Interview de la semaine : Bérengère Dubus, "une question de crédit"


Publié le 5 Oct 22 à 11 :38 

Métropolitain

Voir mon actu

Suivre ce média

I.C.), premier et unique syndicat des courtiers en crédit immobilier de France, était présidée par une Montpelliéraine ? Que ses missions, outre de militer pour les intérêts de ses adhérents dans la défense, la représentation et la promotion du métier de courtier en financement, impliquent aussi de défendre l’accès à la propriété pour chaque Français ? Non ? Figurez-vous que nous non plus. D’où cette interview, pour tenter d’y voir plus clair et explorer, en bonne compagnie, cette notion très abstraire de « taux d’usure », dont on n’arrête pas d’entendre parler –en ce moment…

Interview

Bérengère Dubus, qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Et que faites-vous ? Trois questions, d’un coup, vraiment ? Allez, c’est parti. Je suis une femme active, mère de quatre enfants, originaire de Béziers, mais installée à Montpellier avec mon associé-mari – ou mari associé, selon le point de vue qu’on adopte  ! -en tant que courtier indépendant en immobilier. Cela fait maintenant 15 ans que j’exerce. Je suis aussi, depuis 2019, Secrétaire Générale de l’Union des Intermédiaires de Crédit (UIC), le premier et seul syndicat de courtiers de France. sur le territoire, en constatant le manque de représentation de notre profession. Face aux attaques de certaines banques contre les courtiers, j’ai souhaité rappeler que nous étions un métier réglementé, utile et soumis à une déontologie. Il m’est aussi apparu essentiel de faire sanctionner par les autorités publiques les entraves à notre liberté d’exercice. Au final, la guerre que nous a déclarée en 2019 le Crédit Agricole du Languedoc aura permis la naissance de l’UIC et une prise de conscience collective quant à notre savoir-faire essentiel aux consommateurs.Ce n’est pas pour cela, cependant, qu’on a aperçu votre tête dans les médias nationaux ces derniers jours…  Effectivement. Si on a vu ma pomme – et croyez-bien que cela m’est totalement égal. Je ne suis pas en quête d’une quelconque notoriété ou d’un quart d’heure de gloire médiatique – c’est parce qu’en tant que Secrétaire générale de l’UIC, j’ai alerté directement, mais aussi médiatiquement, la Banque de France à de nombreuses reprises ces derniers mois, au sujet des conséquences dramatiques de l’évolution trop lente du taux d’usure sur les emprunteurs, mais aussi sur la profession de courtier, d’aménageur, de promoteur et d’agent immobilier, d’artisan du bâtiment… Bref, tout le secteur immobilier qui représente, excusez-moi du peu, 11 points du PIB en 2022.

le taux d’usure, c’est un terme un peu abscons pour beaucoup de Français. Pouvez-vous préciser en des termes simples ?Pour faire simple, retenez que pour protéger le consommateur, plus précisément celui qui choisit d’emprunter de l’argent auprès d’une banque X ou Y, il a été défini par la Banque de France un taux « plafond » au-delà duquel il n’est plus possible de s’endetter. C’est d’ailleurs une bonne chose. Là où cela pêche, c’est que ce taux est supposé être revu de façon trimestrielle pour correspondre à la réalité et permettre autant aux organismes bancaires de prêter qu’aux acquéreurs éligibles, d’emprunter… Or, dans les faits, on est plus près de 6 mois qu’autre chose, avec des indices de référence favorables, qui ne représentent pas vraiment Monsieur ou madame Toutlemonde.Pourquoi la lenteur de l’évolution du taux d’usure vous révolte-t-elle à ce point ?Mon problème, celui de millions de Français, c’est qu’avec l’inflation galopante que nous connaissons actuellement, le taux d’usure défini aujourd’hui devient complètement délirant. Et que les 6 mois, minimum, de décalage constaté, nous mettent dans une situation inédite  : plus personne ne pourra emprunter bientôt  ! Sachant qu’en plus, le coût de la vie ne va probablement pas aller en s’améliorant…On condamne ainsi des familles entières à rester locataires de leur logement et des investisseurs à freiner ou revoir leurs projets à la baisse. En réduisant le volume de transactions, on met aussi tout un tas de professionnels comme nous, courtiers, sur la paille… Ce qui est ubuesque, c’est que notre rôle est justement de faire gagner de l’argent, en économisant, aux ménages français. J’ai des confrères qui n’ont rentré aucun dossier depuis des mois à cause du seul taux d’usure. Quel avenir peuvent-ils espérer ?

