le journal des femmes du centre social de la Solidarité


Une quinzaine de femmes vivant à la cité de la Solidarité, dans le 15e arrondissement de Marseille, se lancent dans l’écriture d’un journal. Une aventure, un apprentissage du journalisme et, surtout, une volonté de changer l’image des quartiers Nord.

« Si on vous offrait un appartement dans les quartiers Nord, vous l’accepteriez ? », demande Kahina, le casque vissé sur les oreilles, l’enregistreur pointé vers un passant de l’avenue du Prado. Mission micro-trottoir dans les quartiers Sud, pour comprendre les clichés, sur les uns, sur les autres, et leur tordre le coup.

le journal des femmes du centre social de la Solidarité

Ce jour-là, la petite rédaction de la Soli, est venue distribuer un peu de bonne humeur, et quelques papillotes, sur les trottoirs du 8e arrondissement de Marseille, mais surtout poser les bonnes questions aux passants.

« Moi, je ne passe pas pour une maghrébine », explique Kahina, en montrant la blondeur de ses cheveux. « Et pourtant je suis d’ Alger ! Et je ressens le racisme tous les jours. Ça fait mal au cœur », explique-t-elle. Alors, quand on lui parle de délinquance dans les quartiers Nord, elle (re)bondit : « Dans les quartiers Sud n’y a-t-il pas de délinquance ? »

ou lors des sorties scolaires. » Et elle a l’œil. Ses portraits sont réussis, et touchants. « J’adore ça, et puis ça me permet de rencontrer des gens », ajoute-t-elle.

la « der » du journal.

Et des questions, elles en ont à nous poser : « Est-ce que ce métier est dangereux ? Comment vérifiez-vous vos informations ? Est-ce que vos sources sont sûres ? Parfois, vous accusez sans avoir vérifié ? »

Ou peut-être un peu curieuse explique notre confrère Thierry Bezer.

Interview de Thierry Bezer, au sein de la rédaction.

qui évoque la cellule des Révélateurs une vidéo  

Il est midi, l’heure du journal télévisé. Les reporteur-es de la Soli se dirigent vers la régie et le plateau. Le direct commence.

un petit mot de Nathalie Ramirez, qui explique qu’elle ne parle pas seule, mais qu’elle reçoit des informations à l’oreillette. Petit rire silencieux, pendant que la présentatrice reprend la parole. Tout est calculé, à la seconde près leur explique-t-on.

Fatiha a le sourire vissé depuis le début du journal, et les yeux qui brillent.

Quand j’étais jeune, au pays, je voulais être speakerine. C’était mon rêve. Mais mon père ne voulait pas. On habitait trop loin de l’école.

Fatiha, animatrice au centre social de la Solidarité

S’en suivra un long échange plein de bonne humeur sur le plateau. Kahina repère vite les boucles d’oreilles posées sous le comptoir : « C’est vous qui choisissez vos tenues ? », s’enquière-t-elle. Et oui, et « vous remarquerez aussi que je suis arrivée en retard, et que j’ai dû me passer un petit coup de brosse juste avant le début du journal », plaisante Nathalie en montrant sa brosse juste sous ses documents !

Après avoir tenté l’exercice du prompteur, la troupe nous salue. A-t-on répondu à leurs nombreuses questions ? Nous l’espérons  !

Le lendemain, ce sont les reporteur-es qui nous accueillent. Tous les mardis après-midi, elles se retrouvent au centre social de la Solidarité, pour une conférence de rédaction, animée par Samantha Rouchard.

et a créé il y a deux ans Car cet été j’avais fait un journal avec les enfants de la Solidarité » Les mamans aussi ont des choses à dire.

Une page sur les clichés, une double sur la parentalité, avec un témoignage sur le harcèlement scolaire. Une autre sur l’inflation. Les sujets sont sérieux, et concernants.

Les « conf de rédac » du mardi, au centre social de la Solidarité.

ajoute Samantha : l’important pour elles »

et qu’ils puissent s’exprimer sur ce qu’ils vivent, ou même sur des sujets d’actualité », ajoute-t-il. 

Kahina confirme : « Ce qui me plaît, c’est parler aux gens, comprendre ceux qu’ils pensent de nous, les habitants des quartiers Nord. Et puis c’est un moment pour nous. » 

Ne plus être passif face aux informations télévisées, mais bien « se réapproprier les sujets. » « Même si elles ne vont peut-être pas tout écrire de A à Z, ce n’est pas grave. L’atelier, c’est surtout un prétexte pour aller à la rencontre des autres, et voir le monde différemment. Le but c’est qu’elles se l’approprient, et qu’elles n’aient plus besoin de moi ! « , sourit Samantha Rouchard.

En bref, « un fabuleux outil, et de compréhension du monde, et de réappropriation de sujets de société. » Et peut-être pour certaines, se dépasser un peu, oser prendre la parole, aller vers un employeur, mener des débats…

Le premier numéro du journal sortira à la fin du mois de janvier. Il s’intitulera : « Soli Magasine, l’info qui prend de la hauteur ».