FOCUS – Maroc-Algérie : « une rivalité vieille de plusieurs décennies » (Média)


La décision de l’Algérie de rompre unilatéralement les relations diplomatiques avec le Maroc en août 2021 – quelques jours après que la présidence a annoncé dans un communiqué que leurs relations seraient examinées – était tout sauf surprenante. L’hostilité et la rivalité entre les deux pays voisins remontent à des années.

Les tensions se sont fortement intensifiées entre les deux pays en décembre 2020 lorsque le Maroc a normalisé ses relations avec Israël en échange de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du royaume sur le territoire du Sahara occidental, et depuis lors, l’Algérie est apparue de plus en plus isolée diplomatiquement.

En mars dernier, le régime algérien a subi un nouveau coup lorsque l’Espagne a exprimé son soutien au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental.

Les attaques verbales se sont poursuivies, pour ne pas dire encore intensifiées, au cours des derniers mois. En juillet, le soutien ouvert de l’ambassadeur du Maroc auprès des Nations Unies Omar Hilale à l’autodétermination de la région de la Kabylie en réponse au soutien algérien au Front Polisario a rendu furieux les dirigeants algériens, provoquant le rappel de l’ambassadeur d’Algérie au Maroc.

Au même moment, le scandale Pegasus, dans lequel le Maroc était accusé « d’avoir piraté les téléphones, entre autres, de responsables politiques et militaires algériens », – ce qu’il nie – faisait la une des journaux. De plus, l’Algérie a accusé le Maroc de soutenir le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie et le mouvement islamiste Rachad, tous deux considérés par l’Algérie comme des organisations terroristes, et a également reproché au Maroc d’être à l’origine des incendies de forêt meurtriers en Kabylie, sans fournir aucune preuve.

Les craintes d’un conflit militaire direct

En novembre dernier, trois camionneurs algériens en route depuis la Mauritanie ont été tués dans un bombardement au Sahara.

Cet incident. a fait craindre un conflit militaire direct pour la première fois depuis des décennies. Bien qu’il reste peu probable, cet événement tragique a accru les tensions dans une région déjà instable, encore plus depuis la rupture du cessez-le-feu vieux de 29 ans entre le Maroc et le Polisario datant de 2020.

La frontière terrestre entre le Maroc et l’Algérie est déjà fermée depuis 1994 à l’instigation du régime algérien, après que le Maroc ait accusé les services secrets algériens d’être derrière un attentat terroriste survenu dans un hôtel (Atlas Asni) à Marrakech perpétré par des ressortissants français d’origine nord-africaine (algérienne principalement), imposé des visas aux Algériens et expulsé ceux qui n’avaient pas de permis de séjour.

Cette dernière brouille diplomatique n’est donc pas sans précédent, mais elle a simplement rendu la réalité sur le terrain plus évidente.

Jusqu’à présent, ses principaux effets ont simplement été la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions marocains et le refus de l’Algérie de renouveler le contrat du gazoduc Maghreb-Europe, qui alimentait en gaz l’Espagne via le Maroc.

Pendant plus de quatre décennies, la question du Sahara a été prétendument la principale raison des mauvaises relations entre les deux pays, leurs positions sur le statut du territoire sont inconciliables.

Le Maroc considère sa souveraineté sur le Sahara comme une cause nationale non négociable qui guide sa politique étrangère, tandis que l’Algérie soutient les séparatistes du Front Polisario.

En novembre 1975, la dynamique géopolitique tourne à l’avantage du Maroc et les relations se détériorent dramatiquement après la Marche verte, au cours de laquelle 350.000 Marocains sans armes ont marché vers la colonie espagnole…En décembre, le régime algérien a riposté en procédant à l’expulsion brutale de 45.

000 familles marocaines qui résidaient dans le pays.

Lutte pour le leadership dans la région

En mars 1976, l’Algérie a reconnu la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), poussant le Maroc à rompre les relations diplomatiques entre les deux pays. Pour justifier leur position inflexible sur la question du Sahara, les dirigeants algériens continuent d’affirmer qu’ils soutiennent le droit à l’autodétermination – un principe sur lequel l’Algérie moderne a été construite, mais aussi un argument commode pour contrarier le Maroc.

Ils affirment également que le règlement de la question du Sahara devrait être discuté dans les enceintes internationales, telles que les Nations Unies, plutôt que directement avec le Maroc.

