Les futurs paysans face aux enjeux de la planète


On nous parle trop du bio. On a l’impression qu’il faut faire que ça.

Alors, les établissements, eux aussi, transforment leurs enseignements. À Salles-de-Barbezieux, l’atelier bovins est passé en bio il y a deux ans. Le nouveau directeur d’exploitation a la ferme intention d’initier une démarche bas carbone.

Les futurs paysans face aux enjeux de la planète

On nous parle trop du bio. On a l’impression qu’il faut faire que ça.

Alors, les établissements, eux aussi, transforment leurs enseignements. À Salles-de-Barbezieux, l’atelier bovins est passé en bio il y a deux ans. Le nouveau directeur d’exploitation a la ferme intention d’initier une démarche bas carbone, projette de réduire le maïs au profit de plantes moins gourmandes en eau et le glyphosate a été banni l’an passé, au profit du désherbage mécanique. « Il n’y a eu aucune conséquence sur les rendements, précise le directeur d’exploitation Nicolas Mounier. On apprend aux élèves à être les fesses en l’air et la tête dans l’herbe pour observer. On revient à un traitement à la parcelle et on redonne à l’agriculteur sa capacité à faire des choix. »Comme décider de son modèle de production. le bio est loin d’avoir la cote chez les lycéens. « Les profs nous en parlent trop. On a l’impression qu’il faut faire que ça alors que c’est une solution parmi d’autres », regrette Hugo Veteau, en terminale conduite et gestion d’une exploitation agricole. Le jeune homme gère déjà en partie l’exploitation familiale, en Charente Maritime. « Mes grands-parents avaient passé une partie des cultures céréalières en bio mais on est revenu au conventionnel. C’était de plus en plus dur de produire et ça ne se vendait pas. »

Des cahiers à l’exploitation familiale

« Le bio n’est pas une finalité pour nous, répond le proviseur du lycée Yann Berret. Il y a aussi l’agriculture de conservation des sols, la haute valeur environnementale (HVE), le bas carbone. On est un service public de l’État. On n’est pas prosélyte. On forme les jeunes à se poser les bonnes questions. Notre objectif, pour l’atelier bovins, était de limiter nos impacts. Le bio était l’un des trois scenarii proposés au conseil d’administration. L’atelier poulets, on n’est pas sûr de le passer en bio. Justement pour montrer un autre système.” Une partie de l’exploitation est aussi en HVE.Chez les 12 % de fils ou filles d’agriculteurs, les nouvelles techniques enseignées donnent souvent lieu à des discussions familiales animées. « J’ai eu beaucoup de mal à faire admettre à mon père et à mon oncle l’idée de mettre des couverts végétaux, raconte Hugo Veteau. J’ai réussi mais en forçant. Je ne suis pas sûr qu’ils y trouvent une utilité. On s’est presque fâchés.» « C’est normal, on bouleverse les pratiques, c’était aussi le cas avec les générations précédentes concernant la mécanisation », observe Katia Puaud-Noyer, enseignante référente du module « Apprendre à produire autrement ».Hugo Veteau n’est pas du genre à baisser les bras: chez lui, grâce à ses cours, il a lancé de nouvelles cultures comme le sorgho, le quinoa et les pois chiches. Pour consommer moins d’eau. Sur l’exploitation de ses parents (450 chèvres), Ambroise Billy a pu tester un parcours arboré, idée qui a germé au lycée.Ce jour-là, un groupe d’élèves inspecte la parcelle pédagogique. « À droite, on a de la terre qui a été labourée. À gauche, de la terre avec des couverts végétaux, de la facélie (qui n’a pas poussé) et de la féverole”, décrypte Ambroise Billy, en pointe sur la question. « En mars, ils compareront leur profil agronomique pour savoir quel outil est le plus adapté », expose Sébastien Laleuf, le prof d’agroéquipement. Mais déjà, chez lui, Hugo Veteau a remarqué qu’il s’embourbait dans ses champs labourés alors que ses voisins, adeptes des couverts végétaux, les foulent sans soucis. Sur l’exploitation, les enseignants engagent aussi de nouveaux outils numériques d’aide à la décision et bientôt des drones.

Labour ou couverts végétaux?

. » Lui, assume d’autant mieux que c’est une injonction du ministère. « C’est plus dur de leur apprendre à s’en passer que de l’utiliser», observe-t-il. Et qui peut le plus peut le moins.

“La transition, pas à n’importe quel prix”

Pour Christian Daniau, président (FNSEA) de la chambre d’agriculture de Charente, qui siège au conseil d’administration du lycée agricole de Salles-de-Barbezieux et de l’Oisellerie, structure commune, il ne s’agit pas de former des jeunes au bio ou au conventionnel “mais à l’agronomie”. Il estime qu’il “ne faut pas aller trop vite dans la transition climatique au risque de ne pas pouvoir atteindre la souveraineté alimentaire. Il ne faut pas oublier la partie production, il faut se donner les moyens de produire un peu plus sur les parcelles”. Yann Berret, le proviseur du lycée, qui a arrêté le maïs irrigué depuis dix ans, estime au contraire qu’il faut accepter “de réduire un peu les rendements et faire le deuil de cette course aux pectoraux”. Alors que le lycée a banni le glyphosate il y a un, lui estime “qu’il faut former les élèves à ne pas en utiliser à condition qu’on ait des solutions alternatives, il ne faut pas leur vendre du rêve, et pour l’instant on en a pas”. A l’Oisellerie, un nouveau bâtiment dédié à l’élevage laitier devrait sortir de terre dans les prochaines années. “Les nouvelles technologies devront être présentes ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On va rester sur du conventionnel bas carbone et mettre en avant le bien-être animal mais pas seulement, le bien-être de l’éleveur aussi”.

Le bio ne fait pas rêver les jeunes

oui note Yann Berret, le proviseur. Et peut-être qu’on ne vendra plus dans quelques moins nos viandes en bio car on fera plus de marge en la vendant moins cher en conventionnel. En effet, cela suscite des interrogations chez nos élèves mais c’est un pari éducatif et ce qui est important c’est qu’on leur apprenne à réagir.”