la nuit ubuesque de Farid Kharkhach dit « Farid la poisse », le « demi-acquitté » du procès


C’est une petite histoire qui s’est déroulée dans l’ombre du grand procès des attentats du 13 novembre 2015, quelques heures après le verdict. Elle concerne l’un des accusés, Farid Kharkhach, Belgo-Marocain de 40 ans qui encourait vingt ans de prison pour avoir fourni de faux papiers d’identité à Khalid El Bakraoui, l’un des maîtres d’œuvre de la cellule terroriste. Durant le procès, il avait contesté les faits et ses avocates avaient plaidé l’acquittement. Elles ne l’obtiendront pas.Procès des attentats du 13-Novembre  :, lors de la longue lecture du verdict, mercredi 29 juin au soir, le cas de Farid Kharkhach retient l’attention. Parmi les accusés. En résumé, il est coupable de fourniture de faux papiers. Mais il ne pouvait pas avoir conscience d’apporter son aide à une organisation terroriste. Les juges estiment, en effet, « que le passé criminel de Khalid El Bakraoui et sa personnalité pour le moins problématique étaient connus de tous, qu’il avait la réputation d’un criminel, d’un violent, d’un sociopathe, de quelqu’un qui faisait peur », cependant Farid Kharkhach ne pouvait connaître « son adhésion à une organisation terroriste comme l’Etat islamique ». Des faits pour lesquels il a finalement été condamné à deux ans de prison, la peine la plus basse parmi la vingtaine d’accusés (six ans d’emprisonnement avaient été requis à son encontre par le parquet antiterroriste).
Farid Kharkhach étant placé en détention provisoire depuis cinq ans et demi, le verdict devait être applicable immédiatement, la levée d’écrou devant être aussitôt ordonnée par la justice. A la sortie de l’audience mercredi soir, Fanny Vial, l’avocate de Kharkhach, estimait que sa remise en liberté n’était qu’une question d’heures. Elle en était persuadée  : son client passerait avant minuit les portes de la maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine). Son épouse était même en route depuis la Belgique pour venir le chercher. Cette dernière se trouvait à un quart d’heure de Nanterre lorsqu’elle a appris que son mari allait faire l’objet d’une mesure de rétention. lui dit-on alors, sont même devant la maison d’arrêt pour l’amener au centre de rétention de Vincennes. Sa joie et ses larmes d’après le verdict ont vite été gommées par cette décision administrative. Le procès du 13-Novembre s’achève sur un verdict à la hauteur des crimesJointe par « l’Obs », la préfecture des Hauts-de-Seine s’explique  : « La loi permet au préfet de prendre des mesures d’éloignement envers les étrangers (y compris Européens) dont le comportement représente une menace du point de vue de l’ordre public. Défavorablement connu des services de police, notamment pour les faits pour lesquels il vient d’être condamné, M. Kharkhach, de nationalité belge et marocaine, est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français datée du 25 février 2022. » C’est cette mesure administrative qui est donc appliquée. Elle est, par ailleurs, assortie d’une interdiction de circulation sur le territoire français pendant trois ans.

Situation kafkaïenne

Sidérées par cette situation survenue au terme de dix mois de procès, les avocates de Farid Kharkhach ne dissimulent pas leur colère . Dans un communiqué, Fanny Vial, Louise Dumont Saint-Priest et Marie Lefrancq estiment que, « par ce placement en rétention. Profitez de -50% la première année en vous abonnant à L’Obs avec Google En choisissant ce parcours d’abonnement promotionnel, vous acceptez le dépôt d’un cookie d’analyse par Google. En réalité, la situation est avant tout kafkaïenne  : comme le souligne la préfecture, Farid Kharkhach devrait être éloigné vers la Belgique dans les plus brefs délais. Et, comme le relèvent ses avocates, il « souhaitait quitter sans délai le territoire français pour rejoindre la Belgique où réside sa famille et dont il est lui-même ressortissant ».Rejointes par les autres avocats de la défense du procès « V13 », elles dénoncent « l’absurdité de cette mesure ». Et l’amertume qu’elle provoque au lendemain de l’épilogue d’un procès historique.