La Chine, « passager clandestin » de la reprise mondiale


La reprise se confirme en Chine. La Banque mondiale a encore relevé ses prévisions de croissance mardi, prévoyant une hausse du PIB de 8,5 % chez le géant asiatique, soit 0,6 point de plus que prévu auparavant. En repartant plus vite et plus fort que la plupart des pays avancés, la deuxième puissance économique de la planète creuse l’écart et devient la destination privilégiée des investisseurs étrangers, devant les Etats-Unis.

Mais tous les signaux ne sont pas au vert et « les économistes chinois se demandent s’il faut y voir une tendance durable ou davantage un pic », relève François Godement, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne et auteur d’une étude à paraître ce jeudi. Outre les incertitudes liées à l’évolution de la situation épidémique et à l’attitude américaine sous présidence Biden, les analystes chinois pointent un écart de richesse grandissant entre les provinces du nord et celles du sud de la Chine, entre les métropoles de la côte est et les régions rurales de l’intérieur. Ils dépeignent également une reprise plus forte du côté de l’offre que du côté de la demande qui ne fait pas consensus.

« Les débats révèlent aussi une volonté exprimée par au moins quelques experts chinois, de voir émerger des politiques plus volontaristes » en faveur d’un soutien à la consommation.

Plan de relance limité

Là est bien la différence avec la grande crise financière de 2008. A l’époque, la Chine avait joué le rôle de locomotive de la reprise mondiale grâce un plan de relance considérable (proche de 600 milliards de dollars).

Mais, au sortir de la pandémie mondiale, Pékin a opté pour un plan de soutien limité et ciblé sur son outil de production. « La croissance de la Chine ne stimule pas l’économie mondiale », confirme l’étude. Le pays se comporte, au contraire, « en passager clandestin, réalisant son rebond économique sur la base d’un soutien de la demande mondiale par les autres banques centrales.

 » Dit autrement, l’usine du monde surfe sur la vague des plans de relance massifs mis en place en Europe et aux Etats-Unis pour soutenir la demande.Le « made in China » ne s’est jamais aussi bien porté, avec des exportations qui volent de record en record. « Il y a eu un bond spectaculaire en 2020 des exportations de matériels médicaux, de produits électroniques et d’ameublement liés aux confinements en Europe et aux Etats-Unis où les appareils de production étaient très ralentis, observe Francois Godement.

Mais, la tendance reste tout aussi frénétique au premier trimestre 2021. »

Déséquilibre

Avec des exportations records, des investissements étrangers qui repartent à la hausse et, a contrario, des capitaux et touristes chinois qui ne partent plus à l’international, la balance des paiements du géant asiatique redevient largement excédentaire, contrairement à la tendance pre-Covid19. « Ce déséquilibre, qui nous ramène plusieurs années en arrière, est-il durable ? Les experts chinois en débattent », relève encore François Godement.

Si certains appellent à une politique plus proactive de soutien à la demande, Pékin n’en prend pas la direction  : la Chine cherche à normaliser ses politiques fiscales et monétaires et la dynamique de ses exportations reste une priorité. Des choix qui méritent débat. « Dans les relations bilatérales avec la Chine et dans les enceintes comme le G7 et le G20, les partenaires gagneraient à interroger la Chine sur sa volonté de soutenir l’économie mondiale comme il sied à son statut de leader mondial », conclut l’Institut Montaigne.