La France mise sur les cargos voile


Neoline, Towt, Zéphir & Borée, ces noms sont peu familiers, jusque dans les milieux économiques. Cela ne devrait pas durer. Tout laisse en effet penser que leur notoriété devrait rapidement s’élargir  : dans un contexte de lutte contre les émissions de CO2, ces entreprises françaises innovantes, spécialisées dans le transport maritime de marchandises, ont décidé de miser sur une énergie propre et gratuite  : le vent.

Towt signifie TransOceanic Wind Transport. Comme l’indique clairement le nom de cette entreprise, son objet est de développer le transport maritime de fret en reprenant à son compte le concept des clippers de la marine à voile d’autrefois. Initialement basée à Douarnenez (Finistère), l’entreprise s’est installée en 2020 au Havre (Seine-Maritime). Depuis ses débuts en 2011, la compagnie a affrété une vingtaine de voiliers traditionnels et ouvert 5 lignes de transport. Mais l’ambition de Towt ne s’arrête pas là .

Un projet que concrétise le prototype actuellement construit sur un chantier naval de Giurgiu en Roumanie par l’entreprise Piriou de Concarneau (Finistère). Long de 81 m et porteur de 2 500 m² de voile, ce navire devrait être « 3 fois plus rapide » qu’un voilier traditionnel pour transporter « 20 000 tonnes de denrées alimentaires par an », si l’on en croit le magazine Voiles et voiliers. Il sera livré en automne 2023. Suivra en 2024 son sistership, d’ores et déjà commandé par Towt à Piriou.

Encore plus ambitieuse en termes d’armement, mais positionnée sur un créneau de fret différent. dans le contexte climatique actuel, que « la voile de travail est la seule solution vraiment sobre , immédiatement disponible et suffisamment puissante pour propulser des navires de charge. » Basée à Nantes (Loire-Atlantique), l’entreprise a confié aux Chantiers de l’Atlantique la construction du gréement de son Neoliner, un cargo roulier de 136 m à propulsion vélique (3 000 m² de voiles rigides) disposant d’une propulsion auxiliaire mixte diesel-électrique.

Malgré le retrait d’un premier armateur. Objectif poursuivi  : transporter des véhicules et/ou du fret hors-normes sur une ligne transatlantique reliant Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) à Baltimore (États-Unis) en passant par Saint-Pierre-et-Miquelon et Halifax (Canada). Un deuxième navire présentant les mêmes caractéristiques devrait être construit dans le sillage du premier.

Autre entreprise résolument engagée dans le retour des cargos à voile  : Zéphir & Borée. Fondée en 2015. cette compagnie maritime lorientaise a, en collaboration avec deux bureaux d’études néerlandais – Blue Wasp Marine et Groot Ship Design –, décidé de « jouer la carte de la décarbonation du transport maritime ». Le premier de ses 10 cargos porte-containeurs véliques de concept Williwaw* – propulsion à voiles complétée par une propulsion auxiliaire au méthanol – ne sera opérationnel qu’en 2025.

Mais d’ores et déjà un collectif de 16 chargeurs a, sous l’égide de l’AUTF (Association des Utilisateurs de Transport de Fret), choisi cette entreprise pour transporter le moment venu sur des lignes transatlantiques un fret diversifié allant de l’alimentation à la pétrochimie en passant, entre autres, par l’automobile, les cosmétiques ou les vins et spiritueux. Chaque navire transportera 600 containeurs et réduira d’au moins 50 % les émissions de CO² relativement à un porte-containeurs actuel.

En attendant ce démarrage marchand régulier, Zéphir & Borée disposera dans les prochaines semaines du Canopée, un navire à voiles auxiliaires (1 452 m²) de 121 m dessiné par VPLP Design. Construit à Szczecin (Pologne) par Neptune Shipyard, ce navire est actuellement armé aux Pays-Bas. Conçu spécialement pour répondre aux besoins d’ArianeGroup, la première mission de Canopée sera d’acheminer dans les prochains mois le nouveau lanceur spatial Ariane 6 vers le port de Kourou (Guyane) avant d’effectuer d’autres missions transatlantiques pour le compte du groupe spatial européen.

À l’occasion de la COP27 de Charm-el-Cheikh (Égypte), Le Monde a rappelé le 11 novembre ce constat  : « La pollution du transport maritime représente actuellement 3 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde ; si le secteur n’entame pas de changements. » L’urgence d’agir est donc évidente. C’est ce qu’ont compris les transporteurs français, pionniers en matière de décarbonation  : leurs projets en cours ont pour objectif, grâce au développement du transport vélique, de baisser de 50 à 80 % les émissions sur les lignes concernés. Nul doute qu’ils seront suivis dans cette voie.

* Le nom retenu, Williwow, est celui d’un vent froid descendant des montagnes, commun à différentes régions côtières.