Entretien. Euro, JO, Deschamps, finances, élections… « Nous avons les moyens de nos ambitions » dit le président de la FFF Philippe Diallo


De quoi êtes-vous le plus satisfait depuis votre prise de fonction ?La Fédération a, je crois, retrouvé une forme d’apaisement dans son fonctionnement après la crise de gouvernance aiguë que l’on a traversée. Je ne voulais pas être dans l’immobilisme. En 18 mois, on a mis en œuvre avec le Comité exécutif beaucoup de réformes : le plan de féminisation, le futsal, le plan d’engagement (sociétal), la direction de l’arbitrage, la mise en conformité des statuts avec la loi notamment sur la parité.

On a réglé la question des droits d’image de l’équipe de France A. On a signé un contrat record, je pense le plus important du monde, avec l’équipementier Nike qui donne une assise et une visibilité financière jusqu’en 2034. Il nous reste l’échéance de la renégociation pour le Stade de France, pour lesquels les candidats à la gestion remettront leur dossier à l’automne.

Entretien. Euro, JO, Deschamps, finances, élections… « Nous avons les moyens de nos ambitions » dit le président de la FFF Philippe Diallo

C’est positif, et cela a été accompagné de très bons résultats sportifs avec un titre de champion d’Europe des U17 féminines, une équipe de France de futsal qui participera pour la première fois à une phase finale de Coupe du monde, toutes les catégories garçons et femmes qualifiées pour les phases finales des compétitions à venir.Qu’avez-vous changé à vos yeux ?C’est un état d’esprit, beaucoup d’investissement humain. J’ai essayé d’apporter des orientations nouvelles, notamment dans l’engagement.

Il y avait déjà des choses de faites, mais on les a rationalisées avec des objectifs, des moyens financiers et humains pour mettre le football français plus en phase avec la société sur la parité, les violences sexuelles, la transition écologique, la laïcité.

« L’immense majorité des matchs se passent bien. Mais je ne mets pas la poussière sous le tapis »

Le football a malgré tout du mal à se défaire auprès du grand public de l’image de risque d’incidents violents, contestations arbitrales, comportements déplacés.

Comment lutter contre ça ?Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La violence vue samedi avant la finale de Coupe de France est inadmissible, mais il y a aussi des choses qui se sont bien passées : un match de haut niveau, aucun incident en tribunes ou dans la ville de Lille où des supporters ont été présents toute la journée. On organise un million de matchs par an et l’immense majorité se passent bien.

Mais je ne me mets pas la poussière sous le tapis. Il y a aussi des comportements inadmissibles chez les pros comme les amateurs, chez des parents qui oublient leur rôle éducatif. Il nous appartient d’essayer de mettre en œuvre tous les dispositifs pour lutter, pédagogiquement mais aussi au-delà.

Je suis attentif à un certain nombre de dispositifs testés dans certains districts, comme équiper les arbitres de mini-caméras pour identifier et sanctionner.Vous êtes parfois jaloux du rugby, qui a l’image inverse ?Non, je dis bravo pour cette culture, même si le développement du rugby les amène à être confrontés de plus en plus à des problèmes qui n’existaient pas précédemment. Après, il y a un effet de masse : le rugby compte 300 000 licenciés, nous 2,4 millions avec une sociologie peut-être différente.

On veut tendre sur l’esprit positif qu’on peut voir autour de leur match, avec nos propres caractéristiques.À partir de 2026-2027, le contrat avec Nike offrira plus de 50 millions supplémentaires par an à la FFF (plus de 100 millions d’euros par saison de 2026 à 2034 contre 50 millions par saison de 2018 à 2026, NDLR). Comment imaginez-vous leur attribution ?Je vais mettre en place assez rapidement un comité de réflexion.

Il faudra s’en servir pour poser les bases du développement du football français lors de la prochaine décennie. Ce contrat nous donne les moyens de notre ambition.Il y a un, vous expliquiez à « Sud Ouest » qu’une de vos priorités était de vous assurer que l’argent destiné au football amateur arrivait bien à destination.

Qu’avez-vous mis en place pour ?J’y suis vigilant. Aujourd’hui, et encore plus demain avec ce contrat Nike, aucun club français ne doit manquer de chasubles, de ballons, de mini-buts. Y compris les clubs ultra-marins : j’y ai constaté des insuffisances.

Il faut qu’entre FFF, Ligues régionales et Districts, on s’assoie autour d’une table pour bien revérifier le process. Idem pour le football féminin : la mise en place de la Ligue féminine, des licences clubs, des centres de formation supervisés par la DTN doit s’assurer que les flux qui y sont consacrés y arrivent.Alors que vous avez lancé un plan de féminisation, Orléans a décidé de supprimer son équipe de D2, les joueuses de Brest (D3) ont écrit un courrier pour se plaindre de leurs conditions, Bordeaux retombe en D2 après avoir changé sa politique et diminué le budget… Sentez-vous être entendu ?La Coupe du Monde 2019 a été un grand succès d’audience TV et dans les stades.

peut-être qu’on a cru être arrivé. On a donc repris le travail pour redonner cette impulsion au niveau de l’équipe de France, des championnats d’élite mais aussi des amateurs. Au niveau des Bleues, un palier a été franchi quand je regarde les affluences avec plus de 20 000 spectateurs payants lors des qualifications à la Ligue des Nations, plus de 30 000 pour la demi-finale contre l’Allemagne à Lyon.

Les Bleues sont 3e au classement FIFA, le nombre de licenciées a augmenté de 12 % cette saison pour un total de 250 000 licenciées (3e sport féminin en France derrière l’équitation et le tennis, NDLR). Les présidents qui prennent ces initiatives ont une vision court termiste car le football féminin est un levier de croissance. Aujourd’hui, j’ai d’ailleurs besoin des collectivités locales pour avoir des terrains et des vestiaires pour accueillir les féminines.

