Le chantier de Notre-Dame, une vitrine face à la pénurie dans les métiers du patrimoine


Publié le 22 nov. 2021 à 11:06Mis à jour le 22 nov. 2021 à 16:21La restauration de Notre-Dame accélère dans un contexte de pénurie d’artisans qui sévit sur les autres chantiers du patrimoine. Philippe Jost, directeur général délégué de l’Etablissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, explique que la concommitance de nombreuses opérations de restauration serait, entre autres causes, lié à la mise en place du plan de relance économique du gouvernement.« Les donneurs d’ordres publics, comme les Drac, se sont vus allouer des ressources supplémentaires qui leur ont permis de lancer des travaux qu’ils prévoyaient depuis quelque temps déjà mais qu’ils n’avaient pu engager plus tôt, faute de moyens », précise-t-il.

Vitrailliste, cordiste, doreur

« Il y a une multiplication des chantiers en ce moment dans la capitale, à la fois pour des rénovations d’églises mais aussi des opérations d’embellissement de certains monuments en vue des JO », témoignait déjà dans « Les Echos » en juin dernier Charlotte Poret, conductrice de travaux pour Lefèvre, l’entreprise retenue pour la maçonnerie dans le cadre de la restauration de l’église Sainte-Trinité à Paris.Charpentier, tailleur de pierre, maçon, couvreur, cordiste, vitrailliste, restaurateur, doreur, échafaudeur… la liste des métiers d’arts et du patrimoine sollicités pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris à la suite de l’incendie de 2019 est longue. Pour preuve, le chantier conduira à l’attribution au total de plus d’une centaine de lots . Philippe Jost est attentif à cette situation qui semble gérable à ce stade. Les entreprises répondent comme elles le peuvent aux demandes mais le directeur pointe surtout la question de la relève.

Difficultés de recrutement

C’est pourquoi plusieurs opérations sont lancées pour redorer l’image de ces métiers. Mi-septembre, à l’occasion des journées européennes du Patrimoine et sous le patronage d’Alain Griset, ministre délégué chargé des PME, l’Institut supérieur des métiers et l’Etablissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris ont signé une convention afin d’apporter un soutien d’un montant de 4,8 millions d’euros aux actions de valorisation des métiers d’art et du patrimoine mobilisés sur le chantier pour rebâtir la cathédrale.« Il est important de communiquer auprès de la nouvelle génération afin de susciter l’envie des jeunes et des moins jeunes », explique-t-on au cabinet d’Alain Griset, qui espère que « la médiatisation du chantier de Notre-Dame permettra de mettre en valeur ces professions ».Des expositions et des manifestations seront organisées. Une maison du chantier et des métiers sera ouverte aux visiteurs au travers d’un parcours numérique et audiovisuel avec des outils de médiation à disposition comme des mallettes pédagogiques, des fiches métiers et l’organisation d’ateliers.

Faire-valoir des métiers du bâtiment

Pour le président des métiers de la pierre, en charge du patrimoine au sein de la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), Eric Le Devehat, « il faut profiter de cette opportunité malheureuse pour médiatiser et promouvoir nos métiers et lutter contre les préjugés ».Selon lui, certains métiers comme les couvreurs ou les plâtriers souffrent d’une fausse image de pénibilité. « Il n’y en a pourtant pas plus qu’ailleurs et cela entraîne des difficultés de recrutement », regrette-t-il. Pour l’ensemble des personnes interrogées, l’espoir est le même, faire du chantier de Notre-Dame un faire-valoir des métiers du bâtiment.


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