« La décision de déconfiner est un pur choix politique »


spécialiste des questions de santé, et Olivier Faye, chargé du suivi de l’exécutif, ont répondu à vos questions sur les étapes de déconfinement progressif annoncées par Emmanuel Macron dans la presse régionale. du 3 mai au 30 juin, sous réserve de l’évolution de la situation sanitaire dans chaque département

Jacques C  : Comment analyser la décision du gouvernement de lever les restrictions alors même que la situation sanitaire reste précaire ?

de tourner la page du gros de l’épidémie à la rentrée pour pouvoir ensuite entrer en campagne et à nouveau proposer un projet d’espoir aux Français. Selon lui, « nous avons une nouvelle décennie française à bâtir, qui sera la décennie de notre jeunesse ». Une véritable déclaration de candidat à la présidentielle.

« La décision de déconfiner est un pur choix politique »

le déconfinement en quatre étapes sous conditions d’Emmanuel Macron

Breton-inquiet  : En déconfinant de la sorte et avec le passe sanitaire autorisé pour les personnes vaccinées, ne risque-t-on pas de favoriser l’apparition de variants résistants au virus et ainsi produire l’effet inverse de celui voulu ?

Delphine Roucaute  : C’est un scénario pris très au sérieux par de nombreux épidémiologistes  : dans une population protégée seulement en partie (soit de manière naturelle après une infection, soit par la vaccination), la pression de la sélection s’exerçant sur le virus augmente fortement, accélérant sa propension à évoluer vers des variants échappant potentiellement aux vaccins. D’où l’importance d’une campagne vaccinale rapide et d’un niveau de circulation du virus le plus bas possible  : plus il circule dans la population, plus il mute. Pour autant, certains chercheurs estiment que le SARS-CoV-2 n’est pas loin d’avoir épuisé son potentiel de mutations.

Ce qui est certain, c’est qu’en l’absence de mesures efficaces pour contrôler l’épidémie, on multiplie les risques de voir émerger des variants, avec toutes les combinaisons possibles en termes de virulence, contagiosité et échappement immunitaire que cela présuppose. Qui va gagner la bataille des variants ?

Ben  : Avec tous les indicateurs dans le rouge, n’est-il pas dangereux de suivre un calendrier avec des dates prédéfinies plutôt que de prendre des décisions plus en phase avec la situation réelle ?

Olivier Faye  : Bien évidemment, l’exécutif souhaite que la pression baisse sur le système hospitalier. Mais ce n’est plus la seule priorité d’Emmanuel Macron.

« La vie de la nation ne se réduit pas à l’évolution des courbes », assume le chef de l’Etat, qui s’accroche à l’idée que la vaccination lui permettra de sortir de l’ornière. Or, c’est une course contre la montre avec les variants qui est loin d’être gagnée. D’autant plus que certains scientifiques, à commencer par le « Monsieur vaccins » de l’exécutif, Alain Fischer, estiment que l’immunité collective ne pourra être atteinte qu’à partir d’un très haut niveau de vaccination de la population, sans doute au moins 80 %.

Six questions sur le « passeport vaccinal », promesse d’un retour à la vie normale ou mesure inéquitable ?

oco  : La quatrième vague sera-t-elle un risque pour les vacances d’été ?

Le calendrier : Qui peut se faire vacciner et quand ? Enfin, la plus grande inconnue reste le comportement de la population  : va-t-on relâcher les gestes barrières avec les premières ouvertures de terrasse ou va-t-on réussir à juguler la dynamique de l’épidémie en respectant les règles sanitaires pendant encore quelques mois ?

Manu  : Pourriez-vous rappeler que le taux d’incidence est un outil qui dépend complètement du nombre de dépistages réalisés et ne permet donc pas de se comparer entre pays ?

En cartes : Hausse, stabilisation ou baisse, où en est l’épidémie dans votre département ?

Quentin  : La décision de déconfiner est-elle politique ou vraiment sanitairement justifiable ?

Olivier Faye  : C’est un pur choix politique. Souvenons-nous que lors du dernier déconfinement, à la fin de 2020, Emmanuel Macron avait fixé l’objectif de 5 000 nouveaux cas par jour. Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 25 000.

Il y a donc un choix assumé de considérer que la situation sanitaire ne dicte plus à elle seule la politique de la France, mais que la situation économique et sociale ou l’état psychologique des Français comptaient autant, sinon plus. Ce bouleversement de l’ordre des priorités se reflète d’ailleurs de plus en plus dans les enquêtes d’opinion, et l’impatience des acteurs économiques exerce une pression considérable sur l’exécutif. Emmanuel Macron doit composer d’un côté avec les médecins, de l’autre, les entrepreneurs.

Mais il ne veut également pas qu’on ne se souvienne que la génération Macron, la jeunesse d’aujourd’hui, aura seulement vécu enfermée sous sa présidence, qu’elle rumine ses « expériences volées », comme il l’écrit dans une tribune à L’Opinion publiée jeudi. après un an de crise sanitaire, l’abattement des travailleurs

Stupéfaction  : Quelles pratiques et quels lieux favorisent la contamination ?

Delphine Roucaute  : Depuis un an, on commence à mieux connaître le virus du SARS-CoV-2 et la manière dont il se transmet. Si au début de l’épidémie on a beaucoup insisté sur la transmission manuportée, de multiples travaux scientifiques convergent dans le sens de l’importance de la transmission aérosol, c’est-à-dire les gouttelettes qui stagnent dans l’air car extrêmement petites et dont la concentration dépend des courants d’air.

C’est pourquoi les messages sanitaires insistent autant sur le risque de contagion en intérieur par rapport à l’extérieur  : si l’air stagne et n’est pas renouvelé, les particules portant le virus s’accumulent dans une pièce et multiplient le risque de contagion. En extérieur, le risque existe toujours, notamment si la personne en face de soi émet des projections qui touchent notre visage, mais il est bien inférieur. Et c’est pourquoi on dit également que le risque de cluster en extérieur est très faible.

Ces données plaident en faveur d’un port du masque généralisé en intérieur, surtout mal aéré, mais également en extérieur si on est amené à coller d’autres gens (typiquement lors d’un concert si aucune jauge n’est respectée). C’est également pourquoi le repas est un moment lié à un surrisque de contamination  : on parle, on postillonne, on a tendance à toucher les mêmes choses et à porter la main à sa bouche, qui est une voie préférentielle de contamination avec les voies respiratoires supérieures (le nez). Lire l’éditorial du « Monde »  : Pour réussir le déconfinement, accélérer la vaccination Le Monde .