le ministre se dit prêt à répondre positivement aux demandes nationalistes, si…


Dans la presse, le ministre de l’Intérieur multiplie les gages de bonne volonté, à quelques heures de son arrivée en Corse. Même en matière d’autonomie. Mais n’oublie pas de prendre toutes les précautions de rigueur, alors que le climat reste explosif…
« Nous sommes prêts à aller jusqu’à l’autonomie. Voilà, le mot est dit ». Dans les colonnes de Corse-Matin, Gérald Darmanin, qui a été chargé de la question corse, après les événements des derniers jours, tient à annoncer la couleur. Il arrive sur l’île dans un état d’esprit conciliant. 
Le ministre de l’Intérieur assure qu’il est en Corse pour ouvrir une « discussion sans précédent autour de la question institutionnelle ». 
Une discussion qui ouvrira « la possibilité d’une évolution ». 
Sur le plateau de BFM TV, Gérald Darmanin, pour prouver sa bonne foi, rappelle même ce matin que « le président de la république, en 2017, avait dit qu’il mettrait dans la constitution le mot Corse afin de créer cette spécificité particulière de l’île de beauté. Ca n’a pas été fait parce qu’il n’y a pas pu avoir de réforme constitutionnelle notamment du fait du blocage du sénat sur d’autres questions ».

Des déclarations que l’on aurait plutôt imaginé entendre au terme des deux jours de rencontres avec les élus, les professionnels et les autorités. Et encore…Si celles-ci s’étaient passées dans de bonnes conditions.
Mais apparemment, Gérald Darmanin, qui a hérité du dossier dans l’urgence, à la faveur de l’embrasement de l’île, alors que la « madame Corse » du gouvernement, Jacqueline Gourault, a été nommée le mois dernier au Conseil constitutionnel, entend bien multiplier les gages de bonne volonté avant même d’entrer dans le vif du sujet. 

Jacqueline Gourault et Gérald Darmanin sur les bancs de l’Assemblée nationale le 6 avril 2021.

© THOMAS PADILLA / MAXPPP

Ainsi, concernant les autres desideratas présentées par l’exécutif, et repris par la rue, même tonalité dans l’interview accordée au quotidien de l’île : 

  • Sur les circonstances de la tentative d’assassinat d’Yvan Colonna : « je comprends la demande de vérité sur l’agression insupportable d’Yvan Colonna (…). Les conclusions de l’enquête administrative, a assuré le Premier ministre, seront rendues très vite et publiquement ». « Toute la vérité sera faite sur cette agression », affirme le ministre de l’Intérieur, qui reconnait « une responsabilité de l’Etat en tant que protecteur des personnes qui sont sous sa responsabilité, en l’occurrence les prisonniers ». 
  • Sur le rapprochement des prisonniers politiques, « tout est possible dans la discussion que nous pourrons avoir ». Quant à celui de Ferrandi et Alessandri, les choses pourraient être « vite tranchées ». 
  • Quant aux difficultés rencontrées pour vivre en Corse, « il s’agit d’apporter des réponses très attendues à la jeunesse, à ses difficultés d’accès à la formation, à l’emploi au logement, au fait de vouloir vivre sur sa terre ».

Bref, de prime abord, tout cela pourrait ressembler à Noël avant l’heure.  
Mais, à une vingtaine de jours de l’élection présidentielle, ces déclarations peuvent aussi sonner comme des promesses de campagne…

« Nous entrerons jeudi dans la période de réserve liée à la présidentielle. Et j’aurais pu me retrancher derrière cette date pour ne pas venir. Mais je ne l’ai pas fait, car je sais la gravité des événements ». 
Les événements sont graves, certes, mais les élections présidentielles sont le mois prochain. Ce qui réduit de facto la portée des discussions. Ce que confirme Gérald Darmanin : « nul ne peut présumer de l’élection présidentielle, et de son issue. Et je ne présume pas des décisions du président pour la suite ». 
Et ce n’est qu’un des bémols qui affleurent au fil des entretiens accordés depuis hier par le ministre. Il rappelle les difficultés constitutionnelles que soulève une éventuelle évolution du statut, et revient, à de multiples reprises, sur le préalable qu’il impose à toute avancée possible : l’arrêt des manifestations violentes : « ce ne peut pas être la rue qui commande. Le retour au calme est une condition sine qua non ». 

Gérald Darmanin (à gauche), en Corse en septembre 2010, avec d’autres membres du gouvernement, au côté d’Emmanuel Macron.

© / MAXPPP

Enfin,Gérald Darmanin semble décidé à montrer clairement que l’Elysée a choisi son interlocuteur. Ce sera Gilles Simeoni, cité à plusieurs reprises. Gilles Simeoni qui est certes le président de l’exécutif en place, mais également le leader du mouvement autonomiste, plus « modéré », face aux autres partis, indépendantistes, qui entendent bien se faire une place à la table des négociations.

« je suis venu venu pour dialoguer. Et j’ai l’impression que le président Simeoni a cette envie de dialogue. Alors avançons ! »

Avancer, oui, mais pour aller où ? Il faudra faire preuve de patience pour avoir la réponse…