En 1956, le mariage d'Arthur Miller et Marilyn Monroe


Il y a 65 ans, Marilyn Monroe et Arthur Miller annonçaient leur mariage devant les reporters de notre magazine. Avec Rétro Match. « The beauty and the brain ». Le 22 juin 1956, la presse mondiale est réunie dans la très chic avenue de Sutton Place South à New York, pour une annonce spectaculaire : le mariage de Marilyn Monroe et Arthur Miller. La pin-up blonde, la vedette hollywoodienne, va épouser l’intellectuel de gauche, l’auteur des plus importantes pièces du théâtre américain contemporain, « Mort d’un commis voyageur » et « Les sorcières de Salem ».Ces deux-là s’étaient rencontrés cinq auparavant, sur un plateau de la Fox, à Los Angeles. Miller dira plus tard qu’il avait vite regagné New York, se sentant déjà tomber sous le charme de Marilyn… Ce couple que tout oppose se retrouvera finalement en 1955. L’actrice est alors en plein divorce de Joe DiMaggio. Arthur Miller va quitter sa première épouse en s’installant à Reno, dans le Nevada, où les lois facilitent le divorce. Une expérience qui lui inspirera en 1961 le scénario de « The Misfits », « Les Désaxés », le dernier film de Marilyn, et le chant du cygne de leur relation…Le couple s’est marié dans le Connecticut, le 29 juin 1956, une semaine après l’annonce. Suivant le couple en voiture, la correspondante de Paris Match à New York, Mara Sherbatoff, trouvera la mort dans un accident de voiture. Un drame que Marilyn Monroe et Arthur Miller ont toujours considéré comme un mauvais présage pour leur mariage. tel que publié dans Paris Match en 1956.Découvrez Rétro Match, l’actualité à travers les archives de Match.Paris Match n°378, 7 juillet 1956

Marilyn se marie

par Guillaume Hanoteau (de nos bureaux de New York :: intellectuel de gauche, lunettes, 1 m. 85, 75 kilos. Le roman de Marilyn, couverture du Paris Match n°378, daté du 7 juillet 1956. et qui menaçait de bloquer la circulation. » – Paris Match n°378,/ Paris Match « Allons, Marilyn, vous êtes assez maquillée comme cela ».Cinquante enfants scandaient cette phrase, le visage levé vers le troisième étage d’un immeuble., des opérateurs de cinéma et de télévision juchés au faîte de leurs camions les encourageaient du geste et du talon.Aux extrémités de Sutton Place, une des places les plus élégantes de New York, près de l’East River, des policemen détournaient la circulation et à ceux qui les interrogeaient, ils laissaient tomber du coin de leurs lèvres ce nom.Il n’en fallait pas plus. Des automobilistes démarraient à la recherche de voies moins encombrées avec un sourire qui semblait dire.Ce qu’elle avait inventé ? La chose la plus naturelle du monde : l’annonce de ses fiançailles avec l’écrivain de théâtre Arthur Miller, l’auteur des Sorcières de Salem, le vendredi 22 juin, à 4 h 30 de l’après-midi, dans l’appartement qu’elle occupe en l’absence de ses amis, les Milton Greene.Et cela avait suffi pour organiser un embouteillage, pour fomenter une émeute, pour mettre en état de siège tout un quartier. mais encore des enfants, des badauds, des voisins, des fanatiques, des chasseurs d’autographes, des marchands d’ice créant flairant les bonnes affaires, s’étaient joints à eux.A cette foule on avait dû refuser l’entrée de l’immeuble et maintenant elle campait joyeusement sur la chaussée, sous les fenêtres de la vedette. Moins la mer et les montagnes russes, on aurait pu se croire à Long Island un samedi après-midi.A 5 heures, Marilyn n’avait pas encore parlé. Personne ne s’en étonnait. Ses retards sont légendaires et à quelqu’un qui les lui reprochait n’a-t-elle pas répondu :- L’habitude est prise. Si j’arrivais à l’heure, c’est moi qui attendrais.A 6 heures, cependant, la police commença à s’inquiéter. Son quartier général était assiégé par des coups de téléphone de locataires se plaignant du tumulte. On décida d’agir. On envoya une délégation. Aucun signal ne fut donné et d’un seul coup la foule se tut et tout le monde se leva.Ils étaient là. En se hissant sur la pointe des pieds, on pouvait les apercevoir. Elle semblait plus petite qu’à l’écran et beaucoup moins sophistiquée. Point de décolleté ou de robe fendue, mais un chemisier crème très simple et une jupe noire. Ses cheveux célèbres étaient ramenés en arrière. Hormis ses paupières et ses cils, elle était à peine maquillée.Quant à lui, il n’avait pas cette lippe cynique que l’on prête volontiers aux intellectuels de gauche. Il paraissait intimidé et embarrassé de sa maigreur et des 1 m 85 de sa taille. Il se dandinait, tournait ses doigts comme s’il roulait une cigarette et se penchait vers sa fiancée pour l’appeler au secours.Elle, beaucoup plus à son aise, se blottissait contre lui et levait très haut son visage en lui parlant afin de bien faire remarquer qu’elle était toute petite auprès de lui. « Le 22 juin au matin, Marilyn avait fait prévenir toutes les salles de rédaction qu’elle annoncerait ses fiançailles dans l’après-midi. Presse, radio, télévision étaient à 4 h. 1/2 devant son immeuble, mais les autres locataires, furieux, les empêchèrent de monter. A 6 heures, Marilyn, qui met toujours très longtemps à se préparer, n’était pas encore là. La police dut lui envoyer un émissaire car on ne pouvait plus circuler dans la rue. Elle apparut alors devant sa porte au bras d’Arthur Miller. » – Paris Match n°378,/ Paris Match « A tour de rôle, ils parlèrent au micro et conclurent leur conférence de presse par un baiser. » – Paris Match n°378,/ Paris Match

