En Avant Guingamp. Thibault Giresse  : « Les voir en face, ça va me faire bizarre » : En Avant Guingamp


J’avais gardé des contacts avec Fred Bompard. Nos six mois passés ensemble à Guingamp, lorsqu’il avait repris l’équipe, s’étaient très bien passés. Sa volonté à lui était d’être entraîneur principal. Dès que les choses se sont précisées à Nîmes. J’ai répondu favorablement assez vite car j’arrivais en fin de contrat en juin et j’étais sans certitude quant à l’avenir. Ça me permettait aussi de me projeter sur autre chose. De devenir premier adjoint, aussi. J’ai signé un an et demi, comme lui. Le timing n’est pas idéal mais ça s’est présenté comme ça.
Ç’a été très agité. J’ai connu sept entraîneurs principaux en deux ans. C’est compliqué car il faut se réadapter à chaque fois à une manière de fonctionner et à des demandes différentes. Mais c’est enrichissant. J’ai gardé beaucoup de choses qui me serviront plus tard. En tout cas, je pense aujourd’hui qu’avec Stéphane Dumont, ils ont trouvé le bon.Thibault Giresse (à droite) aura passé une année et demie sans nuage avec Stéphane Dumont.

Quels sont vos premiers souvenirs de Guingamp ?

Je sortais déjà d’une descente en National avec Amiens et ça recommençait avec Guingamp. J’avais 29 ans et je commençais à me poser des questions. J’ai décidé rapidement de rester et ça a été bénéfique pour moi comme pour le club. Nous sommes remontés tout de suite (il a fini meilleur réalisateur de National avec 21 buts) et avons pu enchaîner toutes les bonnes années qui ont suivies. Si certains m’avaient dit ça au soir de la descente, je les aurais pris pour des fous. Gagner la Coupe de France, jouer la Ligue Europa… C’était impensable  !

Contre Monaco, le stade tremblait, c’était énorme

Sur un plan personnel, vous êtes-vous déjà senti aussi épanoui qu’à cette époque ?

On dit souvent que c’est à 30 ans qu’on arrive en pleine possession de ses moyens. Ça restera comme mes meilleures années, avec un coach (Jocelyn Gourvennec) et un groupe très performants. On savait qu’il ne pouvait rien nous arriver. En tant que joueur, ces années-là resteront inoubliables pour moi. D’autant plus que ça a duré près de dix ans. Quand j’étais arrivé en 2009, je dormais à l’hôtel en face de la gare. « On est où là ? », me demandait ma femme. Quand vous venez de Toulouse et d’Amiens, ça fait un choc. À l’époque. La Bretagne, c’est finalement la région où j’ai le plus vécu. Dans une vie, ça compte.

Et vos deux enfants sont des petits Bretons…

En effet. Nous y avons beaucoup d’attaches et cette région restera importante dans notre vie.

Quels sont vos meilleurs souvenirs sportifs ?

La victoire en Coupe de France (2-0 face à Rennes, le 3 mai 2014), évidemment. La demi-finale face à Monaco (3-1 après prolongation, le 16 avril 2014) avec mes deux passes décisives alors que je n’avais joué qu’un quart d’heure. C’est la plus belle ambiance que j’ai connue au Roudourou. Le stade tremblait, c’était énorme. Contre Kiev, en Ligue Europa (2-1, le 19 février 2015), aussi. Et puis, il y a le match à Salonique (2-1, 11 décembre 2014) où on va chercher la qualification pour les 16es de finale. Trois jours après on bat le PSG à la maison (1-0).Bien sûr, la coupe de France 2014 fait partie des grands souvenirs de Thibault Giresse qui l’a remportée 28 ans après son père, Alain.

Au final, vous avez joué 299 matchs pour 61 buts et plus de 40 passes décisives avec Guingamp…

Ça fait quelques saisons pleines (sourire). J’ai fait neuf ans en tant que joueur. J’ai eu la chance de ne pas être souvent blessé. Ce que je retiens, c’est la régularité, le fait d’avoir joué beaucoup.

Vous avez longtemps été catalogué comme « le fils d’Alain Giresse ». Êtes-vous fier d’avoir pu décoller cette étiquette ?

