Deux jeunes de 19 ans condamnés pour avoir lancés des colis vers la prison de Beauvais


Les faits ont eu lieu à la prison de Beauvais lundi 20 mai. – Photo d’archives Oise Hebdo

Kelhyan Couvreur et Enzo Galiana, 19 ans tous les deux, ont été recrutés comme missiliers en consultant une annonce sur Snapchat. Ce métier consiste à s’introduire dans la zone interdite de la prison après avoir découpé le grillage et de lancer par-dessus le mur d’enceinte de la cour de promenade des «boules», des colis destinés à certains prisonniers. Chaque boule lancée doit rapporter à son missilier 50 €. Un autre homme filme les tirs de missile et les vidéos servent au calcul des commissions. Bien-sûr les risques sont grands et ces opérations nécessitent la plus grande discrétion.

Deux jeunes de 19 ans condamnés pour avoir lancés des colis vers la prison de Beauvais

Interpellés le 20 mai au matin

C’est sans doute ce qui a manqué aux deux prévenus, accompagnés d’un mineur. Ils ont été trouvés par des surveillants pénitentiaires de la prison de Beauvais (Oise) près d’un trou pratiqué dans le grillage, qu’ils venaient réparer, ce lundi 20 mai à 8h10. Ils étaient encore en possession de cinq colis. Les trois individus ont été placés en garde à vue.

Devant les gendarmes, Kelhyan Couvreur reconnaît avoir lancé un seul colis dont il ignore le contenu et la provenance. Il dit ne pas connaître les deux autres. Enzo Galiana faisait le guet et filmait. Quant au mineur, il est arrivé en voiture avec les autres. Il savait qu’il participait à un lancer de colis pour un détenu originaire de Lens. Selon lui, c’est Kelhyan qui a coupé le grillage.

La vidéosurveillance de la prison montre deux individus en train de lancer des objets – les enquêteurs en dénombrent quatorze – puis partent en courant. Couvreur et Galiana se reconnaissent.

Kelhyan Couvreur déjà poursuivi dans une autre affaire

Lors de l’audience de comparution immédiate ce mercredi 22 mai au tribunal de Beauvais, Kelhyan Couvreur refuse de répondre aux questions de la présidente. Cette dernière indique qu’il est aussi poursuivi pour des faits survenus à peine une semaine avant, le 14 mai.

Ce jour-là, il se trouve à bord d’une voiture volée en compagnie d’un autre homme. Ils partent de Creil pour se rendre à Paris en passant par Beauvais. Le conducteur conduit trop vite et rate un rond-point à Catenoy (Oise). La voiture termine embourbée dans un champ. Les deux hommes l’abandonnent et prennent la fuite à pied, mais les gendarmes, qui se sont rendu compte que la voiture a été volée à Lens, les rattrapent.

Ils sont conduits à la gendarmerie où l’un des militaires entend un dialogue entre les occupants de la voiture. Le conducteur dit à l’autre qu’il a réussi à jeter «le sac dans un champ», l’autre lui répond «tant mieux, on ira le récupérer plus tard». Ils n’en auront pas le loisir car les gendarmes, aidés d’un chien, vont les précéder. Le sac à dos bleu contenait des paquets contenant des téléphones, des chargeurs, des clés USB, des pommes de terre, très utiles pour les parachutages de résine de cannabis conditionnée en plusieurs petits paquets de plus.

Kelhyan Couvreur avait 505 € en espèce sur lui et les billets avaient un taux de stupéfiant supérieur au taux normal. Il a reconnu que «le conducteur a fait le con et on est sorti de la route». Il indique que le sac leur a été remis à Lens pour la prison de Beauvais.

Avant de sortir de garde à vue, où il s’est montré provocateur, Kelhyan Couvreur a trouvé le moyen d’outrager un gendarme qui lui a demandé le code de déverrouillage de son téléphone en le traitant de «gros porc, fils de pute».

Couvreur et Galiana, deux profils différents

Contrairement à Kelhyan Couvreur qui refuse toujours de répondre aux juges, Enzo Galiana se montre plus loquace : il assure qu’ils ne se connaissent pas, qu’ils ne sont pas arrivés par la même voiture, mais qu’ils font bien partie du même groupe Snapchat. Il ne sait rien et c’est sous la menace qu’il a lancé trois boules, ce qui devait lui rapporter 150 €. Selon lui, le grillage était déjà découpé, ce qui ne surprend pas les juges, cette soirée du 20 mai ayant été chargée en parachutages. Le mineur était chargé de la vidéo.

Originaire du Plessis-Belleville, Enzo Galiana n’était jamais venu à Beauvais. Il a été condamné cinq fois depuis 2021, dans des affaires de stupéfiants et de détention d’armes. Il vit chez sa mère et travaille comme cariste. Comme il doit passer le permis le 30 mai, il a mis un frein à sa consommation de cannabis. «Je veux faire ma vie comme tout le monde, dit-il, c’est la première fois et la dernière fois que je sais ça.»

Kelhyan Couvreur, quant à lui, n’a été condamné qu’une fois en 2023, pour remise d’objets à détenus, ce qui le met en état de récidive. Il vit chez sa mère dans le nord de la France. La famille va déménager à Aurillac ce qui ne l’enchante pas du tout. Il tient à rester ici, sans savoir où il va habiter. Il travaillait comme carreleur en CDD dans une entreprise qui n’a pas résisté à la pandémie de covid. Depuis son licenciement, il dérive et s’ancre dans une vie délinquante, sans projet de vie.

Un phénomène lucratif selon le procureur

Vu le nombre de dossiers de personnes qui, au moyen des réseaux sociaux, se livrent aux parachutages sur les prisons de Beauvais et Liancourt, le procureur parle d’économie parallèle, d’un phénomène lucratif quand on voit les sommes parfois importantes trouvées sur les «missiliers». Il se demande «quelle peine il faudrait pour convaincre Kelhyan Couvreur, qui se trouvait sous une interdiction de paraître dans l’Oise, de se tenir tranquille ?»

Il demande au tribunal de révoquer la peine de trois mois avec sursis, prononcée antérieurement. Il y ajoute, pour les affaires du jour, douze mois, dont six mois sous sursis probatoire et six mois ferme avec mandat de dépôt. Ainsi qu’une amende de 500 €, puisque l’argent est sa motivation principale. En ce qui concerne Enzo Galiana dont la personnalité est différente, il demande huit mois de prison avec sursis simple et toujours une amende de 500 €.

Perrine Garcia, qui défend Kelhyan Couvreur, indique que sa mère est prête à continuer de l’héberger et aimerait que son fils soit placé en détention à domicile sous surveillance électronique, ce qui l’obligerait à la suivre à Aurillac et à couper court à ses mauvaises fréquentations du Pas-de-Calais. Amélie Martinez explique que son client, Enzo Galiana a agi par appât du gain, à cause de ses mauvaises fréquentations. Selon elle, «il a compris que maintenant il est majeur et que les peines de la justice des majeurs sont plus lourdes». 

Les deux jeunes hommes reconnus coupables

Les deux hommes sont reconnus coupables. Kelhyan Couvreur, est condamné à douze mois de prison, dont huit sous sursis probatoire avec obligation de travail et de payer les sommes dues au trésor public et interdiction de paraître dans le département de l’Oise et de rencontrer Enzo Galiana. Les quatre mois de prison ferme sont aménagés par le tribunal en détention au domicile de sa mère, sous bracelet électronique. Son collègue écope de six mois de prison sous sursis probatoire avec interdiction de rencontrer Kelhyan Couvreur, obligation de travail et de payer les sommes dues au trésor public.