Gestion des risques  : « La demande de transparence va s’intensifier »


Olivier Wild est président de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae), ainsi que le directeur des risques et des assurances de Veolia.Quels sont les risques à surveiller cette année ?Par définition, tout ce qui vient perturber la bonne marche de l’entreprise a un impact sur ses activités : risques politiques, géopolitiques, risques liés à la société, aux mouvements sociaux, etc. Autant de sujets auxquels il faut porter une attention particulière.

Parmi les points chauds de 2024 figurent toujours l’international et le risque cyber. Mais, par définition, il n’y a pas de limite aux risques qu’un risk manager doit surveiller.Y a-t-il de nouveaux risques à prendre en considération ?C’est la question qu’on me pose depuis vingt ans… Plutôt que de nouveaux risques, je ferais plutôt la différence entre risques émergents et risques exacerbés, qui peuvent prendre plus d’ampleur en fonction du contexte.

Gestion des risques  : « La demande de transparence va s’intensifier »

Si on prend, par exemple, le risque cyber, il y a une croissance importante des attaques au moment où émergent les situations de crise géopolitiques…Toute une série de risques peuvent en découler : sanctions, embargos, etc. Pour les entreprises, il conviendra alors d’adapter leur modèle d’affaires en prenant en considération ces différents éléments dans leur chaîne de valeur et leurs approvisionnements. Car ce type de situation peut vite avoir un impact négatif sur leurs activités.

Quel doit être le rôle du risk manager ?Toujours le même : à savoir continuer à se positionner, de la manière la plus intégrée possible, dans les processus de gouvernance de l’entreprise et de décision stratégique, afin de faire comprendre au top management quels pourraient être les impacts sur l’entreprise, ses activités…

Les parties prenantes, ce sont les actionnaires, les salariés, les fournisseurs ou encore les clients, mais aussi les ONG, les collectivités, etc.

Bref, aider à éclairer les directions fonctionnelles et opérationnelles afin de trouver les meilleures options pour continuer à se développer. L’idée étant de se montrer à la fois robuste et souple, pour devenir l’entreprise la plus résiliente possible.

Et pour les entreprises de plus petite taille, ETI ou PME ?Aujourd’hui, beaucoup d’entre elles font de la gestion des risques sans l’avoir formalisé… Le risque, alors, c’est d’oublier un risque. Mon conseil, c’est de réunir autour d’une même table toutes les directions de l’entreprise – DG, DAF, direction opérationnelle, commerciale, etc. -, et d’utiliser l’outil en ligne Macartodesrisques pour établir sa première cartographie, puis de la revisiter régulièrement.

Je dirais que la vraie nouveauté de ces dernières années, c’est surtout la prise en considération des parties prenantes plus largement…C’est-à-dire ?Les parties prenantes, ce ne sont pas que les actionnaires, les salariés, les fournisseurs ou encore les clients… Ce sont également les ONG, les collectivités et, plus globalement, tous les acteurs à l’échelle territoriale à laquelle l’entreprise opère. Faire une analyse de ses risques sans les parties prenantes n’a aujourd’hui aucun sens.Prenons, par exemple, le risque inondation.

Si je monte un mur tout seul dans mon coin, mon entreprise sera, certes, au sec, mais si mes produits et mes salariés ne peuvent me rejoindre, quel intérêt ? La demande de transparence des parties prenantes va continuer à s’intensifier. Et la stratégie de l’entreprise sera d’autant plus efficace si elle répond à leurs attentes…C’est, en quelque sorte, l’un des impacts du risque climatique…Oui, et le cadre réglementaire évolue aussi pour mieux prendre en compte ce risque, avec en particulier la question de la double matérialité, au coeur du nouveau reporting de durabilité mis en place par la directive CSRD, et la nécessité d’une stratégie détaillée sur ce que l’entreprise envisage de mettre en place à court, moyen et long terme. Celles qui ne s’y sont pas encore mises vont devoir le faire rapidement, car ça ne s’invente pas du jour au lendemain, en particulier au niveau méthodologique.

Tout le monde est aujourd’hui exposé au climat, de près ou de loin, avec une intensification des phénomènes, inondations, tempêtes.

Y a-t-il des entreprises plus ou moins exposées au climat ?Tout le monde y est aujourd’hui exposé, de près ou de loin, avec une intensification des phénomènes, inondations, tempêtes… On l’a vu récemment. Pour autant, il ne faut pas dramatiser.

Ce qu’il faut, c’est avant tout traiter avec une attention particulière le risque climat pour lancer des stratégies d’adaptation et rendre l’entreprise plus résiliente à court terme ; à moyen terme, ajuster son modèle d’affaires en revoyant, si nécessaire, la localisation de ses différents sites de production, et leur exposition.Quel impact sur les polices d’assurance ?L’assurance, c’est le dernier filet de sécurité… Mais, oui, cela a en effet déjà un impact sur l’assurabilité, avec notamment certaines exclusions très larges liées au risque climat. C’est pour cela aussi qu’on observe la montée en puissance des captives et des dispositifs d’autoassurance… Nous allons d’ailleurs, au sein de l’Amrae, engager un dialogue avec les assureurs afin d’avancer sur ces sujets.