Quand j’ai commencé, les trois quarts des interviews, c’était pour parler de ça. Il y avait toujours une comparaison. Avec le temps, les choses se sont tassées parce que les générations évoluent. Et j’ai la sensation qu’à Guingamp, les gens connaissent plus Thibault qu’Alain désormais. La fierté, c’est d’avoir pu durer. Quand j’ai démarré, je ne pensais jamais faire 18 ans de carrière. Je suis assez fier de mon parcours.Les tout premiers pas de Thibault Giresse à Guingamp. également en Ligue 2 à cette époque.

Le sens de la passe, c’est ce qui vous a caractérisé le plus ?

Je ne courais pas vite, je ne sautais pas haut. J’ai dû m’adapter à ma morphologie, trouver autre chose. La qualité de passe m’a permis d’évoluer. Les gens me parlent souvent des coups de pied arrêtés. J’ai essayé d’être décisif à ma manière et de composer en fonction de mes points forts. Et c’est ce que j’essaie d’inculquer aux joueurs, aujourd’hui.

Quel entraîneur vous a le plus marqué ?

En tant que joueur, Jocelyn (Gourvennec) forcément. En tant qu’adjoint, Fred Bompard et Steph (Dumont). Mais, franchement, j’ai appris de tous. J’ai toujours essayé de m’adapter à chacun. Avec une volonté de créer, à chaque séance. Je suis resté joueur dans l’âme. Ma priorité, c’est que les joueurs prennent du plaisir sur le terrain. Si à la fin de la séance, ils me disent  : « C’est bien ce qu’on a fait », mon job est fait.

J’ai adoré travailler avec Stéphane Dumont

Vous allez retrouver Guingamp le 26 décembre, dès la reprise du championnat. Comment allez-vous aborder ce rendez-vous ?

On dit souvent qu’il y a des signes dans la vie. Celui-là en est un sacré  ! De les voir en face, ça va me faire bizarre.

Avez-vous eu Stéphane Dumont au téléphone au moment de partir ?

Bien entendu. Franchement, j’ai adoré travailler avec lui. C’est quelqu’un qui sera amené à coacher plus haut, j’en suis sûr. J’ai vécu une année et demie avec lui, ça s’est super bien passé. Certains vous diront qu’on n’a fini « que » sixième l’an dernier mais, après ce qui s’était passé, j’estime que c’était une très bonne saison. Celle-ci est plus compliquée sur le plan sportif mais, au niveau humain au sein du staff, je n’en garderai que de bons souvenirs.Parmi les complices de toutes ces années.

Quel serait votre onze idéal, composé d’anciens coéquipiers ?

Je ne vais mettre que des Guingampais  ! Pas forcément, la meilleure équipe pour gagner, mais celle qui m’a le plus marqué. Dans les buts (Mamadou) Samassa. La charnière vous la connaissez, pas de surprise (Jérémy Sorbon et Christophe Kerbrat). Arrière droit, John (Martins-Pereira). À gauche, Reynald (Lemaitre) même s’il n’a pas beaucoup joué. Au milieu, évidemment, Lionel (Mathis) et Mouss (Diallo). Avec ces deux-là, j’étais tranquille, pas besoin de défendre (sourire). Milieu gauche, je vais quand même me mettre, ça serait mon 300e match avec En Avant (rire). Devant, Yat (Mustapha Yatabaré) et Toto (Mandanne). Au final, je vous fais presque l’équipe qui est montée de Ligue 2 en Ligue 1. Milieu droit, je vais juste mettre Ludo (Blas). J’en oublie, j’ai aussi gardé des liens avec Lucas (Deaux) et je n’ai pas joué longtemps avec Etienne Didot. J’ajouterais simplement Ladis Douniama que je ferais rentrer les trente dernières minutes.

Y a-t-il un pincement au cœur quand vous évoquez ce passé ?

Je pense que je n’ai pas encore réalisé. Quand je vais partir de Plérin et que les kilomètres vont défiler, le chemin sera long, je vais refaire mes treize saisons et demie. Guingamp est le club où j’ai passé le plus de temps. Déjà, mardi matin, quand je suis allé chercher mes affaires au Pro Park et que j’ai rendu mon badge, ça m’a fait bizarre. Mais partir était inéluctable. Le « quand », je ne le connaissais pas. Il arrive maintenant. À Nîmes, j’ai l’occasion de me challenger, de voir autre chose.Toute l’actualité d’En Avant Guingamp