ă©tudiants inquiĂšte Ă©galement Nicolas Lambiotte, coordinateur pĂ©dagogique de l’association Jeunesses scientifiques. «Pour les congĂ©s de printemps et la maniĂšre de constituer des Ă©quipes, nous n’avons pas encore de solution, admet-il. On envisage d’autres catĂ©gories que les Ă©tudiants, comme les enseignants ou les Ă©ducateurs. Une derniĂšre possibilitĂ© serait d’engager du personnel professionnel, mais il n’est pas sĂ»r que ce soit viable pour nous sur le plan budgĂ©taire.»

Nicolas Lambiotte aborde une consĂ©quence indirecte de la rĂ©forme scolaire: la rĂ©duction des vacances d’étĂ© risque d’entraĂźner une pression sur les rĂ©servations de gĂźtes et de lieux oĂč organiser des stages et des activitĂ©s. Une plus forte pression de la demande sur une pĂ©riode et une offre restreintes. «Ce qui nous oblige Ă  faire des choix pour les activitĂ©s d’étĂ© parce que le timing est plus serrĂ©. Des activitĂ©s qui ne pourraient pas ĂȘtre dĂ©placĂ©es Ă  un autre moment parce qu’on ne peut pas les organiser qu’en Ă©tĂ©.»

Quels effectifs à l’Adeps?

Un courrier a été adressé par la ministre aux établissements pour leur recommander de ne pas organiser des activités avec présence obligatoire ou décisives pour la poursuite de leur cursus

Qu’en est-il des stages sportifs de l’ Adeps, qui reposent aussi sur cette main-d’Ɠuvre bĂ©nĂ©vole? Le cabinet de la ministre ValĂ©rie Glatigny, en charge du Sport et de la Jeunesse, rĂ©pond: «Le recrutement des Ă©tudiants, pour les pĂ©riodes de vacances scolaires, se fait tout au long de l’annĂ©e avec des pics dans les derniĂšres semaines avant les pĂ©riodes concernĂ©es. Il est donc, Ă  ce stade, impossible d’estimer les effets (positifs ou nĂ©gatifs)» de la rĂ©forme. Le cabinet cite aussi certaines demandes d’assouplissements du programme du supĂ©rieur. «Un courrier a Ă©tĂ© adressĂ© par la ministre aux Ă©tablissements pour leur recommander de ne pas organiser, durant la semaine du 20 fĂ©vrier, des activitĂ©s avec prĂ©sence obligatoire ou dĂ©cisives pour la poursuite de leur cursus, ceci afin de permettre aux Ă©tudiants de combiner Ă©tudes et, par exemple, participation Ă  des activitĂ©s sportives ou dans les mouvements de jeunesse.»

L’ Adeps travaille Ă  maintenir son offre actuelle de stages et Ă  l’adapter Ă  l’évolution de la demande potentiellement croissante. Aussi, «un groupe de travail a Ă©tĂ© crĂ©Ă© au sein de l’Ares (NDLR: les acteurs de l’enseignement supĂ©rieur), Ă  la demande de la ministre, afin de rĂ©flĂ©chir Ă  d’éventuelles modifications Ă  apporter au calendrier acadĂ©mique, pour amĂ©liorer la qualitĂ© des apprentissages des Ă©tudiants». Vers une harmonisation des diffĂ©rents calendriers?

Pas de changements aux musées

S’occuper lorsque l’école est fermĂ©e est aussi possible dans les lieux culturels, les musĂ©es et centres d’art offrant aux enfants et aux familles des stages ou des workshops. Certains envisagent l’opportunitĂ© de s’ouvrir Ă  plus de visiteurs, d’autres la possibilitĂ© de multiplier les activitĂ©s. Pour les MusĂ©es royaux des beaux-Arts, Ă  Bruxelles, la rĂ©forme n’engendra pas de vĂ©ritables bouleversements. L’institution propose toujours deux pĂ©riodes de stage en fonction de la langue. Pas de grand changement, juste une rĂ©organisation du calendrier en fonction des diffĂ©rents rythmes communautaires.

Du cĂŽtĂ© de La LouviĂšre, Keramis, le Centre de la cĂ©ramique de la FWB, pas de problĂšmes linguistiques. Le musĂ©e propose une sĂ©rie de stages et ateliers pour les enfants, les familles et un public adulte. La rĂ©forme, y considĂšre-t-on, «pose question parce qu’elle ouvre une annĂ©e test mais elle nous permet d’augmenter notre offre d’animations et de nous ouvrir Ă  un plus large public».

Recherche lieu de camp désespérément

Pour accueillir un camp, les exigences sont assez basiques, encore plus pour les prairies que les bùtiments. © getty images

Pour les mouvements de jeunesse, la modification du calendrier scolaire n’était pas une surprise, ils avaient mĂȘme Ă©tĂ© consultĂ©s. Mais parmi les diffĂ©rents scĂ©narios sur la table, celui qui a Ă©tĂ© finalement adoptĂ© ne fait pas vraiment leur affaire. «36,6% de nos camps sont organisĂ©s lors de la premiĂšre quinzaine de juillet et devront ĂȘtre postposĂ©s, cela touche 35 000 personnes», chiffre CamĂŻlle Termote, chargĂ©e des relations extĂ©rieures pour les Guides. Les Guides, les Scouts, les Scouts pluralistes, le Patro et les Faucons rouges – les cinq mouvements de jeunesse en Belgique francophone, oĂč sont affiliĂ©s environ 100 000 jeunes de 5 Ă  18 ans – ont d’ailleurs publiĂ© ensemble, en janvier dernier, un plaidoyer afin de sensibiliser le monde politique et le grand public Ă  leurs difficultĂ©s.

