Hausse des cancers chez les moins de 50 ans : "L’obésité et la sédentarité sont des facteurs de risques"


L’augmentation des cancers chez les jeunes adultes, de 19 à 50 ans – constatée par l’étude scientifique parue dans Nature Reviews Clinical Oncology, se vérifie-t-elle en France ? Directrice du registre des cancers du Tarn, épidémiologiste membre du Haut conseil de la santé publique et de l’équipe de recherche Inserm Equity, la Dr Pascale Grosclaude répond et rappelle les bases d’une prévention efficace. Interview.

Cela se vérifie-t-il en France ?

Ce que montre cette étude américaine, c’est qu’il y a des zones géographiques (États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Royaume-Uni, Suède, Corée du Sud, Slovaquie, Equateur et Ouganda, NDLR) où certains cancers augmentent. Pour autant, les mêmes cancers n’augmentent pas dans tous les pays. Concernant la France nous ne constatons pas de hausse majeure, en tous les cas pas pour la liste donnée dans cet article. Mais savoir si l’âge auquel on diagnostique des cancers de l’adulte baisse est une vraie question. Le cancer est d’abord une maladie qui augmente avec l’âge. Il y en a assez peu avant 50 ans. Or l’on observe que la fréquence de certains cancers augmente chez les 19-50 ans mais souvent comme ils augmentent aussi chez les plus âgés.

Sur quels cancers le constate-t-on, par exemple ?

Si l’on prend les cancers de l’œsophage, dans leur ensemble, on observe une diminution mais pour la forme particulière des adénocarcinomes, l’augmentation existe pour tous les âges et elle est légèrement supérieure chez les jeunes. Depuis 2005, le cancer du côlon est, lui, en augmentation chez les quadragénaires, constat qui vaut aussi pour le cancer du rectum, chez les femmes. Concernant le cancer du foie, on est également face à une augmentation globale, mais plus faible chez les adultes jeunes. Le cancer de la vésicule et des voies biliaires connaît chez eux des évolutions comparables à celles des autres classes d’âge, avec une augmentation chez l’homme et une baisse chez la femme. Le mélanome de la peau augmente pour toutes les tranches d’âge, hommes et femmes, comme le cancer du rein où là, on voit que l’incidence monte plus vite chez les jeunes adultes. L’incidence du cancer du sein augmente aussi. Mais le plus préoccupant, c’est le cancer du pancréas, avec une augmentation rapide et importante dans toutes les tranches d’âge. Le pronostic étant en général très mauvais, c’est un problème majeur et c’est pour cela qu’il fait partie des priorités de la stratégie cancer, en France. Mais on peut aussi noter la stabilité et la baisse de beaucoup d’autres cancers  : ORL, estomac, col de l’utérus ou prostate.

Ces augmentations sont-elles le fait de meilleurs dépistages, aujourd’hui, ou d’expositions plus intenses à certains facteurs de risques ?

Concernant les cancers du rein et du sein, c’est notamment lié au dépistage qui permet de faire des diagnostics plus précoces sur des personnes plus jeunes, ainsi qu’aux progrès de l’imagerie médicale. Si, par exemple, une personne passe un scanner pour une autre pathologie, cet examen peut aujourd’hui révéler une tumeur sur un organe profond comme le rein que l’on n’aurait pas forcément vue autrefois et les pronostics de guérison sont très bons. Mais pour le reste, il est évident que le mode de vie occidental est sur la sellette  : en dehors du tabac et de l’alcool, bien identifiés depuis longtemps. Il n’y a donc rien d’étonnant à observer une augmentation de leur fréquence, y compris chez des personnes plus jeunes que ce que l’on observait avant. Ce que l’on observe c’est un effet de génération. Il faut s’attendre à l’augmentation certains cancers mais aussi d’autres maladies chroniques et comme ce mode de vie s’impose peu à peu au reste du monde, cela s’observe dans de nombreux pays.

Pourquoi n’y a-t-il pas une meilleure prévention ?

On sait très bien ce qu’il faut faire en prévention. Il faut s’attaquer aux causes mais aussi « aux causes des causes ». On ne peut pas se contenter de culpabiliser les gens sur leur alimentation, en leur répétant de cuisiner eux-mêmes des produits sains alors que beaucoup n’en ont ni les moyens ni le temps. On ne peut pas faire des discours sur le vélo et la marche quand l’aménagement des villes et de l’ensemble du territoire ne s’y prête pas. La prévention repose sur un changement des comportements individuels dans un environnement favorable à ces changements. Actuellement il y est hostile  : le gras et le sucre sont un choix de société guidé par l’économie. L’humain a une appétence pour le sucre qui est une drogue. Les industriels le savent et nous vendent du sucre, mais aussi des plats transformés qui, il est vrai, répondent aussi aux modes de vie actuels, Ce sont donc des réformes structurelles qu’il faut car ce sont justement ces modes de vie et de production qu’il conviendrait de changer. C’est d’ailleurs ce que dit l’article cité.