La Rep' embarque 12 heures avec les sapeurs-pompiers de Pithiviers


Leur journée commence à 8 heures, ce jour-là. Une garde de 12 heures pour les uns, 24 heures pour les autres. Après le rassemblement du matin pour désigner les affectations, la première tâche est un échauffement physique. C’est Olivier qui s’en charge. Dans la bonne humeur. Ça commence déjà à chambrer de toutes parts ; on est dans une caserne de sapeurs-pompiers, alors forcément… Au centre de secours de Pithiviers, plus précisément.

Deuxième tâche : les vérifications des véhicules (tout le matériel doit être à sa place et ne pas manquer). Jérémy n’a même pas le temps de monter dans le fourgon pour sa première « vérif » que son « bip » sonne à sa ceinture : « Accident d’une voiture seule à Dadonville ». Pas plus d’informations que cela. Il n’est même pas 8 h 30. D’un coup d’un seul, l’ambiance de franche camaraderie et de rires change du tout au tout. Les gestes de chacun sont précis. Ces pompiers savent ce qu’ils ont à faire. Et ça va très, très vite. Pour monter dans les véhicules. Pour conduire. La vie d’une personne est peut-être en jeu.

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Un sapeur-pompier a déjà sauté dans l’habitacle

La voiture est sur le côté. Entre le fossé et la chaussée. Sur cette route de campagne. Un sapeur-pompier a déjà sauté dans l’habitacle pour être au plus près de la victime et prendre ses constantes. Une jeune femme de 19 ans, plus choquée que blessée, heureusement. Maintenant, comment va-t-on la sortir de là ? De brefs échanges arrivent à cette conclusion : il faut découper le pare-brise.

Pendant ce temps-là, les parents de la jeune femme arrivent. La mère s’arrête net en voyant la voiture sur le côté. Tout de suite, les pompiers la rassurent. Ils sont toujours au contact de la victime. Et en même temps, ils sécurisent la route pour éviter un suraccident. Les gendarmes arrivent. Il faut attendre la dépanneuse ? Non, un agriculteur propose d’utiliser son engin pour redresser la voiture accidentée et l’enlever de la route. Ce sera plus court que prévu. « On sait quand on arrive, on ne sait pas quand on repart », lance Laurent, lieutenant chez les sapeurs-pompiers de Pithiviers. Tous retrouvent le sourire après l’intervention.

Le véhicule de secours et d’assistance aux victimes. (Photo Pascal Proust)À peine revenus à la caserne, un autre appel. Le VSAV (véhicule de secours et d’assistance aux victimes) part en quatrième vitesse. Nous arrivons dans un établissement où travaillent des travailleurs handicapés. À l’infirmerie, une femme de 50 ans fait une crise. Elle est tétanisée sur le lit. Par ses mots pleins d’empathie, Mathieu arrive au bout de quelques minutes à la déstresser. Tout en prenant ses constantes, avec Guillaume.

Un manque de sapeurs-pompiers volontaires

Là aussi, il faut gérer la victime, mais également les personnes qui ont appelé les pompiers. La première a retrouvé des couleurs et la parole. Elle sera emmenée à l’hôpital de Pithiviers.

En revenant dans le VSAV, je reprends mon carnet de notes. Mathieu, futur sergent, y a laissé un petit mot : « L’adjudant Guérineau est le meilleur. » Voilà. De l’humour potache entre les interventions qui n’empêche pas du professionnalisme et de l’empathie durant les interventions.

Est-ce finalement ça le métier de pompier ? Si on gratte un peu, on sent chez eux un besoin d’évacuer. Les blessés, les décès, la misère sociale… Les sapeurs-pompiers sont aux premières loges dans cette France de 2022, une France rurale, ici à Pithiviers et aux abords. Ils ressentent la souffrance, la tristesse et souvent la solitude des victimes. Notamment des personnes âgées… « Parfois, pour les anciens, il n’y a plus que nous », lâche Guillaume, dit « Croco ». Environ « 75 % » de leurs interventions sont des aides à la personne, confirme Fred, le fameux « adjudant Guérineau ».