Le plus gros challenge pour l’étĂ© Ă  venir: dĂ©nicher de nouveaux endroits de camp, alors qu’il y a dĂ©jĂ  pĂ©nurie, pour que tous les animĂ©s puissent trouver leur bonheur dans un laps de temps resserrĂ©. PremiĂšre piste pour relever le dĂ©fi: utiliser les locaux des mouvements de jeunesse eux-mĂȘmes. «La ministre ValĂ©rie Glatigny (NDLR: en charge de la Jeunesse, MR) a dĂ©bloquĂ© un subside spĂ©cial pour que les groupes qui sont locataires ou propriĂ©taires du bĂątiment dans lequel ils organisent leurs animations pendant l’annĂ©e puissent le mettre aux normes et accueillir des camps», signale CamĂŻlle Termote. Budget: 1,2 million d’euros, avec des enveloppes de maximum 20 000 euros. Soit un potentiel d’une soixantaine de nouveaux lieux. Un coup de pouce apprĂ©ciable, mais insuffisant puisque les mouvements de jeunesse estiment qu’il faudrait entre quatre cents et six cents endroits supplĂ©mentaires pour leurs membres, en constante augmentation.

Large spectre

Autre levier Ă  activer: la dĂ©centralisation. Alors que plus de 70% des camps se concentrent dans les provinces de Luxembourg, de Namur et de LiĂšge, l’idĂ©e est d’investir davantage le Hainaut et le Brabant wallon. «En ce qui concerne le type de bĂątiments, le spectre est trĂšs large, ça peut ĂȘtre une Ă©cole, la salle d’un club sportif, une salle communale ou mĂȘme une maison individuelle dotĂ©e de grandes piĂšces», relĂšve Lionel Bulpa, de l’asbl Atouts Camps, qui a rĂ©cemment Ă©tĂ© boostĂ©e financiĂšrement par la ministre Glatigny et dont une des missions est de dĂ©livrer des labels aux endroits de camp, bĂątiments et prairies.

Si l’opĂ©ration prospection ne donne pas assez de rĂ©sultats, il faudra rĂ©duire la durĂ©e des camps pour tous les caser.

Les exigences sont assez basiques pour accueillir un camp: les locaux doivent disposer au minimum d’une attestation de sĂ©curitĂ©-incendie, d’eau potable, de toilettes et d’une cuisine, et pour les prairies, c’est encore plus simple. A la clĂ©: autour de 1 500 euros pour la location d’un bĂątiment et de 750 euros pour une prairie. «Si les propriĂ©taires ont des doutes, nous sommes lĂ  pour les accompagner, les conseiller et rĂ©pondre aux questions», lance Lionel Bulpa dans un appel qui ressemble Ă  une bouteille Ă  la mer. Si l’opĂ©ration prospection ne donne pas assez de rĂ©sultats, il faudra passer au plan B: rĂ©duire la durĂ©e des camps pour tous les caser. AnimĂ©s et animateurs grincent dĂ©jĂ  des dents.

Trains, trams et bus s’adaptent

Un autre secteur devra s’adapter Ă  cette nouvelle temporalitĂ© d’apprentissage scolaire et Ă  ses variations dans le pays : le transport public. « La rĂ©forme des rythmes scolaires aura des consĂ©quences dans le domaine ferroviaire dĂšs lors que certains de nos trains traversent plusieurs RĂ©gions et CommunautĂ©s, spĂ©cifie Marianne Hiernaux, porte-parole de la SNCB. D’une part sur le Plan de transport, de l’autre sur l’organisation des travaux Ă  l’infrastructure et les produits proposĂ©s en pĂ©riodes de vacances scolaires.»

L’adaptation passera par l’élargissement de l’offre du pass Youth Holidays Ă  chaque vacances, sans distinction entre les Ă©lĂšves du sud et du nord du pays. «Pour 2022, le pass est disponible jusqu’au 31 aoĂ»t inclus, et le sera durant les deux semaines des congĂ©s d’automne et celles des congĂ©s d’hiver. Ce ticket est proposĂ© au prix de 18 euros pour une semaine ou 29 euros pour un mois et permet aux moins de 26 ans de voyager de façon illimitĂ©e partout en Belgique.» Sinon, pas de modifications d’horaires avant, peut-ĂȘtre, les congĂ©s de fĂ©vrier et mai.

L’organisation des travaux suivra, quant Ă  elle, un calendrier fixĂ© un an et demi Ă  l’avance par le gestionnaire de rĂ©seau Infrabel, donc avant que la rĂ©forme scolaire ait Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e. «Mais certaines modifications ont Ă©tĂ© discutĂ©es. Dans la mesure du possible, des travaux seront planifiĂ©s en fonction des nouveaux calendriers scolaires», prĂ©cise la porte-parole. La SNCB ajoute que les Ă©tudiants du supĂ©rieur reprĂ©sentent un plus grand pourcentage d’usagers que les Ă©lĂšves du secondaire et du fondamental. Les prochains mois permettront d’analyser le comportement des usagers et d’envisager une adaptation de l’offre de transport ferroviaire pour l’annĂ©e 2023.

Stib et TEC s’adaptent

CĂŽtĂ© Stib, mĂ©tros, trams et bus bruxellois s’adapteront au calendrier scolaire francophone dĂšs la rentrĂ©e, avec des horaires allĂ©gĂ©s durant les congĂ©s de novembre, dĂ©cembre, fĂ©vrier et mai, oĂč les lignes desservant d’importantes Ă©coles flamandes Ă  Bruxelles seront renforcĂ©es. Enfin, au TEC, la frĂ©quence des bus est augmentĂ©e Ă  partir du 29 aoĂ»t, avec ralentissement des cadences durant les congĂ©s scolaires. Le tout en concertation avec la SNCB sur les lignes de correspondance.