« Je fais confiance aux artistes pour nous faire vivre des mois extraordinaires »


La Croix : Quelles sont les bonnes surprises du Printemps de Bourges 2021 ?Boris Vedel : Le meilleur, c’est que nous avons pu préserver la richesse artistique du programme. En optant pour un format multisalles qui nous permet de ne pas concentrer nos ressources – forcément réduites !- sur un seul lieu, le Printemps de Bourges réussit à accueillir une centaine d’artistes contre 150 habituellement.→ ANALYSE.

Concerts, festivals… En avant la musique !Jean-Louis Aubert fait l’ouverture, un vrai cadeau ! Nous aurons 33 jeunes artistes à découvrir dans la sélection des Inouïs. Cette nouvelle promo incarne la relève. Nous nous réjouissons d’avoir Hervé et Pomme, deux nouveaux talents qui ont réussi à se faire connaître en 2020 et à surmonter la crise en faisant preuve d’une belle résistance.

Et Gaël Faye, Alain Souchon, Jeanne Added, Catherine Ringer, Feu ! Chatterton, Philippe Katerine, Tryo, Ben Mazué, Clou, La Grande Sophie, L’impératrice, Yseult, Ayo… La musique, comme une rivière, trouve toujours son chemin, et en dépit de ces dix-huit mois terribles, la scène française a trouvé son chemin.Et les mauvais points de cette édition particulière ?B. V.

: La mauvaise nouvelle, c’est que nous sommes contraints d’accueillir bien moins de public qu’à l’accoutumée. Nous aurons entre 15 000 festivaliers au maximum, quand ils sont plus de 100 000 d’habitude. Les concerts seront plus courts, car en disposition assise on ne peut pas faire durer ces spectacles plus de deux heures trente.

Le public ne dépassera pas mille personnes par concert.L’esprit novateur du Printemps est-il préservé compte tenu de ces restrictions, ainsi que de l’absence des artistes de musiques urbaines et des vedettes internationales ?B. V.

: Nous avons mené à bien des chantiers qui préfigurent les années à venir et s’inscrivent dans nos valeurs. Et nous avons créé une « Live zone » libre d’accès qui réunira jusqu’à 1 000 personnes devant un écran géant afin de retransmettre gratuitement les concerts en direct dans la ville de Bourges.

Quant à la dimension professionnelle, elle est pleinement remplie. Plus de 5 000 professionnels de la musique ont répondu présent ! Nous accueillons par ailleurs à Bourges les 28 et 29 juin le deuxième épisode des États généraux des Festivals et symboliquement, c’est très fort de renouer avec la création et de grands moments culturels.

Les contraintes qui se lèvent petit à petit vont-elles se traduire par des ajustements ?B. V. : La levée du couvre-feu à partir du 20 juin est vraiment une excellente nouvelle.

Elle permettra de conclure les soirées sans stress. C’était un grand souci pour nous organisateurs, et pour les autorités, car nous sommes en dialogue permanent avec la préfecture, de se demander : comment va-t-on faire si des milliers de personnes sont encore dehors à 23 heures dans les rues ? Circuler en extérieurs sans masque, c’est aussi un vrai plus pour un événement festif comme le nôtre. Nous attendons les décrets et les décisions de dernière minute pour connaître toutes nos possibilités.

En tout cas, cette amélioration des conditions sanitaires conforte le pari que nous avons pris de maintenir le Printemps. Nous n’avons pas voulu jouer sur un « retour à la normale » comme nous l’avions vainement espéré l’an dernier. En 2020, nous étions dans le « tout ou rien », et l’annulation a été trop douloureuse ! Cette année, en optant pour un format minimal, on s’est gardé la possibilité de grossir.

Il sera encore plus possible de faire la fête après le 30 juin pour les festivals qui suivront.Les artistes se produisent dans des formats limités. Leurs cachets ont-ils été réduits dans la même proportion que les jauges ?B.

V. : Il n’y a pas de règles, chaque engagement a été négocié. Les cachets ont été divisés par deux, trois ou quatre par rapport aux années normales.

Les artistes qui le pouvaient ont fait l’effort de s’ajuster, certains ne le peuvent pas. s’ils ne souhaitent pas présenter autre chose que l’œuvre sur laquelle ils ont travaillé pendant des mois, ils ne pouvaient pas proposer de la réduire et le festival ne pouvait pas les accueillir.Quel diagnostic portez-vous sur l’état de la musique en France aujourd’hui ?B.

V. : On peut se questionner sur le choix qui a été fait de fermer pendant ces longs mois, alors que les spectacles vivants n’étaient pas plus dangereux que les supermarchés ou les transports en commun. Un sacrifice a été posé, à contrecœur j’en suis convaincu ! Mais les termes auraient pu être différents.

On peut se poser des questions : pourquoi n’a-t-il pas été possible de chercher des solutions ? Pourquoi l’expression culturelle a-t-elle été sacrifiée ainsi ? On aurait pu faire mieux.On peut présumer qu’on a perdu de grands talents qui ont renoncé à devenir artistes. C’est un métier incertain et précaire.

seule dans son studio à Paris, avant d’avoir rencontré ceux qui l’ont aidée et encouragée. Les artistes sont un peu comme des marathoniens qui courent mieux si on leur tend de temps en temps une bouteille d’eau, faute de quoi ils abandonnent.Nos secteurs ont été grandement aidés toutefois, le soutien des pouvoirs publics a été extraordinaire.

La création a été préservée. Les acteurs culturels ont tenu la route, car ils ont été soutenus. Ils repartiront vite.

La gourmandise du public est là et je fais confiance aux artistes pour redémarrer et nous faire vivre des prochains mois extraordinaires.

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