Le canton de Pamiers 2 à la loupe : deux gauches, un centre droit et le RN


Quatre listes que parfois tout oppose. Les élections départementales sur le canton de Pamiers 2 s’annoncent déjà palpitantes. Est-ce que les habitants joueront la carte de la continuité en renouvelant leur mandat de confiance à Monique Bordes désormais alliée à Jérôme Blasquez, maire des Pujols ? Ou préfèreront-ils opter pour le renouveau ? C’est dans cette deuxième mouvance que s’inscrivent Clarisse Chabal-Vignoles et Denis Dupuy. Pourtant, le duo apolitique de la liste « Un avenir pour l’Ariège » vient d’être adoubé par deux ténors locaux que sont André Trigano (divers droite) et Jean-Claude Combres (parti socialiste). Alors on entend déjà les railleries des détracteurs sur la question du renouvellement du paysage politique. Quoi qu’il en soit, le binôme a travaillé sur un programme très concret et déjà budgétisé. tous deux souhaitent la mettre à profit des habitants d’un canton qu’ils estiment « délaissé » par la majorité depuis des années. Économie, voirie, tourisme font notamment partie de leur plan de vol. Tout en y associant les jeunes et les aînés auxquels ils sont très attachés.

En 2015, le FN devant le PS au premier tour

En attendant, il faudra aussi compter sur les deux binômes de gauche. Le premier porté par Monique Bordes – conseillère sortante donc – et Jérôme Blasquez qui pourra compter sur le soutien d’une partie de la communauté de communes qui a adoubé le maire des Pujols. Mais les deux candidats estampillés majorité départementale auront fort à faire sur leur propre gauche.

Porté par les résultats des législatives de 2017, ou l’Ariège a envoyé deux députés LFI au parlement, le binôme Ariège populaire compte bien profiter de la dynamique. Reste à savoir si celle-ci ne s’est pas effilochée durant ces quatre dernières années.

Ce nouveau face-à-face entre les gauches plurielles mais désunies laissera-t-il un boulevard aux deux candidats du Rassemblement national ? En 2015, les candidats du FN s’étaient hissés au second de l’élection devant les deux candidats de la majorité départementale en les devançant de 8 voix.À 11 mois de la présidentielle, le RN risque fort de jouer les trouble-fêtes en s’invitant à nouveau au banquet du second tour, mais contre qui?

Liste « Ariège populaire »

Titulaires  : Nicolas Gangloff (Pamiers) et Katiadou Balde (Pamiers)Remplaçants  : Patrice Moingeon (Carla-de-Roquefort) et Magalie Ehongo-Grasset (Pamiers)

Nicolas Gangloff et Katiadou Balde

DDM – DDM BRUNO HUET

Trois axes  : un bouclier sanitaire et social, la bifurcation écologique et le renouveau démocratique. Le triptyque des candidats de La France Insoumise se veut empreint de pragmatisme. Pour les candidats, l’important est de créer les ressorts « d’une démocratie de proximité en établissant des conseils cantonaux afin d’évoquer tous les projets locaux ». Une chose est sûre, le quatuor a « bossé » son sujet et ne se laisse pas prendre en défaut sur les compétences du département. Social, routes, collèges, service de secours, rien ne manque à l’appel. Mais LFI y rajoute la politique de l’eau. « Un enjeu majeur pour les prochaines années », estime Nicolas Gangloff qui milite pour « une tarification sociale ».Les candidats n’en oublient pas les questions de santé et de déserts médicaux, un thème finalement assez récurrent entre tous les candidats. « Le département, explique Katiadou Baldé, doit accompagner la création de maisons de santé pluridisciplinaire « dans un département marqué par une forte connotation rurale ». Accompagner les populations les plus éloignées des services publics fait aussi partie du programme. « On souhaiterait mettre en place un bus qui irait à la rencontre des habitants et qui ont des difficultés à accéder aux démarches administratives ».Les candidats souhaitent s’engager vers « la bifurcation écologique » allant du ralentissement de l’activité des gravières en basse Ariège, vers un développement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement. « Ce qui est important, c’est de changer de cap », affirme Kadiadou Baldé.Sur le terrain de la campagne a relevé Patrice Moingeon « on a vu que les gens étaient très attachés au département. Si on peut agir avec eux avec de vrais liens démocratiques, on peut aller loin », conclut-il.

Liste « Ariège avenir commun »

Titulaires  : Monique Bordes (La-Tour-du Crieu) et Jérôme Blasquez (Les Pujols)Remplaçants  : Cécile Pouchelon (Pamiers) et Patrice Sangarné (Pamiers)

