1 000 exemplaires du livre sont disponibles gratuitement au Haut-commissariat, 4 000 autres suivront, et il sera mis en ligne en début d’année prochaine.
L’historien Dominique Mongin, spécialiste du nucléaire militaire français, a supervisé la publication par le Commissariat à l’énergie atomique, et plus spécialement la Direction des applications militaires du CEA, de l’ouvrage Les essais nucléaires en Polynésie française, pourquoi, comment, et avec quelles conséquences. « L’origine de ce travail c’est la table ronde de haut niveau de juillet 2021, avec une demande qui avait été formulée à l’époque d’avoir un ouvrage accessible, pédagogique et didactique, pour tout le monde, sur l’histoire des essais », rappelle l’auteur.
explique l’historien.
https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2022/11/NUCLEAIRE-MONGIN-01.wav
Réfutation de l’enquête Toxique
qui restent valides même à la lumière d’éléments déclassifiés : « Elles ne sont absolument pas remises en cause
Dominique Mongin explique aussi pourquoi certains documents, ceux qui concernent des « informations proliférantes », restent classifiés : si la « recette » a changé depuis 50 ans, des informations sur les composants de la bombe française qu’on pourrait déduire du type de résidus présents à Moruroa et Fangataufa représentent encore un danger potentiel : « un État proliférant, aujourd’hui, ne va pas s’intéresser aux armes hypermodernes, il va s’intéresser à la première génération d’armes disponibles. C’est la raison pour laquelle on est extrêmement ferme sur ce plan. »
et a fortiori dans un domaine aussi sensible que la défense nationale. J’insiste là-dessus parce que quand vous travaillez pour la défense nationale, ce n’est pas pour des intérêts privés, c’est pour protéger vos concitoyens. »
Des atolls qui resteront interdits d’accès
Sur la question du « nettoyage » de Moruroa et Fangataufa, le CEA est clair : le remède pourrait être plus dangereux que le mal, car la matière radioactive pourrait diffuser dans l’environnement, ce qui n’est pratiquement plus le cas actuellement ou de manière non significative pour l’humain et l’écosystème. Pas question non plus de les rendre à la Polynésie, pour éviter que des puissances étrangères viennent étudier les sites.
Il réfute le lien que certains veulent voir entre la décision d’installer le CEP au fenua, qu’il date de 1962 seulement, et le sort réservé à Pouvanaa a Oopa : « D’après les recherches que j’ai pu mener, il n’y a pas de lien, » affirme Dominique Mongin. Il coupe également court à l’idée d’un lien direct entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil qui pourrait être utilisé comme argument pour demander à la France une partie des bénéfices d’EDF : « À ma connaissance il n’y en a aucun. »
Enfin Dominique Mongin juge que le futur Centre de mémoire des essais nucléaires est « indispensable » et souhaite que sur ce sujet, le dialogue interrompu avec les associations reprenne.
Un effort de transparence « sans précédent » et « sans équivalent », dit l’État.
En 136 pages le livre se propose de faire le point sur l’histoire des essais et de leurs conséquences, sans tabou mais sans caricatures, promettent les auteurs. Un ouvrage « accessible à toutes les classes de la société et pas seulement aux scientifiques », contrairement à d’autres documents publiés par le Commissariat à l’énergie atomique, a précisé Vincenzo Salvetti, Directeur des applications militaires (DAM) au CEA. 1 000 exemplaires sont déjà arrivés au fenua, 4 000 autres sont en chemin, et ils devraient être distribués gratuitement, au travers notamment des librairies et des établissements scolaires et universitaires.
Le responsable, accompagné de son directeur adjoint, et du chef de projet environnement du CEA, Antoine Tognelli, ont rencontré ce mardi des enseignants, puisqu’ils « espèrent fortement » que cet ouvrage puisse servir d’outil pédagogique en milieu scolaire.
Du côté du Haut-commissariat, on précise qu’avec la publication de cet ouvrage, la « quasi-totalité des engagements » pris par Emmanuel Macron à l’occasion de la table ronde Reko Tika et de sa visite au fenua ont été remplis, de l’ouverture des archives « à 99,95% », informations proliférantes obligent, à la dépollution de Hao en passant par la mission « allez vers » pour les indemnisations.
Charlie Réné