Marilyn sait plaire aux hommes sans pour autant s’aliéner les femmes

Il n’y avait plus à s’y tromper, ce canular. Cette « star », cette « glamour », cette « pin-up des pin-up » et cet intellectuel, plus intellectuel que tous les intellectuels du Vieux Continent, parce qu’Américain, s’aimaient.Dans l’histoire du cinéma – certains moralistes diront avec quelque excès dans l’histoire de l’humanité – Marilyn Monroe laissera un nom parce qu’elle est de la race des inventeurs.Qu’a-t-elle inventé ? Un genre ? Mieux qu’un genre. Marilyn Monroe a inventé Marilyn Monroe.Marilyn, en effet, n’a pas d’hérédité cinématographique. Clara Bow et Joan Harlow avaient une beauté acide qui dissimulait quelques arrière-plans plus secrets. Marilyn Monroe, elle, est tout d’une pièce, une pièce articulée afin de mieux onduler, mais tout d’une pièce tout de même. Elle s’offre sur l’écran, sans mystère, pour le seul plaisir de nos yeux.Une vamp? Moins encore. Marilyn est avant tout une bonne fille. Les péchés auxquels on pourrait songer en la contemplant seraient des péchés sans travaux d’approche et sans lendemain, donc à peine des péchés.Mais là n’est pas sa victoire. Sa force est d’être parvenue à plaire aux hommes sans s’aliéner les autres femmes.Elles ne sont pas jalouses d’elle. Un mari habitant Levallois-Perret a peu de chances de tomber entre les bras d’une Ava Gardner ou d’une Rita Hayworth, mais il peut toujours rencontrer une femme ressemblant vaguement à Ava ou à Rita. Avec Marilyn, point de danger semblable. dans le fabriqué et dans le sophistiqué que toute imitation est impossible.Un écrivain américain n’a-t-il pas dit : « Je plains les blondes platinées. Un sourcil mal dessiné, un cil mal fardé, et on trouve tout de suite une certaine parenté avec le veau froid. »Marilyn ne ressemblera jamais au veau froid mais ses imitatrices doivent prendre garde.Pour définir Marilyn Monroe, il faudrait peut-être puiser dans la vieille terminologie du théâtre. Elle est une « oseille », comme Cassive et plus près de nous Arletty ont été des « oseilles », c’est-à-dire des femmes pouvant se permettre les gestes les plus osés sans jamais choquer par le jeu de quelques grâces à elles seules accordées.Marilyn a-t-elle été dès son enfance cette « oseille » aimée des foules? Ce n’est pas l’avis de son premier mari, un ancien matelot devenu policeman, Tom Dougherty, qu’elle avait épousé à dix-huit ans. Lorsqu’on l’interrogea sur les succès de son ancienne épouse, il s’écria :- Je me demande ce qu’on lui trouve? Moi, elle m’assommait, elle pleurait tout le temps, j’ai préféré m’engager dans la marine.Tom Dougherty, il est vrai, n’avait épousé qu’une pauvre fille nommée Marilyn Mortensen, dont la mère était en fermée dans un asile de folles et qui, depuis l’âge de six ans, avait été placée. Ses cheveux étaient châtains et crépus. Elle avait l’air de toujours s’ennuyer. Ses yeux étaient d’un joli bleu et son corps n’était pas mal fait.Lorsque Dougherty l’eut abandonnée, elle dut gagner sa vie toute seule. Elle se fit embaucher dans une usine fabriquant des avions et des parachutes. Ce devait être la chance de son existence.Marilyn était en train de vaporiser un liquide à l’huile de banane sur un fuselage lorsqu’elle entendit siffler derrière elle. Elle se retourna. Il lui dit :- Viens dans la cour, nous allons prendre ton portrait. « Les amoureux sont seuls au monde. » – Paris Match n°378,/ Paris Match Marilyn Monroe et Arthur Miller annonçant leur mariage, le 22 juin 1956 à New York./ Paris Match

