Ismaël Doukouré : « Grâce au foot, ma personnalité a changé »


 L’intégralité de cet entretien de 2 pages est à retrouver dans le magazine n°340 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 6 mai. Numéro 340 : 67 millions de sélectionneurs… Mais un seul décideur !

Enfance

Comment s’est déroulée ton enfance ? J’ai grandi dans un quartier de Lille, d’où je suis originaire. J’ai grandi là-bas, je suis né là-bas. J’ai grandi avec mon grand frère, mes deux sœurs ainsi que mes parents. J’ai effectué pratiquement toute ma scolarité là-bas. C’est là-bas que j’ai tapé dans mon premier ballon et que j’ai découvert le foot. Mon quartier s’appelait Boulevard de Metz. Mon père était responsable à Carrefour et ma mère faisait des ménages.Tu étais quel type de garçon ? Petit, j’étais un garçon un peu turbulent, un peu « foufou », qui aimait bien rigoler, faire des bêtises. Au fur et à mesure, j’ai grandi, j’ai pris en maturité, tout ça est derrière. À l’école, au départ, j’étais plutôt calme, réservé, toujours dans le fond. J’écoutais, mais ce n’était pas trop ça. J’étais toujours dans de petites histoires. Mais quand j’ai découvert le foot, j’ai complètement changé ma manière d’être. Je suis devenu plus calme, je ne me prenais plus la tête. C’est grâce au foot que ma personnalité a changé. Je passe mon bac STMG en fin d’année. C’est super important pour moi de passer ce diplôme. C’est la fin d’un cycle, même si je peux continuer mes études après. Mais ça, on verra plus tard. Le bac, c’est une récompense immédiate, autant faire le maximum pour le décrocher. Je pense que ça va le faire. Même si je suis avec les pros, ça ne change rien, je suis mes cours normalement. Je suis dans un lycée privé avec les autres du club. Je suis habitué à alterner entre l’école et le foot. Je fais mes devoirs, je rends mes travaux à l’heure. Je suis attentif, je me donne les moyens. As-tu des anecdotes à raconter par rapport à ton enfance ? J’en ai déjà une au niveau football. Au départ, je n’étais pas inscrit en club, contrairement à mon frère. Et je me rappelle, lors de ses premiers matchs, je voulais absolument jouer avec lui. J’étais derrière la main courante avec mes parents. Je lâchais la main de mes parents pour courir derrière mon frère sur le terrain. Soit je me mettais dans les buts ou n’importe où. Tant que j’étais sur le terrain, c’était la meilleure des choses. J’ai toujours aimé le foot. Je pouvais sortir l’après-midi vers 13h et rentrer à 21 heures uniquement pour jouer au foot, que ce soit avec mon frère ou les grands de mon quartier, ça a toujours été ça.Tu as essayé d’autres sports ? Non, je n’ai pas essayé d’autres sports. Je me suis mis au foot par rapport à mon frère et mon père, qui était lui aussi un footballeur. J’ai toujours pris exemple sur lui et sur mon frère qui ont touché au monde du football. Ce sont deux exemples que je prends au quotidien : dans la vie de tous les jours et au foot. Je n’étais pas né quand mon père jouait même s’il n’a pas évolué au niveau professionnel. Il est toujours dans le football comme directeur technique d’un club de deuxième division en Côte d’Ivoire. C’est un grand connaisseur. 

Ismaël Doukouré : « Grâce au foot, ma personnalité a changé »

Formation

? Au départ, j’ai commencé le foot à 6 ans, dans le club de Wazemmes. J’y suis resté un an. Ensuite, j’ai signé à Lambersart parce que mon frère est parti là-bas. Alors je l’ai suivi. J’ai passé deux ans à Lambersart avec un très bon groupe. Le coach, Pierre-Edouard, m’a beaucoup appris. Il m’a confié le brassard de capitaine durant mes années au club. Voilà comment j’ai démarré le foot. Par la suite, mon frère est parti au LOSC. Je l’ai suivi encore une fois. Je me souviens, j’étais à l’école, et il y avait une classe de neige. Je devais y aller, et mon entraîneur ne voulait absolument pas que j’y aille parce qu’il y avait une double confrontation contre Lille. Du coup, je n’y suis pas allé. Finalement, ça m’a réussi. J’ai suivi mon frère à Lille. J’ai réalisé toute ma pré-formation au LOSC. Je n’en garde que de bons souvenirs. J’ai découvert un autre monde par rapport à mes précédents clubs. Franchement, c’était quelque chose d’inoubliable au niveau de l’environnement et des séances d’entraînement. Pourquoi tu n’as pas été conservé ? Il ne s’agit pas de ne pas avoir été conservé, c’était plutôt un choix de mon entourage et moi. Ça a été l’un de mes meilleurs choix. Je suis parti un an avant de signer aspirant, en U15, avant d’entrer au centre de formation. Le club a essayé de me retenir, les dirigeants n’ont pas compris mon souhait de quitter le club. Mon entourage et moi avions de bonnes raisons de vouloir partir. C’était un choix sportif. Comme on se projetait rapidement, on a préféré changer de route. Tu savais déjà que tu allais rejoindre Valenciennes ? Pas du tout. On ne savait pas. On était un peu dans l’inconnu. On avait un match en U14 face à Valenciennes, justement. C’était en début de saison. J’ai tout de suite aimé l’ambiance, apprécié les personnes qui travaillaient au club. Je connaissais quelques joueurs qui m’ont très bien parlé du club. J’ai automatiquement accroché. Comme on savait qu’on devait partir, j’ai demandé à mon père de faire le nécessaire pour que je signe à Valenciennes. J’ai ensuite rencontré Simon Raux qui m’a tout de suite mis à l’aise, il m’a fait visiter les installations. J’ai rejoint Valenciennes en début de saison. Quelles étaient les différences entre les deux clubs ? Valenciennes, c’est un club plus familial avec beaucoup de valeurs. C’est ce qui m’a attiré, le côté humain qui ressortait. À Lille comme à Valenciennes, il y avait de très bons joueurs. C’est juste la philosophie qui était différente. Avant d’intégrer le centre, j’ai fait un an en sport-étude. Tout s’est bien passé. J’ai beaucoup appris sur les plans sportif et humain. On avait un bon groupe, on avait fini premier du championnat. J’ai enchaîné avec le centre. J’étais sous les ordres d’Olivier Bijotat qui était directeur du centre et entraîneur des U17. Il avait comme adjoint Marcel Kalonji, un ancien défenseur central. Au départ, c’était un peu compliqué, je suis arrivé blessé. Les coachs ne m’avaient pas vu à l’œuvre. Au fur et à mesure, il m’a fait confiance, il m’a fait jouer, il m’a tout de suite responsabilisé en me donnant le brassard dès ma première année en U17. Ça m’a fait grandir au niveau de mon caractère et de ma personne. Olivier Bijotat m’a réellement fait découvrir le football. As-tu une anecdote concernant ta formation ?Une fois, on était au centre, j’étais blessé. On avait mis la musique à fond dans les chambres. Et le bureau du directeur du centre, Olivier Bijotat, était juste en dessous de nos chambres. On avait fermé la porte, et on s’ambiançait, on dansait. Je crois qu’on avait mis le son trop fort. Et le directeur est monté. Il a ouvert la porte et comme par hasard, c’était moi qui dansais derrière la porte. J’étais en transpiration. Quand il a vu ça, il devait se demander : « C’est quoi ce truc ? ». J’étais blessé et il m’a surpris en train de danser. 

Valenciennes

Et pourquoi moi, parce que je suis quelqu’un de naturel, qui aime travailler, qui bosse beaucoup, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Je ne dis pas forcément tout ce que je fais. Et c’est mieux comme ça. Le coach a dû se renseigner auprès de mes éducateurs aussi. Pour moi, ce n’est pas anodin de me retrouver dans cette situation. C’est moi qui ai provoqué tout ça.Comment sont les autres jeunes du centre avec toi ? Tu sens de la jalousie ou de la fierté ? Ce qui m’arrive, c’est une fierté pour eux. Franchement, on avait un très bon groupe, une vraie bande de copains. Alors oui, le bonheur des uns fait le malheur des autres. On peut dire ça par moments. Sauf que dans cette situation-là, je sens que tout le monde est vrai avec moi, il n’y a pas de jalousie.

Personnalité

 En vrai, ce n’est pas compliqué. Mon entourage gère tout ça à merveille. Je ne réponds plus à personne. Si je ne connais pas le numéro, je ne réponds pas. Je reste focus sur mes entraînements, mes matchs et l’école. C’est mieux comme ça. Je ne me prends pas la tête à dire : « Untel m’a appelé ou lui m’a parlé ». De nombreux articles ont été écrits à ton sujet. Le FC Barcelone, l’OM et plein d’autres clubs seraient intéressés par toi. Comment accueilles-tu ces convoitises ? Les convoitises ne datent pas d’aujourd’hui. Avant de signer mon premier contrat professionnel, j’avais déjà des touches concrètes avec des clubs. Je ne fais pas attention à tout ça, je reste focus sur le terrain. J’ai lu que tu pourrais devenir le plus gros transfert de l’histoire du club. C’est quelque chose que tu aimerais ? Je ne calcule pas ça. Mais si je peux devenir le plus gros transfert de l’histoire du club, pourquoi pas. Ce serait quelque chose d’exceptionnel, surtout  pour un jeune comme moi qui vient du centre de formation. Ce serait l’une des plus belles histoires du centre de formation. Je ne dis pas non donc.Si tu étais sur Football Manager, combien miserais-tu sur Ismaël Doukouré ? Bonne question (sourire). Mais comme je ne joue pas à Foot Manager, je ne saurai pas te dire (rires). 

Style de jeu

Les points faibles :  souvent un peu trop joueur Par exemple Si tu es face à un attaquant qui joue en pivot avec son corps, tu t’adaptes. Pour éviter toute mésaventure, c’est mieux d’analyser les attaquants très tôt que ce soit dans le match ou avant le match. C’est super important pour sortir une bonne performance. Que penses-tu de la comparaison avec Upamecano ?  C’est flatteur. Surtout que la personne qui m’a comparé à Upamecano sait de quoi elle parle puisqu’elle l’a entraîné. C’est encourageant. Je vais donner le meilleur de moi-même. C’est une bonne comparaison, un bon exemple. Je vais essayer de suivre ses pas ou même de faire mieux. Comment gères-tu les tentations ? Il faut un juste milieu, ne pas abuser. Il faut savoir quand se faire plaisir. Par exemple, tu peux prendre un fast food une fois tous les deux mois ou une fois dans le mois, mais pas plus. C’est déjà bien. Après, les sorties, les filles, ce n’est pas pour moi. Je suis trop focus sur le foot. Qu’est-ce qui te plait en dehors du foot ? J’aime beaucoup la mode. C’est dû à mon frère. Il aime trop le style. Automatiquement, je me suis mis dedans. Sinon, j’aime tous les sports, que ce soit les sports de combat, le basket, etc. Ma coupe de cheveux ? C’est un projet de longue date (sourire). Mais je ne me suis jamais lancé. Je me suis lancé l’année dernière et là, ça me réussit, je pense (rires). 

Conclusion

tu poserais quelle question à Ismaël Doukouré ?Je lui demanderais : « Comment tout ça est arrivé aussi vite ? ». Et je répondrais : « Grâce au travail et à mon entourage ». Si tu devais terminer l’interview par une phrase qui te représente, ce serait quoi ? (Il réfléchit longuement). Tu me poses une colle-là. C’est bon, j’en ai une que je dis souvent : « Il y a du boulot que pour les bosseurs ! ». Cette phrase, c’est la réalité. Si tu n’es pas un bosseur, il n’y aura jamais de boulot pour toi. Si tu veux t’en sortir, bosse et tu auras un travail, tout simplement. Si tu devais te noter pour cet entretien, tu te mettrais combien ? Avant de finir, je voulais remercier le magazine pour la confiance et te remercier d’être venu. Pour l’interview, je me mettrais 9,5 sur 10 (rires).