Cependant, l’opposition sur la question du Sahara est en fait un point de fixation des relations tendues entre l’Algérie et le Maroc. La véritable source des tensions provient d’une lutte pour le leadership dans la région et d’un différend territorial non résolu datant de l’époque coloniale, qui a conduit en 1963 à une guerre éclaire mais toujours présente dans les esprits.

Les orientations politique et idéologique divergentes des deux États nouvellement indépendants sont devenues très vite flagrantes lorsque, dans les années 1960, l’Algérie socialiste a accueilli les figures de l’opposition de la gauche marocaine sur son sol, y compris dans son université d’Alger alors réputée. Tandis que leurs peuples partagent la même langue, la même culture et la même religion, la nature des systèmes politiques des deux pays, leurs histoires récentes et leurs alliances stratégiques, en particulier pendant la guerre froide, les ont amenés à s’éloigner.

leur trajectoire semblait s’entrecroiser.

Jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, les élites des deux pays entretenaient des relations étroites, voire familiales, il y a des exemples bien connus de figures politiques qui avaient des liens avec les deux pays à cette époque. L’un des plus fervents partisans marocains de la monarchie, Abdelkrim El Khatib, avait un père algérien. Son cousin Youcef Khatib était un commandant de l’Armée de Libération Nationale pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie.

Côté algérien, Cherif Belkacem, membre du clan d’Oujda – la composante du FLN qui avait pris le pouvoir – et acteur politique de premier plan sous le président algérien Houari Boumediene, était en partie marocain. Comme lui, l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, bien que d’origine algérienne, a grandi au Maroc. C’est pour cette raison que l’élection en 1999 de Bouteflika avait suscité, malgré sa longue carrière en tant que chef de la diplomatie algérienne, l’espoir parmi l’élite politique marocaine d’une amélioration des relations entre les deux pays.

Promotion des idées reçues et des clichés – des deux côtés

Sans surprise, aucune amélioration n’a eu lieu pendant ses vingt dernières années.

Du fait de cet éloignement, les acteurs politiques d’aujourd’hui se connaissent à peine, tandis que la nouvelle génération a grandi en consommant les idées reçues et les clichés entretenus par les médias pro-gouvernementaux des deux camps, qui calomnient souvent les personnalités politiques de l’autre pays et se focalisent sur les crises internes de l’autre.

Pourtant, la dispute politique de longue date n’a généralement pas eu d’impact sur la perception que les deux sociétés ont l’une de l’autre, les populations appelant régulièrement à l’ouverture de la frontière. Elles se soutiennent souvent, par exemple, lors des événements sportifs, ce qui témoigne d’un véritable sentiment de fraternité.

Malheureusement, les populations locales ont payé un lourd tribut, avec des familles séparées pendant des décennies.

Pour atteindre l’autre côté de la frontière, les gens ont été obligés d’aller à Casablanca pour se rendre à Alger en avion, ou vice versa. la frontière a continué néanmoins de connaître une activité de contrebandiers d’hydrocarbures et de marchandises, jusqu’à ce que les autorités algériennes aient renforcé leur contrôle ces dernières années.

Plus récemment, des ouvriers agricoles marocains, qui cultivaient depuis longtemps des terres de l’autre côté de la frontière, se sont retrouvés dans une situation absurde à la suite des fermetures et ont manifesté en mars 2021 à Al Arja dans la région de Figuig à la suite de leur expulsion par les autorités algériennes.

De nombreux observateurs craignent que la rupture actuelle des relations n’ait un impact sur les communautés établies dans les deux pays et ne conduise, en cas d’aggravation de la situation politique, à de nouvelles déportations.

À plusieurs occasions, le Maroc a fait des gestes en vue de la réconciliation et a appelé au dialogue et à l’ouverture de la frontière, le roi Mohammed VI a ainsi tenté dans son discours du trône d’impulser une nouvelle dynamique alors que montaient les tensions. D’un autre côté, les dirigeants algériens, qui appartiennent en grande partie à une génération plus vieille et sont accablés par des crises politiques internes, ne manifestent aucune volonté ou intérêt politique pour la réconciliation.

En tout état de cause, pour que les relations bilatérales s’améliorent, les dirigeants des deux côtés devront éventuellement accepter de s’asseoir à la table de discussions.

*Article publié par le site Qantara affilié à la radio télévision allemande DW.

– – N/B : les points de vue exprimés dans cet article n’engagent que son auteure.

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