La Chine lance Tianhe, la première «brique» de sa propre station spatiale


Le Parisien

Jeudi, l’ISS, la Station spatiale internationale où travaille actuellement Thomas Pesquet, ne sera plus seule. Dans la nuit de mercredi à jeudi, une fusée Longue Marche doit décoller pour placer en orbite Tianhe, le module de base d’une station spatiale chinoise vouée à accueillir bientôt des taïkonautes en continu. La mise à feu aura lieu à 5h18 (heure française), depuis Wenchang, dans la province du Hainan.

Un tir qui inaugure un rythme soutenu de lancements.A commencer par un premier vol cargo le 20 mai prochain. Il sera suivi de l’arrivée dans la station le 10 juin de trois hommes qui devraient y séjourner autant de mois, avant que d’autres équipages s’y installent plus longtemps.

A la fin 2022, les taïkonautes se relaieront et la présence sera permanente. « Ça fait une séquence importante en un an et demi. C’est un gros défi pour la Chine.

Elle n’a jamais entrepris de vols habités avec une telle cadence. Ils ne vont pas chômer », commente Philippe Coué, chercheur et auteur indépendant. la Chine avait mis en orbite deux stations éphémères aujourd’hui retombées, Tiangong-1 et Tiangong-2, et lancé six missions habitées.

« Ils y sont allés par petits pas comme ils font toujours. Sauf que depuis l’arrivée de Xi Jinping , il y a vraisemblablement des décisions qui ont été prises pour accélérer le programme spatial. Ils commencent maintenant à montrer l’étendue de ce qu’ils veulent et de leur ambition.

Mais la station c’est une décision qui a été prise probablement dès la fin des années 1990. »Mir en plus spacieuseDe l’extérieur, Tianhe ressemble à s’y méprendre au module de base de Mir, la station russe qui a gravité autour de la Terre entre 1986 et 2001. « Quand les décisions ont été prises sur les vols habités, les Chinois ont regardé ce qui fonctionnait.

Il n’y avait pas encore l’ISS, la navette semblait compliquée à faire. La seule station dont ils pouvaient s’inspirer, c’était Mir. Ils se sont dit : ça, ça marche, donc on va le faire.

Station spatiale Tianhe : une astronaute chinoise sort dans l’espace, une première

Comme d’habitude, ils ont fait de la réinnovation à la chinoise, en regardant les fonctionnalités qui ont prouvé leur fiabilité, en faisant quelque chose qui répond plus à l’état de l’art du moment et à leurs besoins », poursuit l’auteur du livre Shenzhou, Les Chinois dans l’espace (Editions L’Esprit du Temps).

Aussi, à l’intérieur, les Chinois semblent avoir pensé un aménagement plus moderne et plus spacieux, à en croire une vue d’artiste diffusée ces derniers mois sur CCTV, la Télévision centrale de Chine. « Cette image confirme que les cellules de repos se trouvent dans la partie avant, étroite, du module, tandis que la partie de gros diamètre ne comprend que des racks à la fois pour le pilotage, la gestion de la station et pour faire de la science très vite », détaille Philippe Coué.

Une vue d’artiste du module Tianhe, diffusée par la chaîne chinoise CCTV.

Coopération ou hégémonie ?L’objectif évident de cette Station spatiale chinoise, CSS, parfois appelée Tiangong-3 ou simplement Tiangong, est de supplanter l’ISS, dont la Nasa souhaite progressivement se désengager. La Chine souhaite-t-elle exercer une hégémonie en orbite basse ou s’ouvrira-t-elle à des coopérations avec les Occidentaux ? L’Agence spatiale européenne (ESA) semble y voir des opportunités pour ses astronautes, dont plusieurs se sont entraînés en Chine et ont appris le mandarin.Pour Philippe Coué se pose la question de l’utilisation du « jumeau » de Tianhe.

Car la « brique » centrale de la CSS a été conçue en double, une pratique courante. « Il y a des plans qui montrent un doublement de la station, avec un corps central numéro deux qui viendrait se brancher au premier. Les Chinois disent que le deuxième serait pour accueillir des modules étrangers.

À moins que la Chine décide de mettre un deuxième module indépendant pour faire une seconde station, simplement pour le prestige, pour dire : on en a deux. La probabilité n’est pas nulle. »