Métamorphose : elle lit Dostoïevski

Marylin le suivit, mais son blue jean å bretelles ne plut pas et elle dut emprunter un pull-over, ce pull-over que plus tard, elle allait rendre célèbre dans le monde entier. puis une figurante de cinéma, enfin une vedette, la vedette de Niagara, des Hommes préfèrent les blondes, de Rivière sans retour, enfin, de ces Sept Ans de réflexion qu’on vient de voir en France et qui a été un des plus grands succès du cinéma américain.Elle avait, il est vrai, moins bien réussi dans sa vie privée. Elle avait épousé, en secondes noces, un champion de base-ball, Joe Di Maggio. Les jours où ni l’un ni l’autre ne jouaient, lui sur les stades, elle sur les sets, ils passaient leurs journées à regarder la télévision, assis sur le tapis, sans rien se dire, la main dans la main.Plus tard, elle dira de cette union : « Au temps du cinéma muet, nous aurions fait un excellent couple. »Car, hors la présence de son champion de mari, Marilyn retrouvait son bagout, un bagout très spontané, proche encore des rues où elle avait passé son enfance.Cette verve populaire devait faire éclater de rire l’Amérique tout entière et lui permettre de gagner la partie dans cette lutte qu’aux Etats-Unis toute personnalité doit livrer aux questions saugrenues des reporters. elle répondit :- Sur terre il n’y a qu’une sorte de blonde naturelle : les albinos.Son esprit devait aussi sauver sa carrière un instant compromise. très dévêtue, sur un canapé de velours rouge. Devant ses censeurs, elle s’écria en écarquillant de grands yeux bleus remplis d’innocence :- Comment ? Vous n’aimez pas le rouge ?Et puis, un beau matin. Elle refusa de tourner un scénario intitulé : Le Collant noir, et tiré d’un show que Zizi Jeanmaire a créé à Broadway.Toujours à l’affût des bons mots de la vedette. En haussant les épaules, elle répondit :- Si je cède, je devrais aussi tourner le « collant jaune », le « collant vert », le « collant rouge », enfin le « collant de toutes les couleurs », jusqu’au jour où je ne serais plus bonne à rien.On crut à un caprice. On dut déchanter lorsqu’on apprit que Marilyn avait abandonné Hollywood et ses contrats pour venir vivre à New York et s’y préparer à jouer de vrais rôles de comédienne.Mais une nouvelle métamorphose devait plus surprendre encore les amis de Marilyn. Un jour. en train de lire Les Frères Karamazov, de Dostoïevski.Le lendemain, étonnement plus grand encore. L’héroïne de Sept Ans de réflexion enfourchait une bicyclette et partait se promener à travers les rues de Brooklyn. On lui demanda pourquoi elle avait choisi ce quartier. En éclatant de rire, elle s’écria :- Parce que les avenues y sont plus larges.En vérité, elle allait rejoindre dans un thé discret un auteur dramatique qu’elle avait connu quelques semaines auparavant, Arthur Miller.Elle l’avait rencontré chez des amis. Ce grand garçon maigre – malgré ses 1 m 85. Sans façon, il alla s’asseoir auprès d’elle, replia sous son fauteuil ses interminables jambes et lui demanda à brûle-pourpoint :- Que pensez-vous de Tolstoï ?Marilyn n’avait jamais lu Tolstoï, elle dut pour la première fois de sa vie bafouiller une réponse. Néanmoins, elle ne tint pas rigueur à Miller de cette brutale entrée en matière, et comme, après le départ de l’écrivain on l’interrogeait sur ses impressions, elle murmura :– Il ressemble au président Lincoln en plus intellectuel.Elle avait été séduite par l’intelligence de cet homme, et aujourd’hui encore, c’est l’admiration qui est le ressort le plus puissant de l’amour que ressent Marilyn Monroe pour Arthur Miller.Après l’annonce de leurs fiançailles dans la 53e Rue, Marilyn et Arthur sont partis se réfugier dans la propriété que Miller a achetée dans le Connecticut avec l’argent que lui ont rapporté ses pièces et son unique roman, Focus, 200 000 dollars environ, soit près de 70 millions de francs.Roxbury, c’est le nom de la