pourquoi Emmanuel Macron met une nouvelle fois en garde la Russie


« Tout à fait ». Au magazine The Economist, qui lui demande s’il maintient ses propos sur un éventuel envoi de troupes françaises en Ukraine, Emmanuel Macron répond par trois mots fermes et clairs. Non seulement la possibilité est toujours sur la table, mais les conditions de sa mise en œuvre sont définies de manière beaucoup plus précise qu’elles ne l’avaient été jusqu’ici.Énoncée pour la première fois le 26 février depuis l’Élysée, à l’occasion d’une conférence de soutien à l’Ukraine qui avait rassemblé 21 chefs d’État et de gouvernement, cette hypothèse avait provoqué une véritable onde de choc. Ce jour-là, le président français est pressé de réagir aux propos du Premier ministre slovaque (et ami de Moscou) Robert Fico, jetant un pavé dans la mare avant le début de la conférence en déclarant que « plusieurs États membres de l’Otan et de l’UE envisagent d’envoyer leurs soldats sur le territoire de l’Ukraine sur une base bilatérale ». »Il n’y pas de consensus aujourd’hui pour envoyer de manière officielle, assumer et endosser des troupes au sol », répond Emmanuel Macron. « Mais, en dynamique, rien ne doit être exclu ».>> Inscrivez vous à notre newsletter internationale gratuitement et recevez chaque semaine la lettre de Thierry Arnaud sur l’actualité internationale.

Le président persiste et signe

La formule est prudente, calibrée, au nom d’un principe « d’ambiguïté stratégique » que le chef de l’État ne cessera de revendiquer depuis. Mais elle suffit à provoquer une avalanche de condamnations, de Washington à Berlin en passant par Londres ou Madrid: pas question d’envoyer un seul soldat sur le sol ukrainien, réplique-t-on en chœur. Le risque de provoquer une guerre ouverte entre la Russie et l’Occident est beaucoup trop grand.Un tel conflit serait dès lors « inéluctable », s’empresse d’ailleurs de faire savoir le Kremlin. Très vite, le gouvernement français, et singulièrement le ministre des Armées Sébastien Lecornu, s’appliquent à circonscrire la portée de la déclaration présidentielle: des conseillers militaires, une assistance technique peut-être, mais en aucun cas des troupes combattantes.Pourtant, le président persiste et signe. Il va même plus loin dans son entretien à The Economist, en fixant clairement les conditions auxquelles l’intervention des troupes françaises pourrait être envisagée: »Si les Russes devaient aller percer les lignes de front, s’il y avait une demande ukrainienne – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – on devrait légitimement se poser la question », explique-t-il.À la lumière des avancées russes et des difficultés ukrainiennes des dernières semaines, un tel scénario n’a rien d’inenvisageable.

pourquoi Emmanuel Macron met une nouvelle fois en garde la Russie

« La Russie ne peut pas gagner »

Alors pourquoi prendre le risque de le mettre sur la table? Pour trois raisons, répond en substance Emmanuel Macron. La première repose sur une logique simple: poser une limite face à Vladimir Poutine, qui n’en a pas, pas même l’usage de l’arme nucléaire, c’est lui donner un avantage potentiellement décisif, avouer qu’au-delà d’un certain seuil, on ne sera plus prêt à défendre l’Ukraine. Pourquoi lui montrer toutes ses cartes, alors que lui persiste à cacher son jeu?La deuxième raison est plus fondamentale: »La Russie ne peut pas gagner en Ukraine », déclare Emmanuel Macron au magazine britannique. « Si la Russie gagne en Ukraine, nous n’aurons plus de sécurité en Europe ».Si l’envoi de troupes est le prix à payer pour empêcher cette victoire, il faut donc l’envisager.La troisième raison sera sans doute la plus controversée: le président français est convaincu que brandir cette menace est efficace. « Je note que l’agressivité de la réponse russe à mes propos a montré que ceci produisait l’effet recherché », dit-il. La Russie aurait compris que la France et ses alliés ne reculeraient pas devant des sacrifices pour l’empêcher de gagner.Présomptueux et irresponsable pour les uns, courageux et déterminé pour les autres, le président français demeure convaincu que son approche est la seule possible.Article original publié sur BFMTV.com