Formation de la coalition : où en sont les négociations ?


Cela fait maintenant une semaine que le mandat pour la formation du 37e gouvernement de l’Etat d’Israël est dans les mains de Binyamin Netanyahou.Alors que les partis devant constituer la future coalition avaient fait bloc dans l’opposition au gouvernement Bennett-Lapid et qu’il semblait que la phase des négociations n’était qu’une formalité, les choses se sont enlisées.

Au coeur des disputes: l’entêtement de Betsalel Smotrich à recevoir le portefeuille de la Défense après que celui du Trésor a, apparemment, été réservé à Arié Derhy (Shass) et celui de la Justice à Yariv Levin (Likoud).

Où en sont donc les négociations?

Smotrich prêt à renoncer?

D’après les informations publiées ce matin (lundi), le chef de la Tsionout Hadatit, Betsalel Smotrich, serait sur le point de renoncer à sa demande d’occuper le poste de ministre de la Défense. Mais il pose à cela plusieurs conditions: le poste de ministre des Finances et le transfert des pouvoirs civils sur la Judée-Samarie du ministère de la Défense sous son autorité. En d’autres termes, Smotrich demande à ce que toutes les décisions sur la vie quotidienne en Judée-Samarie soient confiées au ministère des Finances et non plus à celui de la Défense. Il garderait ainsi une position de force concernant ces questions chères à son électorat.

Par ailleurs la Tsionout Hadatit veut inscrire dans les accords de coalition, la promotion de l’application de la souveraineté sur la Judée-Samarie, démarche qui ne suscite pas l’approbation absolue du Likoud. Cette réticence du Likoud s’expliquerait par la volonté de pas froisser les Américains pour lesquels une telle décision constitue une ligne rouge. Par ailleurs, la volonté affichée de Netanyahou de signer d’autres accords avec des pays arabes de la région est incompatible avec la promotion de la souveraineté israélienne au-delà la ligne verte.

Quel poste pour Derhy?

Si la proposition de Smotrich était acceptée alors il faudrait un  »lot de compensation » pour Arié Derhy qui se verrait retirer le poste de ministre des Finances. Dans ce cas, Shass serait seul maître à bord du ministère des Cultes, au sein duquel la Tsionout Hadatit aimerait aussi avoir une influence.

Hier, des sources proches des négociateurs avaient affirmé que Derhy et Smotrich devaient se parler directement afin de se mettre d’accord entre eux sur une solution. Néanmoins, la Tsionout Hadatit a nié le fait que les équipes de Shass aient pris contact avec elle et a, de toute manière, affirmé qu’elle ne négociait qu’avec le Likoud.

En coulisses, il semblerait que les négociations entre le Likoud et Shass ne se passent pas forcément mieux qu’avec la Tsionout Hadatit. Les désaccords entre Netanyahou et Smotrich sont plus médiatisés, peut-être dans le cadre de la stratégie supposée de faire plier ce dernier en se servant des ambitions de Shass.

Clash avec Otsma Yehoudit

Jusqu’à maintenant, lors de ces négociations, Itamar Ben Gvir, celui qui est présenté comme le plus extrémiste de tous, donne l’impression d’être le seul adulte responsable. Il a obtenu le poste de ministre de la Sécurité intérieure qu’il a toujours visé et depuis, il s’emploie à essayer de calmer les esprits. A coup de tweets à destination de ses  »amis » de la Tsionout Hadatit et du Likoud, il appelle tout le monde à prendre ses responsabilités et à s’entendre au plus vite.

Mais hier soir (dimanche), le clash entre Otsma Yehoudit et le Likoud est arrivé. Le parti de Ben Gvir a affirmé que, contrairement à ses engagements, le Likoud avait décidé de ne plus lui confier le ministère du développement du Neguev et de la Galilée. Une ligne rouge pour Ben Gvir et ses colistiers qui ont annoncé avoir coupé tout contact avec le Likoud :  »Renforcer le Neguev, la Galilée et la périphérie est notre promesse à nos électeurs. C’est pour cela que nous avons été élus, pas pour occuper des fauteuils mais pour nous soucier des habitants de Beer Sheva, Netivot, Ashkelon, Sderot et de la périphérie de Galilée. C’est notre mission ».

