Gouvernement VS. grandes entreprises : la guerre des prix



Publié le 19 mai 2023


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Après avoir fâché tout rouge les syndicats, le gouvernement s’en prend maintenant aux grandes entreprises, menaçant de dénoncer publiquement celles qui ne baisseraient pas leurs prix.
Après une tentative à demi ratée de racoler à droite en remuant la vieille marotte de l’âge de la retraite, la Macronie essaye d’éteindre le feu à gauche en entonnant les vieux refrains de l’anticapitalisme.
Le pouvoir d’achat est, selon les sondages, le principal sujet d’inquiétude des Français.

Gouvernement VS. grandes entreprises : la guerre des prix

Rien donc de plus normal, que l’exécutif, en mal de popularité, ne veuille s’emparer du sujet. Depuis la crise des Gilets jaunes et l’immense reproche fait au gouvernement de ne pas comprendre les préoccupations de la population, l’État stratège a été reconverti en État pompier.
On pourrait applaudir cette volonté de répondre aux préoccupations des citoyens et de se tourner vers la majorité plutôt que de manœuvrer en flattant les minorités, mais quand on regarde le haut de la liste des préoccupations des Français, on se rend vite compte qu’il va falloir autre chose que des coups de menton et les déclarations fracassantes des divers ministres en charge des domaines en question pour calmer la grogne de la population.

Il va surtout falloir sortir de la bonne vieille rhétorique du bouc émissaire qui devient tellement évidente de stupidité qu’elle ne trompe plus personne. Ce n’est pas en pointant du doigt les distributeurs ou les industriels que l’on va faire baisser les prix ! Ce n’est pas en appelant les entreprises à la responsabilité que l’on va faire disparaître l’évidence première de la situation économique actuelle : le grand responsable, à la fois de l’inflation, de la hausse des prix et des problèmes de pouvoir d’achat, c’est bel et bien l’État.
 

Le gouvernement est le premier responsable

L’inflation est un mécanisme monétaire qui décrit la perte de valeur de la monnaie, c’est la fonction de réserve de valeur de la monnaie qui n’est plus assurée.

En période d’inflation, toutes les dettes (y compris la monnaie émise) vont perdre de leur valeur dans le temps.
La hausse des prix est un mécanisme économique qui résulte des difficultés d’échange : c’est la fonction d’intermédiaire des échanges de la monnaie qui n’est plus assurée. En période de hausse de prix, certains crédits, certains actifs, certaines marchandises, tout ce qui est impacté par des difficultés d’échange, va augmenter de valeur.

Bien évidemment, plus on taxe, plus on réglemente, plus on ferme les frontières, et plus les échanges deviennent compliqués et plus les prix s’emballent.
En l’occurrence, le consommateur est pris en tenaille entre une inflation arbitrée par la politique des bas taux d’intérêts et une hausse de prix attribuée à tort à l’inflation. La cause première de la hausse de prix est l’équilibrage voulu par le gouvernement entre les prix des productions locales et les prix des produits importés.

Qui a pu un jour penser que manger local serait moins cher, alors que les coûts de production français sont parmi les plus élevés du monde ?
C’est bien beau de vouloir privilégier les productions françaises, mais il faudrait plutôt comprendre les raisons qui font que les prix français ne s’équilibrent pas avec les prix des produits étrangers, en particulier les prix des produits fournis par les multinationales.
 

Les chiens aboient, la caravane passe

La fonction première des entreprises est de remplir un rôle économique. C’est leur savoir-faire et leur raison d’être.

Vouloir les contraindre par la menace et l’intimidation est non seulement voué à l’échec, mais totalement contreproductif, surtout quand il s’agit de multinationales pour qui la France n’est qu’un marché parmi d’autres, et d’ailleurs souvent loin d’être le plus rentable.
Les entreprises de taille mondiale savent parfaitement faire la différence entre un pays et un autre. Elles savent parfaitement évaluer les économies et les marchés nationaux : elles pensent global, et agissent local.

Si une entreprise comme Coca-Cola, que l’on cite souvent, a décidé de vendre sa bouteille de soda à un certain prix en France, ce n’est pas le fruit du hasard. Quand toutes les entreprises multinationales vendant en grande distribution en France ont décidé d’augmenter leurs prix, c’est qu’il y a une raison économique.
Plutôt que de donner des coups de menton et de gesticuler, l’État ferait mieux de se poser des questions.

 

Incompétence économique

Les politiciens ont construit une novlangue pour désigner l’économie mondiale : le monde de la finance, le capital, la mondialisation… Cette vision étriquée devient très vite populiste, voire carrément complotiste quand on commence à tailler à tel ou tel milliardaire des costumes de marionnettiste.
La réalité est que les États nationaux sont totalement incompétents en termes d’économie. Tant qu’ils pouvaient jouer dans leur pré carré, en légiférant par-ci, en taxant par-là, en interdisant, en subventionnant, en filtrant les frontières… ils pouvaient encore faire illusion.

Aujourd’hui, comparés aux moyens et aux capacités d’analyse et d’action des grandes entreprises, leur nullité et leur inutilité explosent au plein jour.
Il est impératif que l’État cesse d’être responsable des maux qu’il dénonce, qu’il cesse de jouer avec l’économie qui est clairement un domaine qu’il ne maitrise pas.
Il est impératif que les ministres de l’Économie comprennent que quand ils encadrent le processus de négociation des marges et de fixation des prix, ils ne font que forcer les entreprises à intégrer les facteurs de risques dans leurs prix.

Il est impératif qu’ils comprennent que quand ils augmentent les prix des produits nationaux par la régulation, ils déclenchent tout une cascade de réactions de la part des autres acteurs du marché, réactions qui sont en fin de compte payées par le consommateur.
Surtout, quand les acteurs du marché tentent d’avertir le gouvernement, celui-ci ferait bien mieux de les écouter au lieu de vociférer.
 

Une économie asphyxiée

Tout le monde sait parfaitement pourquoi les produits français sont si chers : nous avons quasiment l’État le plus cher du monde !
Une des nombreuses raisons pour lesquelles il est si cher est qu’il s’occupe de tout.

Il subventionne des secteurs entiers en ponctionnant d’autres secteurs (et parfois les mêmes), tout cela sans aucune valeur ajoutée.
Le pire est sans doute que le gouvernement actuel ne se rend même pas compte que, d’une façon ou d’une autre, une grande majorité dans le pays a conscience de la gigantesque pagaille qu’il crée. Les gens savent très bien pourquoi les produits français coûtent si cher comparés aux produits étrangers, pourquoi les produits de marque sont bien plus chers que les produits distributeurs, pourquoi les produits aux multiples labels sont si chers…
Et s’ils ne le savent pas, ou s’ils donnent de mauvaises raisons, ils tiennent de toute façon le gouvernement soit comme responsable, soit comme incapable de trouver une solution.

Dépenser des fortunes dans des subventions et dans les salaires de fonctionnaires chargés de créer et de contrôler des règlements coûte en définitive très, très cher. Ce coût supplémentaire, ce sera toujours au consommateur de le payer.