la gauche n’y arrive toujours pas


Eliane Romani et Aurélie Filippetti.

Finalement non, l’union n’a pas eu lieu. Dimanche 20 juin, après les résultats du premier tour des régionales, Éliane Romani (14,6 %) et Aurélie Filippetti (8,64 %) semblaient sur le point de s’entendre pour faire campagne ensemble en vue du second tour. Les discussions ont tourné court. En cause  : « des comportements agressifs » selon l’une, « une fausse main tendue » selon l’autre.

« Je tends la main à d’autres listes. » Quelques minutes seulement après la révélation des résultats du premier tour des élections régionales, Éliane Romani ouvre une porte à l’espoir des électeurs de gauche de voir enfin leurs deux candidates se retrouver. La tête de liste écolo dit avoir envoyé un message à Aurélie Filippetti pour entamer des discussions, cette dernière y a répondu favorablement. Les deux femmes disposent alors de deux jours et deux nuits pour trouver un accord qui n’a jusque-là pas pu aboutir. Le lendemain, on découvre très vite que la rencontre a tourné court. Échec des négociations. Éliane Romani dépose la même liste qu’au premier tour dès 9 h du matin. « Du cinéma »  : c’est ainsi qu’Aurélie Filippetti décrit « cette histoire de SMS. Ils n’ont jamais voulu négocier avec nous. Ils ont fait semblant. Ils nous ont reproché d’exister, d’avoir fait campagne. Nous avons eu droit à une litanie de reproches et une belle leçon de morale sur l’éthique en politique ».

« Ils veulent tous les pouvoirs »

Derrière ce « ils », Aurélie Filippetti place la fédération du Parti socialiste de la Moselle. Entre eux, rien ne va plus depuis des années, depuis toujours. Selon l’ancienne ministre de la Culture, la rupture date de bien avant 2014 et son départ du gouvernement de Manuel Valls. « Cela remonte au tout début en réalité, aux législatives de 2007. Ils n’ont jamais accepté que je sois présente politiquement en Moselle. Ils veulent tous les pouvoirs. Aucun débat démocratique ne peut exister au sein de la Fédération du PS de la Moselle », estime Aurélie Filippetti.

Du côté d’Éliane Romani, les mots ne sont pas plus tendres. « L’Appel inédit a eu envers nous des comportements violents, agressifs. Il y a eu des insultes, des mensonges. Je ne m’imagine pas travailler avec une équipe qui détruit tout le processus de consensus et de rassemblement que nous avons mené avec les écologistes, les socialistes et les communistes au cours des derniers mois. En politique, l’éthique et la bienveillance, ça compte. Ça me désole que cela se soit passé comme ça, cela aurait été intéressant pour nos électeurs », développe la tête de liste « Il est temps ».

« Une question de comportement »

Les choses auraient-elles été différentes si Éliane Romani et Aurélie Filippetti s’étaient retrouvées seules pour discuter ? « Il n’y a pas de problème entre nous deux, on se connaît depuis longtemps. Il ne s’agit pas d’une histoire qui concerne seulement deux personnes mais entre deux équipes. La divergence n’est pas politique puisque nous sommes raccord sur les idées. C’est une question de comportement », dit Éliane Romani.

« Ils ne la laissaient pas parler… Elle était coincée dans cette coalition », répond Aurélie Filippetti. Malgré l’échec des négociations, cette dernière ressort de cette campagne « très contente. On partait de rien avec très peu de moyens financiers. Nos scores en Meurthe-et-Moselle et en Moselle prouvent qu’il y a un besoin d’une offre de gauche ». L’aventure de l’Appel inédit ne va pas s’arrêter là. « Nous allons l’ancrer et le transformer en association, continuer à travailler sur nos idées, à fédérer notre réseau, à élargir notre assise », précise Aurélie Filippetti.

Éliane Romani, elle. Même sans consigne de vote, ses électeurs vont sans doute se rabattre sur le choix d’Éliane Romani qui permettra à la gauche d’exister dans le Grand Est. Depuis lundi, la Thionvilloise sillonne les départements du Grand Est avec ce message  : « Si vous ne voulez pas voir la droite ou l’extrême droite à la tête de la Région, il est temps de voter pour nous. Nous sommes la seule alternative. »