vous en faites aussi perdre, de l’argent, à certaines banques.Vous mettez le doigt sur un sujet sensible. Et loin de moi l’envie de polémiquer car je vois les banques comme des partenaires, pas des adversaires… Et je rappelle qu’une banque ne peut pas prêter gratuitement. Le problème est ailleurs, dans une quête de profits trop importante. Mais je ne m’intéresse qu’à une seule chose  : le client. Quand on est courtier, c’est l’emprunteur la priorité. Ce sont ses intérêts auxquels on veille. C’est lui qui nous paye. On lui doit le meilleur conseil. Faire jouer la concurrence, c’est normal et même plutôt sain.Vidéos : en ce moment sur ActuPour en revenir au taux d’usure trop « lent », est-ce irrémédiable ?Rien n’est irrémédiable. La preuve, alors qu’il déclarait le contraire en début de mois chez vos confrères de BFM, le Gouverneur de la Banque de France, monsieur François Villeroy de Galhau, s’est engagé sur une hausse  « significative et régulière » du taux d’usure lors de notre entretien du 20 septembre (phrase que j’ai notée sur mon calepin, devant lui, pour bien acter les choses -en présence de cinq confrères représentant quelques-uns des plus gros courtiers de France). Avant que ne soit annoncé le 28 une hausse de 0,48% pour le 1er Octobre au lieu des 0,2 ou 0,3% attendus. Cela s’arrange, donc ? Cela est allé assez loin, on ne va pas se mentir. J’avais ressenti un certain mépris dans la communication de la Banque de France quand il a s’agit de commenter dans la presse le bienfondé de nos revendications. Ce que je n’ai pas manqué de souligner. On me l’a clairement reproché. J’ai rétorqué de go  : « Mais alors, s’il n’y a pas de mépris envers la profession de courtier, pourquoi le Gouverneur n’est-il pas présent pour nous recevoir, alors que nous faisons le déplacement à Paris pour le voir ? ». Une heure après, il était autour de la table. L’échange a démarré froidement, est resté cordial, mais s’est soldé par la promesse, tenue, d’une révision plus réaliste du taux d’usure.Nous nous réjouissons donc de cette hausse « significative » selon les propres mots du gouverneur de la Banque de France qui est conforme aux engagements pris par son institution lors de notre rencontre du mardi 20 septembre 2022.Avant de modifier le mode de calcul il y avait déjà urgence à ce que les chiffres retenus pour ce même calcul soient révélateurs du marché et que le décalage temporel réduit ce qui a été fait. Désormais l’UIC en appelle à la responsabilité des Banques pour ne pas asphyxier à nouveau le marché avec une hausse des barèmes intempestifs en cette fin d’année. Nous attendons que débute au plus vite le cycle de travail sur les évolutions de l’usure en présence de la Banque de France, du Trésor, des associations de consommateurs et de l’UIC.

« Si on attend d’être à 3,5% pour réagir, les ménages français auront perdu l’équivalent de 40 000 euros sur 25 ans »

Rien n’est jamais joué…Oui. Et je vais vous répondre avec des chiffres après tout, puisque c’est mon métier. Vous assistez comme moi à la remontée des taux d’emprunt depuis le début de l’année (+ 1% pour atteindre une moyenne autour de 2,2 % sur 25 ans). Si on attendait d’être à 3,5% pour réagir, les ménages français perdraient l’équivalent de 40 000 euros sur 25 ans. L’ironie de la situation, c’est qu’en rectifiant le tir, des gens considérés comme « insolvables » au moment où je vous parle, vont redevenir solvables sans augmenter leurs revenus d’un centime… Un dernier repère, pour rééquilibrer le débat  : on reste encore chanceux car la moyenne des taux en Europe est de 5%, quand elle est de 7% aux USA, même si les modes de calculs sont plus sécuritaires chez nous.Votre prochain combat ?Qu’on reconnaisse le mandat. Rejeter un dossier présenté par un courtier au titre que ce dernier soit en capacité de négocier « d’égal à égal », réduisant les marges de profit de la banque, c’est inadmissible.Un client bien informé est un client moins rentable.Cette phrase, je m’autoriserai à la reprendre à l’occasion.Quel est, pour finir, le poids de la profession en France ?Il y a 34 000 courtiers en France, tous ne sont pas adhérents de l’UIC bien sûr, mais nous sommes déjà présents dans toutes les régions de France et notre nombre grandit. Ma plus grande fierté, c’est que l’UIC dote la profession d’un syndicat, d’une stature nationale et soit reconnue comme un interlocuteur légitime à Bercy comme à la Banque de France. J’éprouve aussi beaucoup de satisfaction à voir qu’en créant l’UIC, nous sommes devenus confrères plus que concurrents.« Unis dans le combat »Exactement. Je ne manque jamais, sinon, de rappeler que nous ne sommes pas des « vendeurs de taux », mais des professionnels qualifiés, réglementés, formés dans différents registres du droit (famille, immobilier…) avec un devoir de transparence et de conseil vis-à-vis de nos clients, qui représentent d’ailleurs 40% des dossiers présentés aux banques en 2021. 60%, même, chez les moins de 34 ans. Vous voyez, il y a en ce moment beaucoup de sujets qui fâchent, mais cela ne m’empêche pas de rester optimiste car nous avons avec nous la loi, les clients, mais aussi l’avenir.Ouvert à tous les professionnels du secteur et fédératrice, l’U.I.C. dispose de représentations dans 9 régions françaises (Ile-de-France, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Rhône-Alpes, Centre-Val-de-Loire, Pays-de-la-Loire, Bretagne, Normandie, Alsace).Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Métropolitain dans l’espace Mon Actu. En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.