le fromage était à la fête, le fourrage un peu moins…


Mais ce premier week-end d’octobre a aussi été l’occasion de prendre le pouls d’une agriculture locale malmenée.Mais ce premier week-end d’octobre a aussi été l’occasion de prendre le pouls d’une agriculture locale malmenée par la sécheresse de l’été. Une sécheresse qui n’a pas forcément d’impact direct sur le travail des deux frères Lacoste, tondeurs et fils de tondeur installés samedi matin sur le parvis de Notre-Dame d’Ossau, mais qui, indirectement, pèse sur les épaules des éleveurs chez qui ils se rendent.

Les frères Lacoste en pleine démonstration de tonte.

Benjamin Roullier

« Un vrai problème »

Après une présentation bien huilée de leur art face au public (voir encadré), les deux tondeurs ont pris quelques minutes pour répondre à une question centrale pour les éleveurs cette année. Celle du fourrage qui, compte tenu des dernières sécheresses enregistrées cet été, risque de venir à manquer cet hiver. « C’est un vrai problème dont nous ont fait part de nombreux éleveurs chez qui nous sommes passés. Ils nous disent que là, c’est compliqué. En temps normal, les terres disponibles suffisent à nourrir leurs troupeaux mais chez certains, ça fait déjà un mois qu’ils compensent en donnant du fourrage. Sachant que ça risque de manquer, ils préfèrent réduire le nombre de bêtes. »

On va avoir de la bonne qualité, sauf que l’on ne va peut-être pas en avoir assez »

Une inquiétude partagée par Didier Hervé. « C’est en plaine que les éleveurs ont le plus souffert, avec la constitution des stocks en alimentation. On va avoir de la bonne qualité, on a pu le constater à travers le concours, sauf que l’on ne va peut-être pas en avoir assez. Suite à ce constat, deux questions risquent de se poser  : Est-ce que l’on peut s’approvisionner et où, sachant que toute la France a été touchée par cette sécheresse ? Et surtout à quel prix ? Le problème va se poser de manière économique. »

Elie Duboet, retraité dans les transports, est venu de Bétharram pour présenter quatre tracteurs anciens, dont ce Latil de 1931.

Benjamin Roullier

250 euros la tonne

Cette inquiétude, qui pousse certains agriculteurs à acheter en grande quantité afin de ne manquer de rien, a pour conséquences d’accentuer la rareté et de gonfler les prix. En témoignent deux agriculteurs interrogés sous la halle, qui constatent une multiplication des prix par deux ou trois selon les régions. Avec un tarif dans une année normale de 120 à 150 euros la tonne, il est déjà question aujourd’hui d’une augmentation à 200, voire 250 euros la tonne.« Imaginons un éleveur avec 400 brebis. Chaque brebis mange environ 4 ou 5 kilos de foin par jour, ce qui représente 2 tonnes de fourrage. Si vous l’achetez à 120 euros, ça représente 240 euros ; mais si vous devez débourser 500 euros, là, le fromage que vous produisez, il ne paye plus », illustrait Didier Hervé.Ce dernier considère néanmoins que la pénurie est atténuée en montagne grâce aux économies de fourrage que permettent les transhumances, mais elle devra s’accompagner d’un hiver assez court afin que les bêtes puissent ressortir assez vite.

Le canon à Mimile, vu dans le film « Les Grandes Gueules » de 1965. Un jambon était offert pour celui qui faisait sonner la cloche.

Benjamin Roullier