propriété, est une maison de deux étages et de huit pièces, aux murs blancs et aux volets noirs construite au carrefour de deux routes, sur le sommet d’une petite colline. « C’est à Roxbury (Connecticut) qu’ils se sont réfugiés après la conférence de presse. Il y a, dans le jardin, une maison sur un arbre et une piscine que Miller a bâties lui-même. » – Paris Match n°378,/ Paris Match « C’est à Roxbury (Connecticut) qu’ils se sont réfugiés après la conférence de presse. Il y a, dans le jardin, une maison sur un arbre et une piscine que Miller a bâties lui-même. » – Paris Match n°378,/ Paris Match
A peine descendus de la Thunderbird, la voiture de Miller, les deux fiancés coururent revêtir leur uniforme de campagne. Lui, un vieux pantalon kaki, un blouson beige et de très antiques souliers larges et confortables. Elle, une jupe droite et un corsage décolleté.Puis, Miller prit sa tondeuse et se mit à couper l’herbe de ses pelouses. Parfois il s’arrêtait et murmurait appuyé sur le manche de son instrument des phrases de cette sorte : « De Hamlet à Médée, d’Oreste à Macbeth, les héros de la littérature n’ont jamais eu qu’un seul souci, gagner une juste place dans la société ! »Au milieu du pré, Marilyn écoutait bouche bée.A Roxbury, la vie est frugale. Aucun domestique pour vous servir. C’est la mère d’Arthur Miller qui fait la cuisine. On déjeune et on dîne dans le hall d’entrée près d’une vaste cheminée en pierres apparentes.Mais on prend le café dans une maisonnette que Marilyn affectionne. Miller de ses propres mains l’a construite au sommet d’un vieux hêtre.Car cet homme de plume sait aussi se servir de ses mains. Fils d’une famille de commerçants ruinés, il a fait un peu tous les métiers. On le vit sur des courts apprendre le tennis à des enfants riches. Il fut acteur, plombier et même plongeur dans un restaurant. Lorsque Miller lui avoua cette dernière profession, Marilyn lui dit :- C’est drôle, tous les écrivains américains ont été plongeurs. Heureusement, les Etats-Unis est la patrie des machines à laver.Tous ceux qui côtoient Arthur Miller ont été frappés par la joie qui depuis sa rencontre avec Marilyn le transfigure. Même le grand succès de sa carrière, sa pièce : La Mort d’un commis voyageur, qui fut jouée durant vingt et un mois à Broadway et qui fut couronnée par le Prix Pullitzer, une sorte de Prix Goncourt américain, ne lui procura pas un tel bonheur.A coup sûr, Arthur Miller est flatté d’avoir été remarqué par une des femmes les plus adulées du monde entier. Cette gloire, d’ailleurs, il va désormais en profiterDésirant obtenir un passeport pour l’Angleterre afin de suivre Marilyn qui doit tourner dans ce pays, Miller, que ses ennemis accusent d’être un crypto-communiste, dut comparaître devant la célèbre commission d’enquête. Comme on l’interrogeait sur ses activités passées, il répondit :- Sur moi, je veux bien tout vous dire, mais ne comptez pas sur Arthur Miller pour dénoncer un ami ou même un indifférent.En d’autre temps, le passeport de l’écrivain aurait été refusé sur-le-champ. Mais peut-on aujourd’hui priver un couple si célèbre de son voyage de noces ? Les graves sénateurs eux-mêmes hésitèrent et ils accordèrent un délai de dix jours à l’auteur des Sorcières de Salem.Et cependant, un incident a déjà failli mettre un terme à cette idylle. Un matin, en ouvrant son journal. C’était l’image qui annonçait le dernier tour de manivelle du film Bus Stop.Comme autrefois le champion Di Maggio, l’écrivain entra dans une grande fureur. Mais alors que Marilyn n’avait pas cédé à Di Maggio, cette fois elle plia à la volonté de son nouveau fiancé.Elle fit déchirer les négatifs de l’image licencieuse.Cruauté de la vie. En se découvrant une cervelle, Marilyn Monroe va peut-être nous priver de la vue charmante de son corps. Marilyn Monroe et Arthur Miller le jour de leur mariage, le 29 juin 1956, à Roxbury dans le Connecticut.