Pas une minute à perdre quand l’alerte est donnée. (Photo Pascal Proust)Alors, revenus à la caserne, on dédramatise. Mais, on travaille quand même ! Tous les jours, une séance de sport, une séance de secourisme et une manœuvre sont au programme. La manœuvre d’aujourd’hui, c’est la présentation d’une sangle multifonction qui va bientôt équiper tous les binômes de sapeurs-pompiers du Loiret : elle permet, en cas de gros problème, d’évacuer des victimes ou des camarades pompiers plus facilement. Une sangle qui peut soulever un poids de 250 kg.

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Le repas du midi est pris ensemble. Ils sont vraiment proches les uns des autres ces pompiers . On sent cette solidarité dans leurs interventions. Elle n’est pas feinte. Loin de là. Mais, même pas le temps d’engloutir un dessert. Le « bip » sonne encore une fois. « Relevage de personne », à Erceville, un village de 300 habitants, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Pithiviers.

Ce n’est pas habituellement leur zone d’action. Mais, là, il n’y a personne d’autre… C’est une des problématiques du service départemental d’incendie et de secours du Loiret : le manque de sapeurs-pompiers volontaires. Notamment depuis la crise du Covid en 2020. Et notamment en zone rurale. Alors, si vous voulez aider, tous à vos casques !

« Le temps n’est pas le même »

L’alerte a été donnée, les sapeurs-pompiers se préparent le plus vite possible. (Photo Pascal Proust) 

Mais revenons à notre équipage de sapeurs-pompiers pithivériens. Les trois hommes arrivent donc à Erceville et trouvent un homme de 97 ans allongé par terre dans sa cuisine, à la suite d’un malaise vagal. Toujours la même sympathie de ces pompiers envers la victime mais également envers la famille ou les voisins, en situation de grand stress, bien évidemment. Ils ont l’habitude de tout gérer en même temps ces pompiers : les constantes, la santé de la victime, les questions des proches, l’appel au médecin du SAMU qui est obligatoire. Et qui peut parfois prendre du temps.

Alors, la famille revient pour savoir où cet homme va être envoyé : à l’hôpital de Pithiviers ou à Oréliance, à Saran ? Fred répond aimablement, tout en attendant le médecin depuis de longues minutes. Ce médecin étant pris par ailleurs, manifestement. « Oui, le temps n’est pas le même chez nous », lance-t-il. Ce que, parfois, les victimes ou la famille ne comprennent pas forcément. Finalement, ce sera direction Pithiviers pour cet homme.

Après un détour par l’hôpital, le VSAV revient au bercail. Chacun vaque à ses occupations dans la caserne, en fonction de ses spécialités. Il y a toujours quelque chose à faire. Et ce n’est pas leur style de rester les bras croisés !

Un dernier « relevage » de personne à Coudray (Malesherbois) sur une personne âgée et la garde de 12 heures se termine tranquillement. Toujours dans la bonne humeur dans ce centre de secours de Pithiviers.

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Les sapeurs-pompiers du Loiret en chiffres

18. Il faut faire le 18 pour appeler les pompiers (le 17 pour la police ou la gendarmerie et le 15 pour le SAMU).82. Le Loiret compte 82 centres d’incendie et de secours et trois postes avancés.42.424. Le nombre d’interventions réalisées par les sapeurs-pompiers dans le département en 2021. Ce qui représente environ 116 par jour (une toutes les 12 minutes). Le centre de traitement de l’alerte reçoit environ 224.818 appels par an. Il répond 24 heures sur 24 aux demandes de secours de la population du Loiret (325 communes).34.491. Sur les 42.424 interventions, il y a pas moins de 34.491 secours à la personne (plus de 80 % des interventions, donc). On peut compter aussi 2.726 accidents de la circulation, 2.504 incendies, 269 risques technologiques, 2.314 opérations diverses et 120 « autres ».2.674. En 2021, le service départemental d’incendie et de secours du Loiret comptait 2.674 agents dans ses effectifs dont 405 sapeurs-pompiers professionnels, 1.948 sapeurs-pompiers volontaires, 102 personnels administratifs et 219 jeunes sapeurs-pompiers.80,13 euros. Les secours portés à la population du département du Loiret représentent un coût (dépenses réelles votées) de 80,13 euros par habitant pour l’année 2020.

Alban Gourgousse


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