Monique Bordes et Jérôme Blasquez

DDM – DDM BRUNO HUET

Monique Bordes est en lice à sa réélection. Pour Jérôme Blasquez, c’est une première. Élu maire des Pujols en 2014, la quadragénaire est en pleine ascension. Réélu aux Pujols l’an dernier, il est également devenu vice-président de la communauté de communes des Portes Pyrénées d’Ariège. Avec leurs deux remplaçants – Cécile Pouchelon et Patrice Sangarné – le duo porte le programme de la majorité départementale, résumé en quatre verbes  : relancer, amplifier, innover, protéger. « La relance économique est fondamentale », estime Jérôme Blasquez prenant l’exemple de l’extension de la zone économique de Gabrielat. Mais la relance ne doit pas se limiter aux seules forces économiques du département. « Le soutien aux associations est également urgent, note pour sa part Patrice Sangarné. Les associations ont un rôle fondamental dans le maintien du tissu social ». Sensible aux questions environnementales, Cécile Pouchelon entend « inscrire la politique départementale dans la transition écologique ».La création de voies douces ou vertes répond à ces exigences. Et l’ouverture de l’ancienne voie ferrée qui reliait Pamiers à Lavelanet via Rieucros est une des priorités du futur mandat. « Notre rôle est aussi de protéger, rappelle Monique Bordes, les populations les plus fragiles. On doit accompagner les personnes en difficultés, celles qui souffrent d’un handicap ». L’insertion reste au cœur de la politique départementale. « Nous attendons beaucoup des nouveaux contrats aidés qui devraient permettre à des jeunes de se construire dans des dispositifs en cours d’élaboration ».Quant à la question de la mise en œuvre d’un RSA dès l’âge de 18 ans (au lieu de 25 actuellement), les quatre sont divisés. Si Jérôme Blasquez se dit « embêté », Patrice Sangarné estime que le dispositif « paupérisera les jeunes ». « Moi je préfère leur donner les armes pour se former », conclut Cécile Pouchelon.

Liste « Un avenir pour l’Ariège »

Titulaires : Clarisse Chabal-Vignoles (Pamiers) et Denis Dupuy (La Tour-du-Crieu).Remplaçants : Marie-Charlotte Demay (Pamiers) et J. Ramirez (La Tour-du-Crieu)

Clarisse Chabal-Vignoles et Denis Dupuy

DDM – DDM GERALDINE JAMMET

Avec un élu à l’urbanisme, on comprendra vite l’analogie avec la voirie. Si Clarisse Chabal-Vignoles et Denis Dupuy sont élus le 27 juin, chaque décision répondra à trois « feux verts »  : le projet doit relever de l’intérêt général en étant écologiquement responsable avec un financement assuré. S’inscrivant contre le « clientélisme du conseil départemental », ce duo qui se présente comme apolitique – malgré le soutien de leurs mentors, André Trigano et Jean-Claude Combres – souhaite « remettre de l’éthique » dans les instances dirigeantes. Et les rapprocher d’une population qui a parfois du mal à définir les missions du Département. « Contrairement à d’autres, on n’est pas là pour mener une campagne démago en vendant du rêve sur des compétences que l’on n’a pas », prévient Denis Dupuy, adjoint du maire de La Tour-du-Crieu, Jean-Claude Combres. Ainsi, le binôme d’« Un avenir pour l’Ariège » a élaboré un programme pragmatique avec des projets « concrets ». Notamment autour de l’économie touristique qualifiée de « révolution ». « On a un beau canton mais notre réflexion, mûrie, ne s’arrête pas à ses frontières. Il s’agit, entre autres, de développer un tourisme plus local et plus proche de la nature », précise Clarisse Chabal-Vignoles. Mais qui dit affluence, dit aussi infrastructures. Et pour le coup, l’élu à l’urbanisme et son remplaçant qui est aussi conducteur de travaux, J. Ramirez, peuvent mettre toute leur expertise au service de la population. « Tous les travaux routiers ont été chiffrés », glisse Denis Dupuy qui a identifié, entre autres, la route de Belpech comme étant prioritaire. Très attachés aux aînés, les candidats n’en oublient pas pour autant la jeunesse. Ils souhaitent ainsi s’attaquer à la rénovation du collège Bayle qu’ils estiment obsolète. Et leur caution vis-à-vis de la jeunesse s’appelle Marie-Charlotte Demay. Étudiante, 24ans, et sans parti politique. « Elle est fraîche et elle s’intéresse à la politique juste par envie », note Clarisse Chabal-Vignoles.

Liste « Rassemblement National »

Titulaires  : Michel Boyer (Lavelanet) et Andrée Violin (Pamiers)Remplaçants  : Roger Tisseyre (Mirepoix) et Yvette Steeg (Villeneuve-d’Olmes)

Michel Boyer et Andrée Violin

DDM – DDM BRUNO HUET

Les candidats du Rassemblement national ne briguent pas les postes de conseillers départementaux. Michel Boyer et Andrée Violin sont les éclaireurs de l’an prochain. Des petites mains prêtes à relayer le discours de leur cheffe, mais aux antipodes des compétences de la collectivité. Certes Andrée Violin défend l’idée « d’accompagner dans la dignité les personnes se trouvant en grande dépendance », et en faisant des « Ehpad des lieux plus accueillants, avec plus de personnel, le volet de la solidarité – première dépense du département – s’arrête là ou presque. Si les deux candidats évoquent un programme en faveur également des personnes atteintes d’un handicap, le discours file rapidement sur les questions de sécurité et d’identité. « Il y a bien trop d’incivilités, estime Michel Boyer. Quant à l’insécurité, il suffit de constater ce que les gens disent. lance le candidat. Et qu’importe si cette responsabilité incombe à l’Etat.De son côté, Andrée Violin estime « qu’il y a trop d’enfants étrangers dans les écoles ». Et d’aller plus loin encore. « On ne doit pas dans les cantines servir des repas en fonction des appartenances religieuses des uns et des autres ».Le ton se durcit encore sur la prise en charge des MNA (Mineurs non accompagnés). « Il faut mettre ces jeunes étrangers dans des endroits spéciaux, quitte à ce que l’armée les garde. Ils ont d’autres croyances et pourrissent notre jeunesse », martèle la candidate de l’extrême droite.Quant aux investissements liés à l’entretien des routes ou des collèges, les deux candidats semblent perdus à l’évocation des sujets. Alors il leur reste le discours de la « patronne ». « Essayons le RN, lance Michel Boyer. Les autres ne font que de petits arrangements, ce sont des mafias, il faut arrêter ça ».