Elon Musk, l'exaspérant parfum d'influence


Image: shutterstock / montage watsonHumeurIl fait rouler la Tesla, pousser le bitcoin, chauffer le tweet, manger le pauvre, voler la fusée et rêver le quidam. Mais Elon Musk, c’est d’abord le chef de file d’une nouvelle puissance économique mondiale qui se planque derrière les codes abrutissants et narcissiques de notre ère pour jouer au gars cool. Il est où Bernard Arnault?08.11.2021, 18:5108.11.2021, 19:35Il investit et engrange comme un bourrin, mais tweete comme un adolescent en pleine décompensation narcissique. Mr. Tesla s’ennuie tellement depuis qu’il jongle avec les milliards qu’il passe ses journées à papoter avec l’ONU sur les réseaux, pour prouver au monde qu’il est en mesure de sauver tous les affamés du globe. Dernière hystérie médiatique? Un appel à ses fans pour savoir s’il devait vendre (ou non) une partie de ses actions Tesla. Elon Musk (50 ans, mais 17 ressentis) est le parrain d’un nouveau gang d’humains plein aux as qui n’accepte plus de se cacher pour s’enrichir. Bye-bye, la vieillissante (mais encore solide) caste à la Bernard Arnault, depuis toujours recroquevillée derrière un bouton de manchette pour mieux se mesurer la tige.Souvenez-vous, à l’époque, pour se convaincre qu’on rotait notre solde bancaire en compagnie des 1%, il fallait discrètement croquer dans un ortolan sous la serviette épaisse d’un étoilé. (Pour ceux qui ne connaissent pas l’oiseau des bourgeois, voici un tuto de Maïté.) Aujourd’hui, on se contente de faire éjaculer bruyamment des fusées sous les mirettes envieuses de Chantal et Kevin. Un agaçant gang-bang bling-bling déballé en plein jour et cette fois par une élite sexy et connectée, qui n’a plus grand-chose d’inatteignable.

Dark Vador, pas DSK

Tout était plus simple quand on pouvait baver de loin sur la fortune qu’on n’aura jamais. Et il a toujours été plus naturel de critiquer des types qui pètent dans la soie plutôt que dans l’espace. C’est cool, l’espace. C’est Dark Vador, pas DSK.Le quidam a désormais l’opportunité de s’identifier au succès sans filtre, sans chichi, mais bourré de hashtags d’Elon Musk. Plutôt que de lustrer le CAC40 sous des moulures muettes comme des tombes, l’homme le plus riche du monde postillonne des conseils en développement personnel, vautré crânement dans un survet’ du dimanche. 💪🏻🙌🏻🥰«Il est comme nous Elon! Il a des soucis et s’exprime de manière naturelle. Je crois même qu’il est Asperger, comme quoi tout est possible»Et, forcément, quand on n’a plus besoin d’un chausse-pied pour s’enfoncer dans une Stan Smith, l’aristocratie commence à ressembler au compte LinkedIn d’un coach de vie (#prenezsoindevous). Nous? Bah, on se réveille encore tous les matins dans The Office plutôt que dans Succession.Le riche Sud-Africain est un influenceur de son époque et dans sa plus stricte (et plutôt désespérante) définition. Un cocktail:

  • D’obsession pour sa propre personne
  • De faille émotionnelle fièrement affichée
  • De propension toute moderne à penser qu’on a besoin de ses conseils en carton pour driver notre life

En vrac? Pour Musk, l’école est inutile, l’échec est précieux et la réussite un état d’esprit. Merci, bro: avalons des burgers, croyons en nos chances, faisons péter les stories Instagram et la banque! Vous voulez d’autres conseils d’Elon Musk? Allez, gratis, namasté 🙏🏻«La vie est trop courte pour une rancune à long terme»«Si vous vous levez le matin en pensant que l’avenir sera meilleur, c’est une journée ensoleillée. Sinon, ce n’est pas le cas»«Il est possible que les gens ordinaires choisissent d’être extraordinaires»Il ne faudrait pas pour autant abandonner la réalité: Elon Musk ne tient pas une app participative de yoga inclusif. C’est le patron du monde. Le cerbère de la thune. Un fin requin. Un génie de la finance. Un boss qui veut faire du profit et qui doit branler son ego. Aucun jugement de valeur ici, juste un extrait du cahier des charges. Musk n’est pas qu’influent, il est puissant. Et donc potentiellement à prendre très au sérieux. Mais l’époque (nous les médias, les réseaux, lui-même) s’entête à vouloir le peindre en version deluxe de JP Fanguin.

Voiture autonome, quidam dépendant

C’est déjà passablement fatiguant d’évoluer dans un quotidien pollué par le crowdfunding industrialisé, le chômage déguisé en entrepreneuriat et le macchiato au lait d’amande. Mais voilà qu’en deux coups de volant de voiture autonome, l’humanité se retrouve dépendante. D’une nouvelle idée de la réussite facilitée et d’un messie qui distille de la sensiblerie bankable à la cadence d’une cash machine de Vegas.Pour ne pas risquer d’intoxiquer nos jours ouvrables avec des rêves d’adulescents condescendants, il serait temps de pouvoir recommencer à cracher sur des riches certes peu enviables, mais qu’on n’oublie pas de craindre. Et de saisir de nouveau parfaitement la nuance entre le business plan d’un impitoyable industriel et le dernier bouquin d’Alexandre Jollien. Parce qu’au fond, le Musk ne sent pas meilleur que la naphtaline, et c’est tout aussi cher.Les mouvements de grève des livreurs semblent avoir porté leurs fruits. L’entreprise a annoncé un salaire de base de 23 francs de l’heure ainsi qu’une hausse des remboursements de frais de véhicules. Mais pour les syndicats, il reste encore du travail. Mise sous pression par les syndicats, l’entreprise de livraison de repas à domicile Smood a annoncé plusieurs améliorations des conditions de travail. Unia et Syndicom saluent «un pas en avant», mais ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin.


S’abonner
Notifier de
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments