Janja Silva, l'inconnue qui a épousé Lula et qui entre dans la lumière à 56 ans


La sociologue a été omniprésente dans la campagne de Lula à l’élection présidentielle. Alors que l’icône de la gauche brésilienne, grand favori dans les sondages, pourrait l’emporter dès le premier tour du vote ce dimanche 2 octobre, sa troisième épouse reste très discrète voire mystérieuse côté vie privée.C’est la troisième épouse de Lula, celle qu’on n’attendait pas vraiment, lorsque l’ex-président brésilien est devenu veuf à 71 ans. la seconde femme adorée de Lula, mère de ses 4 fils, morte en 2017 d’un AVC après trente ans aux côtés de l’homme politique, dont huit en tant que première dame. À ses côtés aussi pendant les nombreuses campagnes de l’infatigable leader de 76 ans qui brigue cette année la présidence pour la septième fois.

Amie des stars

En 2022, celle que l’on surnomme «Janja» a donc pris le relais, apportant son énergie et son enthousiasme au candidat du parti de Travailleurs (PT), enchaînant les meetings, et les appels au vote sur les réseaux sociaux. Celle qui était inconnue du grand public il y a encore peu a vite pris sa place au sein de l’équipe de campagne, se réservant la tâche de faire le lien avec les artistes et les influenceurs. La quinqua souriante (elle a eu 56 ans en août) au visage rond a ainsi fait le plein de soutiens. Des stars du Tropicalisme, comme Caetano Veloso et Gilberto Gil, à l’immense Chico Buarque, témoin à leur mariage en mai dernier, en passant par la chanteuse Anitta, des acteurs d’envergure internationale comme Wagner Moura (qui a incarné Carlos), mais aussi des influenceurs comme la make up artist Juliette, suivie par plus de 33 millions d’abonnés, ou des sportifs à commencer par l’ancien joueur du PSG Rai… tous ont rallié la candidature de Lula. C’est encore Janja qui était à la manœuvre pour organiser le dernier grand meeting de campagne, le Super Live, à São Paulo ce 26 septembre, qui a réuni moult artistes sur la scène. Même l’acteur américain Mark Ruffalo s’est fendu d’un tweet de soutien. Lula et Bolsonaro dégainent chacun leurs soutiens culturels

Omniprésente dans la campagne

Son omniprésence lui a valu des critiques notamment en interne. Pas de quoi doucher la motivation de Janja qui s’est affirmée de meeting en meeting. De sa voix grave et sereine, l’oratrice aux longs cheveux châtains introduit les prises de parole de son mari qu’elle appelle simplement «amor» (amour). Son compte Instagram témoigne aussi de sa récente évolution stylistique. Les jeans, tee-shirts colorés à l’effigie de son mari, et blousons de cuir des débuts ont laissé place dernièrement à des robes monochromes plus habillées, plus «première dame», face à un Luis Inacio Lula da Silva en baskets et jean, comme pour signifier une dynamique propre à la jeunesse. Le candidat du PT est donné favori par tous les instituts de sondage.Rosangela et Lula da Silva en campagne à Salvador de Bahia, le 30 septembre 2022. STRINGER /, restée toujours discrète, Rosangêla n’hésite pas à chanter sur scène et à s’exprimer sur des questions politiques. Elle a ainsi le bras armé de son époux dans la séduction d’un électorat féminin, déjà hérissé contre Jair Bolsonaro pour ses propos sexistes. «Ce sont les femmes qui décideront de cette élection. Des femmes qui aideront à reconstruire notre pays, le Brésil de l’espoir», écrit-elle ainsi sur Instagram. c’est toujours autour de la question des femmes qu’elle se positionne, sensible «aux difficultés rencontrées par les mères de famille, très endettées». Le seul sujet plus intime qu’elle aborde dans ses meetings est la mort de sa mère, Mme Vani Terezinha Ferreira, du Covid, pendant la pandémie, «comme 700.000 Brésiliens».

«Donner un nouveau sens au concept de première dame»

Lula décrivait sa future femme comme quelqu’un de «très politisée, avec une tête bien faite en politique et très féministe». Diplômée en sociologie de l’Université fédérale du Paraná, titulaire d’un MBA en gestion sociale et durabilité, Janja a gagné ses galons de militante depuis longtemps. Membre du PT depuis qu’elle a 17 ans, la sociologue a d’ailleurs connu Lula à travers le parti. Au fur et à mesure que la possibilité d’une victoire se profile, Janja livre des pistes sur son action en tant que future première dame. Interrogée par un follower sur Instagram, elle a abordé le sujet en août  : «Nous travaillons pour que je devienne cette première dame que vous attendez». Ajoutant mystérieusement  : «Et il y a un petit secret  : on va essayer de donner un nouveau sens à ce concept de première dame».Le 15 septembre, elle confirmait qu’elle ne serait pas une «ajudadora» (assistante), reprenant le terme employé par Michelle Bolsonaro, l’actuelle première dame, pour parler des épouses. Quand la femme du président d’extrême droite affiche «l’honneur, la gloire, la force et le pouvoir du roi Jésus» pour credo sur Instagram, Janja elle aligne son cursus universitaire et politique. À Bolsonaro qui appelle les hommes à trouver «leur princesse», elle répond qu’elle ne voit que des «guerrières» dans l’assemblée. la très pieuse première dame brésilienne rattrapée par les affairesInterrogé par le média Uol  sur le rôle de la première dame en juillet 2022, Lula a répondu avec sa spontanéité habituelle  : «Je ne pense pas qu’il doit y avoir un ministère dédié à la première dame, mais je compte sur elle pour m’aider, me conseiller et aussi se disputer avec moi». Et d’ajouter  : «C’est une jeune dame qui a sa propre réflexion, et elle aura toute la liberté de décider le rôle qu’elle voudra tenir».

Visiteuse en prison

Lula et son épouse Janja Silva lors d’une événement à l’école de samba de Portela. (Rio de Janeiro, le 25 septembre 2022.) MAURO PIMENTEL /, on croirait l’ancien président presque intimidé par la forte personnalité de Rosangela. Pourtant au départ, leur rencontre est celle d’un vieux lion de la politique avec une militante de base de 20 ans sa cadette. C’est dans ce contexte d’engagement politique que leurs routes se seraient croisées fin 2017, selon le service de presse du PT, avant que ne commence l’histoire d’amour en 2018, peu avant que Lula ne soit envoyé en prison dans le cadre de la vaste opération anti-corruption Lava Jato («Lavage Express»). Condamné à une peine de 12 ans, l’ancien président passera dix-huit mois dans la prison de Curitiba. Il sera définitivement blanchi en mars 2021 après l’annulation de ses condamnations par la Cour suprême et redevenu ainsi éligible à la fonction suprême. Libéré le 8 novembre 2019, sa première action a été de présenter Janja à la foule venue le saluer. Et de l’embrasser à pleine bouche en plein Curitiba. Car pendant les 580 jours de détention, la sociologue a été un soutien sans faille, multipliant les visites au parloir. «Nous nous sommes écrit 580 lettres l’un à l’autre, je les ai encore avec moi», racontait ainsi Lula en visite à Paris en mars 2020. Et celui qui a toujours crié au complot politique d’ajouter  : «C’est grâce à cet amour que j’ai quitté la prison sans haine».

Je suis amoureux d’elle comme si j’avais 20 ansLula da Silva

«Mur de mutisme et loyauté»

Le Brésil découvre alors cette inconnue, et les médias partent en quête d’informations sur cette fille du sud, née le 27 août 1966 à União da Vitória, dans l’État du Paraná. On apprend qu’elle a suivi des études de socio et travaillé près de vingt ans dans l’entreprise publique Itaipu Binacional qui gère l’immense barrage du même nom. Mais sur sa vie privée avant Lula, rien ne filtre. La revue Veja révèle qu’elle aurait été mariée pendant dix ans et n’a pas d’enfants. Nos confrères du journal de Curitiba Plural écrivent qu’en cherchant à en savoir plus ils se sont trouvés confrontés à un «mur de mutisme et de loyauté». Ils informent tout de même que Janja est la cadette et a deux frères et qu’elle aurait été mariée à un professeur d’histoire. Son père, José Clóvis da Silva, retraité de 82 ans vit toujours à Curitiba. Contactées par le journal, ses amies la décrivent comme une femme «déterminée, organisée, concentrée, loyale». Et affirment que le coup de foudre avec Lula aurait eu lieu lors d’un match de foot de bienfaisance à Guararema, en décembre 2017, où l’ex-président faisait partie de l’équipe menée par le chanteur Chico Buarque.Sur son compte Instagram, ouvert en mai 2017, rien ne dépasse non plus. celle de son chien Thor, a reçu 24 likes. S’enchaînent ensuite traditionnels selfies. de randonnées, de soirées jazz avec son grand ami l’avocat Leandro Pedron, encore des images de chiens et des appels à la libération de Lula. Et le nombre de followers qui passe de 700 à 226.000.

Robe de mariée made in Brazil

Le mariage du couple sera célébré le 18 mai 2022, lors d’une cérémonie privée réservée à un cercle de proches, parmi lesquels de nombreux artistes, dans une résidence chic de São Paulo. La mariée s’avance dans une robe made in Brazil bien sûr. La création blanc cassé brodée à la main par des artisans locaux est signée de la très en vue Helô Rocha.Lula apparaît plus que jamais galvanisé par leur relation  : «Je suis amoureux d’elle comme si j’avais 20 ans», ne se lasse-t-il pas de répéter. Le couple ne se quitte jamais et a sillonné le Brésil main dans la main au cours de la campagne marathon. Uni derrière ce slogan «l’amour vaincra», pour le «Brésil de l’espérance». Un vaste programme à mettre en place pour réparer un Brésil désuni comme jamais après quatre années de la présidence de Jair Bolsonaro. «Sem medo de ser feliz», «sans craindre d’être heureux».