On a dû refuser des jeunes filles à cause de cela.Que faire pour les convaincre ?J’en parle systématiquement lors de mes déplacements aux élus locaux et, l’une des orientations que je vais prendre, est d’articuler la relation entre la FFF et les associations d’élus régionaux, départementaux, municipaux. Ce sont les principaux financeurs du sport en France et la demande existe.

« Avec Didier (Deschamps), on part à chaque fois d’exigences sportives et je le mets dans le cadre fédéral »

Quels objectifs fixez-vous pour l’Euro masculin et les Jeux Olympiques ?L’équipe masculine a disputé trois finales sur les quatre dernières grandes compétition, quatre des 7 dernières finales de Coupe du Monde. C’est exceptionnel. Il y a une forme d’âge d’or du football français.

Aujourd’hui, quelque soit les catégories d’âges, nos sélections font partie des favorites de leurs épreuves. Ca veut dire qu’il y a une ambition, qui se traduit par l’objectif de demi-finale à l’Euro et de podium pour les sélections olympiques. On a les effectifs, les sélectionneurs, les staffs pour.

Après, le terrain fera la différence.Le sélectionneur des femmes Hervé Renard a déjà annoncé sa volonté de partir après les JO. Ceux des A (Didier Deschamps) et des espoirs (Thierry Henry) seront-ils remis en cause si ces objectifs ne sont pas atteints ?Non.

Didier Deschamps est sous contrat jusqu’à la prochaine Coupe du Monde (juin 2026) et Thierry Henry jusqu’à l’Euro U21 (juin 2025). Il y a toujours une partie d’aléatoire : à l’Euro en 2021, on menait 3-1 contre la Suisse à 10 minutes de la fin (en 8e de finale, 3-3, 2-4 t.a.

b). Beaucoup auraient parié cher sur le fait qu’on allait passer et on a été sorti. C’était une forme d’échec mais, un an et demi après, on était en finale de Coupe du Monde.

Quand je regarde ceux qui réussissent en foot, il y a besoin de stabilité qui permet la construction. Votre prédécesseur avait l’habitude de séjourner avec l’équipe de France. Allez-vous le faire aussi ?Oui.

Je l’ai fait avec les féminines l’été dernier lors de la Coupe du Monde en Australie. Durant ces compétitions, il y a toujours plein de choses à régler, à ajuster ; il y a un travail de représentation auprès des élus allemands. C’est aussi un lieu où les présidents de l’UEFA se retrouvent et c’est souvent l’occasion d’échanger et de travailler, d’autant que je suis membre du Comité exécutif de l’UEFA.

Et à travers ma présence, je veux aussi rappeler à Didier (Deschamps), son staff et son équipe que derrière eux, il y a 12 500 clubs, 2,5 millions de licenciés, 400 000 bénévoles qui les soutiennent.Quelle est votre relation avec Didier Deschamps ?Il a une très forte expérience du haut niveau. Il sait qu’il faut être exigeant pour toucher le Graal et cette exigence est un bon signe car elle montre la volonté d’aller gagner.

Arrivez-vous à répondre à toutes ses exigences ?J’ai instauré avec lui et les autres sélectionneurs un dialogue sur ce dont ils ont besoin pour les équipes de France. Sur la localisation des matchs, les moyens de transport, les adversaires, on part à chaque fois d’exigences sportives et je les mets ensuite dans le cadre fédéral qui a ses propres contraintes. Il faut lui demander mais j’espère qu’il est satisfait.

La flammèche entre Didier Deschamps et le directeur technique national Hubert Fournier (sur le travail des tirs au but) est-elle éteinte ?Oui. J’en ai parlé avec les deux et cette histoire est close à mes yeux depuis longtemps.Que change pour la FFF la nouvelle convention de droits d’image de l’équipe de France ?J’ai dialogué avec les joueurs, à commencer par leurs porte-parole Kylian Mbappé et Antoine Griezmann, pour clarifier les choses.

Je leur ai dit qu’ils pouvaient avoir confiance en la FFF pour que leur image individuelle soit respectée et que lorsque la FFF utilise l’image de l’équipe de France, ce soit au profit du football amateur. Comme ils aiment l’équipe de France et la France, on a vite trouvé un accord. L’idée est qu’au fil de la saison, les joueurs puissent échanger avec notre directeur général et directeur marketing pour être au courant des différentes opérations.

Près de trois-quarts des revenus de la FFF sont commerciaux et ça a permis de sécuriser la relation avec nos partenaires.Il a été rapporté que le président de la République Emmanuel Macron a échangé avec le président du Real Madrid sur la libération des joueurs pour les JO (dont très probablement Kylian Mbappé) le 21 mai lors de la célébration des 120 ans de la FIFA à Paris. Y a-t-il des avancées ?Ca reste une question compliquée, du fait du calendrier, des contrats, du règlement qui ne les oblige pas à libérer les joueurs sur cette période.

Avec Thierry Henry et Marc Keller, élu auprès des sélections, on a des échanges a minima hebdomadaires pour cibler les joueurs et faire les interventions nécessaires. Il nous reste un mois (jusqu’au 3 juillet, NDLR). On n’a pas les leviers pour contraindre et c’est pour ça que j’ai évoqué avec le président de la République la question d’une meilleure prise en compte des sélections nationales au niveau international.

Il y a une forme de lassitude de devoir quémander pour ce qui devrait être naturel : endosser le maillot national pour les JO.Vous êtes pour la stabilité. Serez-vous candidat lors des élections en décembre pour rester à ce poste de 2024-2028 ?