Au sein d’Otsma Yehoudit, on se dit prêt à aller très loin si le portefeuille du Neguev et de la Galilée ne leur revient pas, y compris jusqu’à ne pas siéger dans le gouvernement.  »Si cela veut dire que nous devons siéger dans l’opposition, nous siègerons dans l’opposition. Cela ne nous fait pas peur », a déclaré ce matin le député Tsvika Fogel sur 103FM.

Rappelons que depuis hier, la liste Hatsionout Hadatit s’est scindée en trois: Hatsionout Hadatit de Betsalel Smotrich – 7 mandats, Otsma Yehoudit d’Itamar Ben Gvir – 6 mandats et Noam d’Avi Maoz – 1 mandat.

C’est donc suivant ces poids respectifs que les différents partis mènent désormais leurs négociations.

Les exigences de Yahadout Hatorah et les réticences du Likoud

Le parti orthodoxe Yahadout Hatorah souhaite faire entrer plusieurs sujets dans les accords de coalition. Le Likoud ne semble pas prêt à tous les accepter.En premier lieu, Yahadout Hatorah veut une résolution de la question de l’enrôlement des orthodoxes à l’armée qui se traduise par un retour à la loi Tal, annulée par la Cour Suprême en 2010 et qui exempte les élèves de yeshiva du service militaire. Certains membres du parti souhaiteraient inscrire l’étude de la Torah comme une des valeurs suprêmes de l’Etat afin d’assoir définitivement le statut des élèves de Yeshiva.

Pour le moment, le Likoud n’a pas encore répondu à cette demande.

Par ailleurs, Yahadout Hatorah veut une augmentation du budget des yeshivot ainsi que des subventions aux écoles qui ne dispensent pas de matières profanes. Le parti souhaite aussi faire annuler la décision de la Cour suprême d’autoriser l’introduction de Hametz, à Pessah, dans les hôpitaux et inscrire dans la loi l’autorisation de tenir des événements publics non mixtes. Sur ces sujets, le Likoud aurait donné son accord de principe mais rien n’est encore définitivement signé.

Yahadout Hatorah, ainsi que Shass, veulent annuler une partie des décisions du gouvernement sortant, jugées anti-religieuses: la réforme de la cacherout, les taxes sur la vaisselle à jeter et les boissons sucrées ainsi que le retrait des subventions pour les crèches pour les étudiants au kollel. Là aussi, le Likoud a donné son accord de principe.

Le sujet de la conversion est aussi sur la table avec l’exigence des partis orthodoxes de créer un véritable monopole du Grand Rabbinat sur ce sujet. Là le Likoud est hésitant, craignant qu’une telle décision ne nuise aux relations avec le judaïsme de Diaspora.

Les tensions au sein du Likoud

Au sein du Likoud, du haut de ses 32 mandats, les tensions commencent à devenir palpables. D’une part parce que les ténors voient les principaux portefeuilles ministériels revenir aux petits partis de la coalition et d’autre part en raison de la volonté de Netanyahou de nommer Ron Dermer, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis et qui n’est pas élu, au poste de ministre des Affaires étrangères. La nomination de Dermer, grand pourfendeur de la politique de Joe Biden et très proche de Netanyahou, est considérée comme illégitime au sein du Likoud.Pour certains, Netanyahou cherche uniquement à faire grincer les dents de l’administration Biden en jetant cette idée, mais ne l’appliquera pas finalement.

Le poste de ministre des Affaires étrangères serait aussi convoité par Amir Ohana, bien que ce dernier soit plutôt pressenti pour être président de la Knesset. Yariv Levin, quant à lui, obtiendrait le ministère de la Justice. C’est tout ce que l’on sait de la future répartition des rôles au sein du Likoud, pour l’instant.

Binyamin Netanyahou avait 28 jours depuis dimanche dernier pour former son gouvernement. Traditionnellement, la copie est rendue à dernière minute. Malgré l’homogénéité apparente de la future coalition, il se pourrait que cette fois encore, le gouvernement prête serment après des négociations qui auront duré jusqu’au bout du temps imparti.